[Critique] Fantastic Birthday : à quinze ans rien n’est impossible !

Présenté en compétition internationale à l’Étrange Festival en septembre dernier, Girl Asleep est devenu Fantastic Birthday pour sa sortie dans les salles françaises. Le film fait donc partie de ces rares élus à bénéficier d’une sortie en salles (ou d’une sortie en direct-to-video comme Détour ou l’excellent Sam Was Here – renommé Nemesis pour l’occasion), sous l’égide de UFO Distribution. Premier long métrage de Rosemary Myers, Fantastic Birthday est en vérité l’adaptation de la pièce qu’elle a elle-même mise en scène : des planches à l’écran, la réalisatrice s’est entourée de membres habituels de sa troupe et de nouveaux visages… Une immense fête de famille, aussi bien dans la fiction que dans la réalité ! Fantastic Birthday joue avec l’univers des contes et du fantastique pour mener son jeune personnage principal, Greta (Bethany Whitmore), tout juste quinze ans, à savoir qui elle est vraiment. Peut-on encore apporter un regard nouveau sur l’adolescence, sujet éculé du cinéma ? Oui.

Greta Driscoll, jeune fille introvertie, est en passe de franchir le cap de ses 15 ans. Seule ombre au tableau : elle ne veut pas quitter le monde douillet et rassurant de l’enfance, une bulle dans laquelle elle s’enferme avec son seul ami au collège, Elliott. Quand ses parents lui annoncent l’organisation d’une grande fête pour son anniversaire, elle est prise de panique. Le grand soir, elle va basculer dans un univers parallèle un peu effrayant et complètement absurde dans lequel elle va devoir affronter ses peurs pour pouvoir se trouver et aborder autrement cette nouvelle ère.

L’ado au bois dormant

A-t-on besoin de rappeler à quel point un déménagement s’avère traumatisant pour de jeunes enfants ? Il n’y a qu’à se rappeler le scénario de Vice-Versa pour le savoir. Déménager, c’est laisser derrière soi le monde que l’on connaît, sa zone de confort. Greta l’a bien compris. Quand elle débarque dans son nouveau collège, la jeune fille se retrouve considérablement seule, immobile sur un banc, le regard dans le vide – ou tourné vers le spectateur, l’air de dire : « Pitié, sortez-moi de là. » Derrière elle, la vie grouille. Une partie de basket incroyablement millimétrée, la mascotte de l’école qui fait sa ronde… Et à côté, Elliott, qui fait une tentative d’approche. La première scène de Fantastic Birthday est un parfait condensé de tout son esprit, autant scénaristique qu’esthétique : le format 4:3 enferme un peu plus Greta au beau milieu de l’inconnu, tandis que les couleurs chatoyantes des costumes et l’aspect volontairement vintage de l’image rappellent le Moonrise Kingdom de Wes Anderson

Fantastic Birthday démontre parfaitement ce qu’est être un adolescent. La relation entre Greta et Elliott relève de cette perpétuelle crainte (ou envie, ou les deux) de voir une belle amitié se transformer en relation amoureuse. À quinze ans, les corps changent et les caractères s’affirment. Il y a celles et ceux qui rentrent dans le rang et font partie des élèves populaires, et ces quelques uns que l’on voit parfois malmenés. « Tiens, si on embêtait la petite nouvelle ?« , se diront les plus insupportables triplées qu’on ait vues depuis un moment. Coordonnées, sournoises, impitoyables, celles-ci sont semblables à un cerbère… et ce choix est loin d’être anodin !

Trouver son chemin

À quoi bon vouloir obéir aux conventions si c’est pour ne pas être qui l’on est vraiment ? Greta se sent même étrangère par rapport à sa famille : ses parents très extravagants semblent tout droit sortis d’une publicité Gym Tonic, tandis que sa grande sœur vit ses amours de jeunesse (avec French Kiss et Tutti Quanti). Son seul repère, c’est toujours ce regard caméra, comme dans la première scène. C’est la volonté de briser le quatrième mur pour pénétrer dans un autre monde : la sombre forêt au-delà de sa maison…

C’est là que Fantastic Birthday trouve tout l’intérêt de son titre. Un voyage initiatique au cœur de ces bois où se mêlent étranges créatures, sorcières et apparitions que Greta devra affronter pour en apprendre davantage sur elle-même et, à terme, sortir de l’enfance dans laquelle elle se complaît. Les références ne manquent pas : Alice au Pays des Merveilles, Reine des Neiges… Les contes de votre enfance font naître cet imaginaire fantastique, et surtout didactique.

Conclusion : Rosemary Myers évite avec brio les écueils du théâtre filmé et fait de Fantastic Birthday un objet filmique non-identifié. De Wes Anderson à Michel Gondry, les références picturales se mêlent au mouvement du conte de fée pour délivrer un coming of age movie du plus bel effet.

A LIRE : NOTRE INTERVIEW DE ROSEMARY MYERS ET BETHANY WHITMORE

Fantastic Birthday
Un film de Rosemary Myers
Sortie le 22 mars 2017

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