[Critique] Dossier 64 : une dernière enquête pour la route ?

Les enquêtes du département V continuent… en e-cinéma. Adaptée des romans à succès de Jussi Adler-Olsen, cette série de films policiers danoise en est à son quatrième volet depuis 2013. À chaque film, la même recette : un duo d’enquêteurs exhume des affaires non résolues depuis des années, qui pourtant raconteront toujours quelque chose de ce qu’est la société danoise aujourd’hui. Ces policiers, ce sont Carl (Nicolaj Lie Kaas) et Assad (Fares Fares, récemment aperçu dans la saison 2 de Westworld), et chaque enquête remet en cause leur amitié… jusqu’à ce fameux Dossier 64.

Alors que le Département V est sous tension avant le départ annoncé d’Assad, partenaire de l’inspecteur Carl Mørck, ces derniers se lancent dans une nouvelle investigation qui pourrait bien être leur dernière. A la suite de la découverte de trois squelettes cachés derrière la tapisserie d’un vieil appartement, les deux enquêteurs et leur assistante Rose doivent remuer une macabre affaire datant des années 1950…

Une affaire plus personnelle ?

Vous n’avez jamais regardé une autre Enquête du Département V ? Pas d’inquiétude : Dossier 64 se visionne aisément même si l’on est entièrement étranger à cet univers. Des films « stand-alone » (indépendants les uns des autres) donc, qui posent aisément leur intrigue dès leur introduction. Un flashback nous emmène alors sur la petite île de Sprogø, où de jeunes femmes étaient internées et stérilisées de force. Qu’en est-il de ces tortionnaires, cinquante ans plus tard ? C’est ce que Carl et Assad se chargeront de découvrir.

Dossier 64 enchaîne les phases d’investigations des deux officiers et les flashbacks centrés sur le personnage d’une jeune femme victime des exactions de ce camp d’internement, dans lequel on prétend guérir ses occupantes de leurs « déviances démoniaques » (évidemment, il s’y exerce une forte influence religieuse, sinon ce n’est pas drôle). Une influence qui persiste pourtant dans le présent, puisque Carl et Assad se lancent sur la trace d’un complot bien plus important que la simple affaire à laquelle ils font face. L’enquête prend également une autre tournure quand elle implique le duo d’une manière bien plus personnelle : la relation entre Carl et Assad étant au coeur du récit, celle-ci est à la fois mise à mal par le départ annoncé d’Assad du Département V… et l’embrigadement involontaire d’une de ses connaissances dans ce complot terrible.

C’est là que l’intrigue de Dossier 64 prend un ton beaucoup plus cynique, revenant sur la montée des mouvances politiques extrémistes et la persistance du rejet des communautés immigrées. C’est ce qui lui permet de dépasser un certain classicisme dans son exécution : le spectateur connaissant le coupable très tôt, le suspense se voit minimisé. La noirceur de cette affaire, qui n’est pas sans rappeler les autres cas auxquels se sont confrontés Carl et Assad, évoque tout autant la saga Millénium de Stieg Larsson. De quoi rendre le film tout de même suffisamment efficace !

Conclusion : Malgré un certain classicisme dans son exécution, Dossier 64 parvient à captiver par l’attachement que l’on ressent pour son duo d’enquêteurs et sa pertinence dans le climat sociétal européen actuel.

Les Enquêtes du Département V : Dossier 64
Un film de Cristoffer Boe
Sorti en e-cinéma le 7 mars 2019

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