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[Critique] Gemini Man : cloned boy, what are you gonna do?

La filmographie d’Ang Lee reste indéniablement l’une des plus hétéroclites à ce jour. Du film d’action à gros budget (Hulk) au drame intimiste (Le secret de Brokeback Mountain), le réalisateur a pourtant toujours eu à cœur de coller le plus possible à la réalité, autant en termes d’intrigue qu’à l’image. Un désir de véracité qu’il atteint en 2016 dans Un jour dans la vie de Billy Lynn, qui se trouve être l’entre-deux parfait entre l’action et l’intime : Billy Lynn fait partie d’une escouade rapatriée de la guerre en Irak. Ses troubles post-traumatiques culminent lors d’une cérémonie rendue en leur honneur. Pour renforcer l’intense sentiment d’oppression permanente et restituer avec exactitude l’horreur de la guerre, Ang Lee tourne son film en 120 images par seconde, procédé qu’il réutilise aujourd’hui avec Gemini Man.

Quoi de plus adapté quand le pitch de ton film consiste à faire s’affronter… deux Will Smith ? Après plus de vingt ans de troubles, l’acteur « remplace » bon nombre d’autres icônes Hollywoodiennes un temps envisagées : Stallone, Schwarzenegger, Cruise, Cage, Gibson… Il incarne Henry Brogan, un tueur surentraîné, qui doit faire face à la plus grande menace qu’il n’ait jamais connu : lui-même…

120 mandales par seconde

Dès les premières minutes, le format HFR (high frame rate en anglais, soit une cadence d’images élevée) promet une fluidité jamais vue au cinéma, et Ang Lee s’en jouerait presque. La première scène du film annonce déjà toute la folie à laquelle le spectateur est en droit de s’attendre. Allongé dans de hautes herbes derrière la lunette de son fusil sniper, Henry Brogan attend le passage d’un TGV pour y assassiner une cible. L’allure du train liée au format d’enregistrement rend la scène d’autant plus pesante, Brogan cherchant le moment parfait afin de presser la détente. Gemini Man dévoile alors tout son programme : il est ici question d’action, certes, mais surtout de précision.

S’en suit une banale histoire de trahison entre compagnies militaires secrètes causant la cavale de Brogan, motif légitime pour justifier un petit voyage en Europe, à Budapest, avec deux copains rencontrés sur le chemin (Mary Elizabeth Winstead et Benedict Wong). Et derrière cette histoire se cache… Junior, le fameux clone rajeuni de Will Smith. Ang Lee use d’un habile tour de passe-passe en intégrant le visage de l’acteur sur celui d’un cascadeur lorsque les deux personnages s’affrontent au corps-à-corps ou le crée totalement en images de synthèse dans d’autres scènes. Le résultat est impressionnant et donne simplement l’impression de voir l’acteur maquillé, ou directement issu de rushs non-exploités il y a des années.

De quoi oublier cette intrigue ultra-téléphonée, qui a connu bien des développements différents depuis le début du projet il y a vingt ans. S’il soulève un sujet intriguant (le fait de remplacer les soldats que l’on envoie à la guerre par des clones surentraînés et anesthésiés de toute émotion), Gemini Man s’enlise dans le trope ultra éculé des relations père/fils compliquées, entre Brogan et son propre père, et Junior et le personnage de Clive Owen, antagoniste transparent.

Conclusion : Si son scénario est sans surprise, Gemini Man vaut le coup d’œil pour la révolution technologique qu’il entreprend au sein de l’industrie cinématographique.

Note : le film est disponible dans son format originel, en 120 images par seconde, dans les salles Dolby Cinéma chez Pathé Gaumont, en 60 images par seconde chez Pathé Gaumont et MK2. Voir le site des exploitants pour la liste détaillée.

Gemini Man
Un film d’Ang Lee
Durée : 1h57
En salles le 2 octobre 2019

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