[Critique] Fixeur : enquête de soi

Avec son précédent et très inconfortable Illégitime, Adrian Sitaru embarquait intensément son spectateur dans l’histoire d’un inceste fraternel. Dans Fixeur, c’est au traitement de l’information qu’il s’attaque et à l’impact qu’il peut engendrer sur la vie privée de celui qui s’y implique.

Radu (Tudor Aaron Istodor), jeune Roumain apprenti journaliste, est engagé comme fixeur dans l’affaire de deux jeunes prostituées rapatriées de Paris, menée par un Français. Le jeune homme en apprend sur lui-même alors que le chemin pour parvenir à interroger l’une d’entre elles s’avère plus long et compliqué que prévu.

Un parcours journalistique révélateur de failles humaines

Le fixeur est la personne chargée d’accompagner et guider une équipe journalistique sur un territoire qu’elle connaît bien, ainsi que de lui servir d’intermédiaire. En concentrant son film autour du personnage de Radu qui en porte la fonction, Sitaru dessine les contours de la complexité de ce type d’enquête et de ses enjeux éthiques. C’est en instaurant un rythme lent mais efficace qu’il suit les trois journalistes dans leur projet, et qu’il attribue à la jeune Anca (Diana Spatarescu) – qui ne fera son apparition que très tard dans le film – une grave et mystérieuse importance. Dans l’application de cette mise en scène tout à fait réussie, on s’habitue à une caméra qui tâtonne, à l’image de ses personnages, à des zooms très lents et mesurés qui viennent recentrer l’action. L’interprétation est impeccable et mêle les langages ; on retrouve au casting Adrian Titieni (le père dans le récent et remarqué Baccalauréat), figure emblématique du cinéma roumain.

Derrière la réalité du trafic de prostituées qui sert de toile de fond à Fixeur, c’est le tempérament de Radu qui est remis en question. Autoritaire envers le fils de sa compagne, il instaure des règles à leur relation sur laquelle l’enquête lui fera porter un regard nouveau. Jeune homme ambitieux et dévoué à son travail, son évolution se veut aussi lente que subtile mais, à l’image du rythme du film, manque cependant de réels contrastes et bouleversements.

Conclusion : Alors qu’une justesse saisissante émanait de son précédent Illégitime, on pouvait attendre du dernier film d’Adrian Sitaru plus d’instants captivants. Formellement très sobre et maîtrisé, Fixeur donne un point de vue intéressant sur la difficulté du processus de traitement de l’information, qui plus est d’un sujet délicat. Ouvrant et clôturant le film, l’image de l’eau évoque les fluctuations traversées par Radu lorsqu’une certaine confrontation au réel l’amène à s’interroger sur sa propre morale.

© Illustration : Audrey Planchet

Fixeur
Un film d’Adrian Sitaru
Sortie le 22 mars 2017

Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Partages
Partagez
Tweetez