[Critique] Galveston : Roy et Rocky, amis pour la vie

Mélanie Laurent, réalisatrice française de Respire et Plonger, deux films ayant divisé le public entre chef d’œuvre et ennui profond, avait titillé Hollywood lorsqu’elle était actrice, notamment en jouant chez Quentin Tarantino, dans Inglourious Basterds. Cette fois, elle prend du galon et tourne son premier film au casting et à la production 100% USA avec Galveston. Il s’agit d’une adaptation du roman éponyme sorti en 2010 de Nic Pizzolatto, qui en plus d’être écrivain, a créé la série True Detective.

Galveston est une ville du sud du Texas, aux Etats-Unis. C’est ici que se réfugient Roy (Ben Foster) et Rocky (Elle Fanning) pour se faire oublier. Ils ne se connaissaient pas avant d’être pris au piège dans un guet-apens où ils manquent d’être tués. Lui est un meurtrier, elle est une traînée. Galveston va accueillir ces deux vagabonds aux sombres fardeaux.

À ambiances instables … 

Scène d’ouverture : la caméra est coincée entre les deux murs d’un couloir, à l’intérieur d’une maisonnette fragile. Elle fixe une fenêtre qui résiste tant bien que mal à la tempête. L’ambiance est poussiéreuse, froide, dangereuse. Mélanie Laurent réussit son film dès les premières secondes. Absolument tous les éléments du film reposent sur cet environnement dirigé avec justesse par la réalisatrice. Il traduit l’évolution des personnages et de leurs situations, recourant aux effets de lumières, à la largeur du cadre, ou encore à la position de la caméra pour filmer les protagonistes.

Le film installe aussi aisément les séquences lumineuses et reposantes aux airs lyriques que les moments de troubles et de désordre. Roy, tueur a priori sans âme et morose jusqu’à l’os, passe autant de temps aux comptoirs de pubs miteux que sur la plage à se détendre, ce qui ne veut toutefois pas dire que le sombre quotidien de Roy se transforme en vie calme et paisible. Galveston est saisissant pour sa capacité à installer les protagonistes dans des situations instables, toutes prêtes à s’effondrer en un tour de main, sans que le scénario ne soit amoindri par des rebondissements superflus. Chaque scène, intelligemment façonnée, est davantage mise en avant grâce aux personnages et leurs interprètes.

…duo saisissant

Roy, interprété par Ben Foster, est un meurtrier, malade et mourant, traqué par des concurrents qui veulent sa peau. C’est un homme seul, divorcé. Il apparaît la première fois dans Galveston dans un garage, entouré d’autant de mécaniciens la clope au bec que de boxeurs à la gueule cassée. L’odeur de la poudre sur les mains de ces hommes est encore fraîche. Que des durs à cuire. Première frayeur pour le spectateur, qui se retrouve face à un personnage vu mille et une fois au cinéma. Mais Mélanie Laurent a plus d’un tour dans son sac. Roy, détruit et destructeur, aurait pu être une porte de prison sans âme. Mais, en plus d’un flou perpétuel complètement fascinant concernant les pensées et les objectifs de ce protagoniste, Galveston se concentre sur les relations qu’il va tisser avec Rocky, jouée par Elle Faning. Cette amitié va le pousser à évoluer, sans que le personnage ne tombe dans le cliché de l’homme qui se métamorphose en un doux gentleman. A nouveau, tout est maîtrisé et Ben Foster excelle.

Bien que Ben Foster soit clairement la force du casting, Mélanie Laurent n’aurait pas pu faire un meilleur choix que celui d’Elle Fanning pour jouer le personnage de Rocky. L’actrice récemment vue dans The Neon Demon de Nicolas Winding Refn (2016) ou encore Les Proies de Sofia Coppola (2017) offre notamment une scène mémorable et déchirante comme l’avait fait l’oscarisé Casey Affleck dans (l’oscarisé !) Manchester By The Sea. Notons le travail de Mélanie Laurent qui a totalement désexualisé le personnage de Rocky par rapport au livre : dans l’œuvre originale de Nic Pizzolatto, la jeune prostituée est sujette au regard extrêmement salace de Roy, qui, malgré lui, ne peut s’empêcher de faire fonctionner son imagination de manière très (trop) crue. Le gros point faible du roman n’apparaît pas dans l’adaptation cinématographique et c’est un soulagement ! Roy est, dans le film, un homme tout à fait droit dans ses bottes malgré un rapport particulier aux femmes. Sa relation avec Rocky est loin d’être perverse et Mélanie Laurent laisse le choix au spectateur de faire de lui un père, un amant, ou encore, par exemple, un frère.

Conclusion : Galveston, adaptation très réussie du roman éponyme, est un film tout public. A la fois sombre et incandescent, sanglant mais poétique, il s’agit d’une très belle réalisation sur les relations humaines, sur l’espoir, le destin et la peur. Il fallait que Mélanie Laurent vise Hollywood pour oser, enfin, mettre tout le monde d’accord !

Galveston
Un film de Mélanie Laurent 
Sortie le 10 octobre 2018

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