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[Critique] Funan : le combat d’une famille

Les quinze minutes de standing ovation qui ont suivi les images de fin de Funan, lors de sa présentation au Festival d’Annecy, lui ont bien certainement pavé la voie. Quelques jours plus tard, le réalisateur Denis Do reçoit la consécration ultime, le Cristal du long métrage, pour son tout premier film. Un projet qui l’a tenu en haleine presque dix ans, mais auquel il pense depuis deux fois plus longtemps : c’est depuis tout petit que sa mère lui raconte les souvenirs de sa dure vie sous le régime des khmers rouges, au Cambodge.

De 1975 à 1979, le régime des khmers rouges, mené par le parti communiste et son dirigeant Pol Pot, a pris le contrôle total du Cambodge. Les villes ont été vidées, les familles forcées à l’exil afin de fonder une nouvelle société dite idéale et sans classes sociales, purgée de l’influence capitaliste. Funan est un témoignage de ces sordides événements qui ont mené à la perte de près de 20 % de la population du pays.

De toutes ces bribes du passé racontées par sa mère, Denis Do en a fait un film. Pas un documentaire, ni un cours d’histoire, mais un témoignage : celui d’une mère décidée à sauver son fils quoi qu’il arrive. Sans concession, Funan n’occulte ni la violence, ni la dureté, ce pourquoi il est aussi réussi.

Une histoire de famille

Non-désireux de laisser un personnage prendre le dessus sur les autres dans son film, Denis Do nous fait suivre l’évolution de toute une famille. Le point de vue est donc très volatile et se partage entre Sovahn, l’enfant, ses parents (interprétés par Bérénice Béjo et Louis Garrel), sa grand-mère ou encore certains de leurs proches. Funan présente ainsi les conséquences du régime des khmers rouges sur chacun d’entre eux, sans pour autant imposer un effet catalogue.

Funan tend également à briser tout manichéisme : parmi les soldats des khmers rouges, certains ont été des amis, des proches. Le film explore ainsi cette délicate frontière entre devoir et compassion. Il en va de même pour ces populations exilées, forcées malgré elles à avancer : à quoi certaines personnes sont-elles prêtes pour atténuer leurs souffrances et obtenir ce qu’elles souhaitent de la part de certains soldats ? Il y a également des petits gestes, des tentatives héroïques, des sacrifices. Certains portent leurs fruits tandis que d’autres échouent lamentablement : il n’est pas question d’éviter la violence, ni d’édulcorer la réalité.

Ne pas détourner les yeux

Au cours du film, la violence va crescendo. D’abord suggérée en hors champ, parfois même en laissant des silences s’installer, la cruauté des khmers rouges s’installe peu à peu et crée une ambiance anxiogène. Les multiples séparations entre les personnages deviennent alors plus terribles encore. Au début, ces exilés de force ferment les yeux, cherchent juste à survivre.

Mais ce désir de liberté se fait de plus en plus grand, l’envie de vengeance aussi. Poussés à bout, certains personnages commettent l’irréparable ou se défendent. Les seules scènes de violence frontales sont commises par les victimes, apparaissant comme un exutoire. Et malgré tout, quelques moments de tendresse subsistent : ces retrouvailles entre les parents de Sovahn, les voix graves de Bérénice Béjo et Louis Garrel, leur souffle qui se pose, ces magnifiques plans sur les roseaux… Le tout sublimé par les compositions de Thibault Kientz-Agyeman.

Conclusion : Funan n’a pas volé son Cristal du long métrage. Haletant, déchirant, les qualificatifs ne manquent pas pour désigner le premier long métrage de Denis Do. 


Funan
Un film de Denis Do
Sortie le 13 mars 2019


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Comments (2)

  1. […] les spectateurs et le jury du Festival d’Annecy, qui lui ont décerné deux prix. Comme avec Funan, récompensé du Cristal du long métrage, Parvana est une preuve que le cinéma […]

  2. […] Découvrez notre critique de Funan ! […]

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