[Critique] Five Foot Two : adieu Gaga

Adieu Lady Gaga… et bonjour Stefani Joanne Angelina Germanotta. Lady Gaga régnait en maîtresse sur une planète Pop qui attendait chacune de ses apparitions publiques comme celles du Messie. Le pouvoir de fascination qu’elle exerce, les foules qu’elle attire l’ont hissé au sommet d’une pyramide que maintenant, elle rêve de descendre. Five Foot Two est l’histoire de cette descente, qui ne signifie pas la fin du mythe, mais sa renaissance. Dans un documentaire, chacun accepte de jouer le jeu, chacun joue son propre rôle quitte à se légender devant la caméra. Mais qu’en est-il lorsqu’il s’agit de filmer une icône, en train de devenir une légende ?

Alors que son dernier album Joanne vient de sortir, la « nouvelle » Gaga s’apprête à donner le concert de sa vie lors de la mi-temps du Super Bowl. Nous sommes entre septembre 2016 et février 2017.

Poker face

Ce documentaire de Chris Mourkabel, conduit comme un long cheminement vers la renaissance de la star, s’ouvre sur un plan très fort, signe d’une réalisation qui ne fera pas défaut. On entre dans un film où la qualité formelle est directement en jeu dans le processus de fabrication. Five Foot Two commence donc par un magnifique plan en contre-plongée, où le spectateur se retrouve sous les pieds (sus)pendus de Gaga. Une entrée en matière directe, le film signe la mort de Lady Gaga pour céder la place à Joanne. Puis, la caméra effectue un magnifique travelling arrière, pour laisser entre apercevoir l’arrivée culte de la chanteuse par voie aérienne dans le stade bondé du Super Bowl. Le message est clair : ce concert sera pour Gaga une manière d’officialiser sa renaissance.

Arrivé à un moment charnière de la carrière de Lady GagaFive Foot Two a eu la prescience d’enregistrer cette fascinante épreuve de la métamorphose rapidement consacrée comme le tombeau de son personnage et le miroir déformant d’une artiste manifestement en proie à la peur. Le documentaire capte des instants d’émotion durant lesquels elle se livre, et explique la nécessité de se défaire du personnage qu’elle s’était créé. La caméra lui permet cette totale mise à nu. C’est également l’occasion de montrer que ce processus de « retour au naturel » a donné l’album Joanne. On comprend qu’elle guérit petit à petit des plaies qui étaient ouvertes depuis toujours. Certes, il y a un retour à la sobriété, mais par quelques scènes volées, le réalisateur nous rappelle quand même que Stefani, sans le masque Gaga, est un personnage à part entière.

Super Bowl, ou l’Epiphanie

Five Foot Two, par sa construction vertigineuse, relate la genèse et les moments clés du concert de la mi-temps du Super Bowl. Ce concert qui deviendra probablement historique, est pour Gaga l’apothéose de sa carrière car – elle le dit elle même – c’est la première fois qu’un tel événement retrace toute sa carrière. Et c’est pour cela que c’est un moment clé, qui donnait une raison légitime et logique à la création du film. La caméra enregistre toutes les turbulences dans les rouages de ce grand show, et la douleur physique de Gaga.

Ce film a un léger goût du Gimme Shelter des frères Maysles, qui avaient, en 1969, enregistré le  concert des Rolling Stones qui avait dégénéré à cause des Hells Angels, engagés à l’époque pour assurer la sécurité. A l’image du film de 69,  Five Foot Two navigue entre une brutale plongée dans la réalité et la distance d’un temps mort incarné par le ralenti puis l’arrêt sur image. Certains plans plus au ralenti, qui s’offrent un accompagnement musical extra diégétique (soit extérieur à la narration), laissent exploser toute l’émotion et la fragilité de Gaga.

Gaga: Five Foot Two 
Un film de Chris Moukarbel
Sortie le 22 septembre 2017

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