[Critique] Dogman : chienne de vie

Cela faisait trois ans que Matteo Garrone n’avait pas foulé les marches de la Croisette. La dernière fois, c’était avec Tale of Tales, qui rassemblait un casting prestigieux (Salma Hayek, Vincent Cassel, John C. Reilly…). Le réalisateur italien abandonne le fantastique et revient à une intrigue bien plus terre-à-terre : l’histoire d’un père divorcé et en difficulté, prêt à tout pour offrir une once de bonheur à sa petite fille… même à lorgner du côté des gangs. Cet homme, c’est Marcello Fonte, et à l’issue de la projection du film au Grand Théâtre Lumière, il n’y avait déjà plus aucun doute : l’acteur était un sérieux prétendant au Prix de la meilleure interprétation, qu’il a décroché quelques jours plus tard ! Frêle en apparence, Marcello Fonte porte pourtant Dogman sur ses épaules (en plus de balader ses chiens sur la plage).

Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce…

David contre Goliath (et les dalmatiens)

Dès les premiers plans de DogmanMatteo Garrone renverse les apparences : le frêle Marcello parvient à calmer d’immenses molosses en moins de deux, alors que ces derniers vous sembleraient prêts à vous arracher la main. Et c’est pourtant cet homme somme toute banal, l’archétype idéal du « monsieur tout le monde », qui s’impose face à ces mastodontes canins (mention spéciale au dalmatien !), mais aussi à des chiens de petite taille tout aussi féroces. C’est « l’homme aux chiens » : celui que tout le monde connaît, à qui tout le monde se confie. La ville dans laquelle vit Marcello est une banlieue pauvre ; les rues sont sombres, sales. Le temps y est constamment morne, l’image est elle tout aussi terne : cette ambiance rappelle inévitablement l’affiche de Gomorra (précédent film de Matteo Garrone, Grand Prix à Cannes en 2008) et ses mercenaires en slip sur la plage. Au-delà de cette morne tonalité, Dogman permet aussi à Matteo Garrone de renouer avec une violence intense et réaliste.

Cette violence, c’est le personnage de Simoncino (Simone pour les intimes) qui l’amène. Trafiquant de drogue (et addict à la cocaïne), cleptomane et provocateur, Simone s’impose comme la brute du quartier et finit par entraîner Marcello dans ses méfaits. Ce duo formé par Marcello Fonte et Edoardo Pesce relève d’un casting de génie : l’affrontement de ces deux âmes, mais surtout de ces deux corps, est sublimée par la mise en scène de Garrone. Entre Marcello et Simone, c’est une relation amour-haine : ils s’utilisent l’un et l’autre pour leur propre profit. Le premier pour acquérir davantage d’argent, et ainsi pouvoir faire plaisir à sa petite fille, et l’autre pour trouver une main d’oeuvre facile pour ses coups, quitte à l’utiliser pour échapper à toute sentence.

L’intrigue de Dogman est assez simple : c’est avant tout une histoire de vengeance. Celle d’un homme accusé à tort, que tous croient faible, qui ne demande qu’à être heureux avec sa petite fille. Les rares moments qu’il partage avec elle sont d’ailleurs les seuls moments de respiration du film, les seuls moments d’espoir. Une histoire qui prend aux tripes, autant pour la sincérité et le talent de ses interprètes que pour les degrés de violence que Dogman franchit.

Conclusion : non, on ne vous conseille pas Dogman juste parce qu’il y a des chiens mignons (et c’est vrai). Le film de Matteo Garrone est à voir pour l’incroyable performance de son duo d’acteurs principaux, Marcello Fonte et Edoardo Pesce, et l’intensité de la relation amour-haine qui tantôt les unit, tantôt les oppose.


Dogman
Un film de Matteo Garrone
Sortie le 11 juillet 2018

Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *