L’Ennemi de la Classe : Une rébellion ratée

Une jeunesse désarmée qui décide de se rebeller contre un système scolaire qu’ils jugent injuste. Rok Bicek s’est attelé à un sujet fort pour son premier long métrage L’Ennemi de la Classe. Hélas, le jeune cinéaste mérite le bonnet d’âne pour l’ensemble de son œuvre, malgré des ambitions louables. Silence Moteur action corrige les copies. 

Quand arrive leur professeur principal remplaçant, Robert Zupan (Igor Samobor), une classe de sympathiques lycéens se voit confrontés à une méthode d’enseignement plus austère. Très vite, les élèves concentrent leurs critiques sur ce dernier. Lorsqu’une de leurs camarades se suicide, ils tiennent pour responsable ce nouveau professeur d’allemand. Débute alors une série de provocations de plus en plus violentes…

Une vague qui prend l’eau

Une seule classe qui disloque, à elle seule, le doux ronron d’un lycée nous fait irrémédiablement penser à La Vague, film allemand qui suivait un groupe d’élèves expérimentant les joies de l’autocratie. Sauf que, à l’inverse du drame de Dennis Gansel, L’Ennemi de la Classe ne parvient pas à éviter l’écueil de la caricature. Rok Bicek aligne des personnages dénués de toute ambiguïté, aussi intéressants que les protagonistes de la série Premiers Baisers. On aperçoit le premier de la classe, assis au premier rang, buvant les paroles de son professeur et refusant catégoriquement de suivre la rébellion, l’élève à problèmes couvé par le corps professoral ou encore le cancre, casque audio sur les oreilles, les pieds en éventail sur le bureau, amusant la galerie de petites piques bien senties.

L’ennui de la classe

L’accumulation de figures caricaturales plombe L’Ennemi de la Classe car le spectateur a bien du mal à s’identifier et donc à s’intéresser au déroulement du récit. Cette erreur n’aide alors pas les éléments marquants du film à atteindre leur objectif : renforcer le sentiment de compassion ou de colère voulu par le réalisateur slovène. La mise en scène ne parvient pas non plus à transcender l’émotion du spectateur. Trop froide, trop clinique, la réalisation anesthésie toute volonté de rentrer plus en profondeur dans le long métrage. On suit sans vraiment en vouloir savoir plus, pensant déjà à ce que l’on va faire dès le générique de fin.

Une rébellion tuée dans l’oeuf

Pour Rok Bicek, il était plus intéressant de se focaliser sur le fonctionnement des relations entre les élèves, leur façon d’instrumentaliser une tragédie personnelle pour faire monter leur rébellion, et la facilité avec laquelle ils accusent un professeur, plutôt que de se pencher sur les raisons qui ont poussé leur camarade à se suicider. Le souci est que, plus L’Ennemi de la Classe avance, plus la lutte des élèves perd de l’épaisseur. Les scènes se suivent et se ressemblent, jusqu’à nous enlever le moindre intérêt quant à la finalité de la chose. Mais lorsque le fantôme de la jeune fille apparaît dans les conversations, ou par la présence de ses parents chez la proviseure, le long métrage prend une tournure plus tragique, parvenant à capter notre attention.

Conclusion

Voulant montrer, à travers cette classe rebelle, les problèmes récurrents de la société slovène, L’Ennemi de la Classe rate son coup et ne décroche pas la moyenne. La faute à une galerie de personnages caricaturales et à une mise en scène trop clinique. Dommage, car le sujet avait tout pour plaire.

L’Ennemi de la Classe, de Rok Bicek. Sortie le 4 mars
Avec Igor Samobor, Voranc Boch, Spela Novak

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