[Critique] Dumbo : grandes oreilles mais grand cœur

3 ans après le discutable Miss Peregrine et les enfants particuliers, le cinéaste Tim Burton revient chez Disney avec le film en prises de vue réelles Dumbo (adapté du célèbre film d’animation). Premier des trois remakes Disney de l’année (avant Aladdin et Le Roi lion), celui-ci a aussi la particularité d’être mis en scène par ce qui fut un grand cinéaste marginal. Le mieux placé pour narrer l’histoire de cet éléphant ?

Peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Holt Farrier (Colin Farrell) revient du front – avec un bras et une femme en moins. Alors qu’il rejoint le cirque qu’il avait quitté pour s’engager dans l’armée, un étrange événement se déroule : une femelle éléphant donne naissance à Dumbo, un bébé éléphanteau aux oreilles disproportionnées. Ce qui est au début un handicap dans un monde normé, où chacun rentre dans des cases, deviendra par la suite sa force. Ou comment tirer profit de sa différence !

Première partie en pilote automatique

Dans son premier tiers, Dumbo est un énième Disney, à coup de personnages lissés au maximum, résumés à un trait de personnalité (le méchant second rôle, le chef avare, le vétéran qui cherche sa place, les enfants innocents). Nulle trace de Tim Burton, qui semble avoir déserté le plateau de tournage pour laisser la place à une mise en scène en mode pilote automatique, tant dans la photographie plate (couleurs, mouvements de caméra) que dans l’intrigue, très classique.

Malgré tout, la puissance du film original plane au-dessus de cette première partie. Disney joue à fond la carte de la nostalgie et on fond en empathie devant cette madeleine de Proust qu’est Dumbo, injustement humilié par tous. La folie musicale de Danny Elfman vient se mêler aux thèmes musicaux déjà connus de tous, et crée un mélange déconcertant mais excitant pour la suite de l’intrigue.

Soyons tous fous !

Et puis… tout vrille. Burton semble se réveiller et, alors qu’apparaît (comme un fantôme du passé de la filmographie du cinéaste) le personnage campé par Michael Keaton, une pincée de folie s’immisce dans les rouages de cette œuvre pourtant réglée de Disney. Tim Burton a finalement compris que Dumbo était trop rattaché à Disney et à l’imaginaire collectif et décide donc de faire de l’éléphanteau un personnage secondaire de son intrigue, pour mieux se concentrer sur les humains et sur la cause animale en général. La folie et la poésie propres au cinéma de Burton prennent leur envol à travers les personnages de Colin Farrell (on n’aurait pu rêver meilleure nouvelle collaboration acteur/réalisateur en 2019 que celle-ci), Eva Green ou Michael Keaton. C’est visuellement sublime et le film nous transporte dans son univers si particulier du cirque !

Dumbo parlera aux plus petits comme aux plus grands par ses différents niveaux de lecture ! La mise en abyme de l’intrigue est déconcertante, et à travers cet éléphanteau marginal, moqué pour sa différence et forcé de rejoindre un parc d’attraction tenu par un homme très mercantile et opportuniste, on ne peut s’empêcher d’y voir une analogie à Tim Burton, lui-même trop original pour rentrer dans les cases, que Disney (le parc d’attraction dans le film) est venu chercher pour se servir de lui. Toujours cette pincée d’anti-capitalisme qui fait de lui un cinéaste si emblématique. Mais le véritable message qu’appuie Dumbo est plus universel et terriblement d’actualité : contrairement au dessin animé original, le remake de 2019 met l’accent sur la cause animale, sur le fait qu’aucune espèce ne devrait être enfermée dans un zoo ou utilisée dans un cirque.

Conclusion : de prime abord, Dumbo est une pale copie de l’original. Mais c’était sans compter le talent de Tim Burton pour détourner les codes, alors qu’il livre ici une œuvre activiste contre l’utilisation inappropriée des animaux (tout en restant une fable). Un film doux et amer, comme le cinéaste sait si bien les faire.

Dumbo
Un film de Tim Burton
Sortie le 27 mars 2019


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