[Critique] Fast & Furious – Hobbs & Shaw : copains comme cochons ?

Déjà une saga à rallonges, avec huit principaux films au compteur, l’univers de Fast & Furious s’étend désormais avec un premier spin-off : Hobbs & Shaw. Une manière de pérenniser une franchise et rejoindre ce qui se fait chez la concurrence (notamment Lucasfilm et les projets A Star Wars Story) avec plus ou moins de succès. En attendant Fast 9, (dont le tournage était récemment arrêté après un incident impliquant un cascadeur) et le retour de Vin Diesel et son équipe, Dwayne Johnson (Luke Hobbs) et Jason Statham (Deckard Shaw) se la jouent solo !

Et comme si la franchise n’était pas encore suffisamment barrée, elle assume ici un virage vers l’action, le thriller (avec une pointe d’espionnage) et même l’anticipation. En résumé, Hobbs et Shaw ne peuvent plus se supporter mais doivent faire équipe pour sauver le monde d’un virus mortel, recherché par un soldat d’élite (Idris Elba) aux capacités augmentées par la technologie. Un « Superman noir », comme l’acteur le dit lui-même ! Derrière la caméra, David Leitch, grand habitué des films de castagne à qui l’on doit le récent Atomic Blonde (également chez Universal) et Deadpool 2. Est-ce suffisant pour donner à ce spin-off un peu de cachet ? Verdict.

Rapide, furieux et grandiloquent

Une fois encore, la saga Fast & Furious ne démérite pas sa réputation : Hobbs & Shaw n’a rien à envier à ses aînés et comporte lui aussi son lot de scènes d’action plus barrées et invraisemblables les unes autant que les autres. Course-poursuite à travers les rues de Londres, destruction en masse d’une base militaire ukrainienne, final grandiloquent sur les îles Samoa… On voyage aussi bien que dans les originaux ! Il est cependant regrettable de voir que toutes les bandes-annonces du film (et dès la première qui faisait quasiment trois minutes) aient ruiné une grande partie du plaisir en dévoilant les meilleurs moments du film.

Avec un réalisateur tel que David Leitch à la barre (qui a fait ses débuts dans le cinéma en tant que cascadeur avant de frapper fort avec le premier John Wick, avec Chad Stahelski), on était en droit d’attendre des scènes d’action un peu plus stylisées et chorégraphiées que d’ordinaire dans la saga. Et si la castagne prend une part bien plus importante dans le film, Leitch n’a pas tant pu imposer sa patte que l’on retrouvait notamment dans Atomic Blonde, avec des plans longs, qui prennent le temps de souligner l’action et les coups (excepté lors de certaines prises au ralenti). Fast & Furious reste ce qu’elle est, avec un montage aussi furieux que son nom, quitte à rendre l’action parfois illisible. Quelques déceptions persistent également sur certains effets spéciaux, comme lors du combat final, où la qualité du décor et des fonds verts rappelle notamment la glace en toc d’un certain Resident Evil : Retribution.

La carte de l’extravagance est également valable pour notre duo de héros, dont la rivalité est exacerbée. David Leitch et Chris Morgan, le scénariste emblématique de la saga, jouent à fond la carte du duo rebelle dès les premières minutes du film, avec un montage en split screen qui nous donne à voir, en même temps, la routine matinale d’Hobbs et Shaw… et leur manière respective de casser des dents. Certaines scènes de moquerie entre les deux acteurs s’étirent parfois de manière un peu incompréhensible lorsque l’on sait que le destin du monde (rien que ça) se trouve entre leurs mains.

Le Dwayne Johnson Cinematic Universe continue !

Bien que ce spin-off s’insère dans un univers existant (au casting déjà nombreux), Hobbs et Shaw y constituent leur propre bande. On y découvre Vanessa Kirby (remarquable dans The Crown, et déjà rangée du côté de l’espionnage avec Mission : Impossible Fallout l’an dernier) dans le rôle d’Hattie, la sœur de Shaw. Si elle rejoint Michelle Rodriguez, Gal Gadot et Jordana Brewster dans les rangs des héroïnes de la saga, il était du moins très dispensable d’ajouter une romance très peu subtile à l’arc narratif de son personnage. Idris Elba parvient à imposer sa patte en tant que méchant super-augmenté et quasiment invincible.

Via des caméos surprises, que l’on ne vous dévoilera pas mais que les fans de Johnson et Leitch pourront deviner à l’avance, Hobbs & Shaw dévoile sa volonté de constituer de nouveaux personnages récurrents au cas où le film aurait droit à sa suite. Le tout en insérant de petites références aux films principaux (le retour de Helen Mirren dans la peau de maman Shaw, ce dernier qui évoque la mort de Han dans Fast 6…) et des références à la filmographie des acteurs (Braquage à l’italienne pour Jason Statham, le « regard qui tue » de Dwayne Johnson, déjà moqué dans Jumanji). C’est un peu comme si l’on créait enfin le « Dwayne Johnson Cinematic Universe », à tel point que le film empreinte tous les codes des Marvel avec deux scènes post-générique (qui relèvent ici plus de bonus fun que de scènes liées à l’intrigue). Et qui dit Marvel dit aussi humour, qui a aussi une part plus importante ici… et pas forcément des plus pertinentes. Avait-on besoin de trente-six blagues sur la dernière saison de Game of Thrones ?

Quoiqu’il en soit, la notion de famille, essentielle à l’ADN de la saga, est toujours au centre du scénario. Hobbs et Shaw redécouvrent chacun leur famille respective et se chambrent l’un l’autre en tant que « frères » au sein de cette seconde famille Fast & Furious. Ce qui veut forcément dire répliques un peu plan-plan, quelques violons tire-larmes, auxquels on est déjà bien habitué. Les choses ne changent pas !

Conclusion : Grandiloquent, plutôt drôle et complètement assumé, Hobbs & Shaw est l’apéritif dont nous avions besoin avant Fast & Furious 9 l’été prochain !

Fast & Furious : Hobbs & Shaw
Un film de David Leitch
Durée : 2h16
Sortie le 7 août 2019

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