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[Critique] Doctor Sleep : le Shining brille à nouveau

Quarante ans ont passé… et pourtant le Shining brille encore. Doctor Sleep signe les retrouvailles du public avec Danny Torrance, l’enfant maudit de l’hôtel Overlook, qui a désormais bien grandi. Des retrouvailles particulières, ce film étant à la fois une suite au Shining originel, le roman signé Stephen King, que son adaptation par Stanley Kubrick. Particulières puisque les divergences que Kubrick s’est accordé par rapport au roman n’ont pas forcément convaincu l’illustre auteur américain, à tel point qu’il aura lui-même signé une nouvelle adaptation du livre en série en 1997.

Pour porter à l’écran Doctor Sleep, paru en 2013, les studios Warner Bros. ont fait appel à une figure montante de l’épouvante américaine : Mike Flanagan. Encore méconnu il y a quelques années (ses premiers films, comme The Mirror n’ayant pas passé la barre du direct-to-video en France), il a pourtant déjà reçu l’aval d’autres grands noms de l’industrie : Universal et Blumhouse pour Ouija : les Origines, Netflix pour la superbe série The Haunting of Hill House et Jessie, une adaptation d’un roman de… Stephen King.

Abra-cadabra !

Doctor Sleep est un objet complexe, non seulement pour les raisons déjà évoquées précédemment, mais aussi parce que son récit se déroule sur une très longue période. Stephen King y aborde l’enfance tumultueuse de Danny Torrance, après le traumatisme de l’hôtel Overlook, mais aussi de nombreuses périodes de sa vie d’adulte, marquée par un désir de stabilité. On aurait pu s’attendre à ce qu’une suite de Shining ne soit que ça, or l’univers s’étend : Danny n’est pas la seule personne à détenir le « don », ces capacités surhumaines qui permettent d’entendre, d’influencer et d’explorer l’esprit des autres. D’un côté, il y a Abra (Kyliegh Curran), une enfant qui apprend à contrôler ses pouvoirs. De l’autre, il y a la troupe du Nœud Vrai, menée par Rose Claque (Rebecca Ferguson), d’autres personnes dotées du même don, mais qui l’utilisent pour tuer et prétendre à l’immortalité.

Ces trois entités différentes disséminées à travers les États-Unis mettront des années avant de se trouver l’un et l’autre, Danny cherchant à protéger Abra du Nœud Vrai. C’est pour cette raison que Doctor Sleep est un film très long. Les romans fleuves sont la marque de fabrique de Stephen King, et il n’y a qu’à voir la longueur de Ça (dont le chapitre 2 sortait il y a quelques semaines) ou encore de Dôme (adapté en série), tous deux coupés en deux parties dans leurs éditions françaises. Et contrairement au Shining de Kubrick qui prenait ses distances avec le roman, Mike Flanagan se montre extrêmement fidèle à l’œuvre de Stephen King, dont les dialogues sont parfois issus au mot près, ou dont certains plans se font le parfait calque d’une description. Cette fidélité pousse ainsi le réalisateur à développer autant ses enjeux que l’auteur, d’où cette durée de deux heures et demi qui est tout autant un avantage qu’un inconvénient. Un inconvénient pour tous les spectateurs qui ne sont pas familiers à l’univers de Stephen King, ou tout simplement à Shining, ou bien pour tous ceux qui s’attendent à un film d’horreur bourré de jumpscares (techniques pour faire sursauter le spectateur)façon Annabelle. Pour les autres… c’est un plaisir.

We have to go back…

Quand on y pense, on ne saurait dire quel cinéaste autre que Mike Flanagan aurait pu se coller à ce job. Avec The Haunting of Hill House, il s’est montré capable de s’approprier le roman de Shirley Jackson, déjà adapté à deux reprises par Robert Wise (1963) et Jan de Bont (1999) et de le dépasser pour en faire sa propre version. La grande fidélité apparente de ce Doctor Sleep cache cependant quelques subtilités d’interprétation et divergences qui permettent ainsi à Flanagan de livrer son propre film (qu’il a également scénarisé et monté), tout en respectant les héritages communs de Stephen King et Stanley Kubrick. Du roman, Flanagan ôte un rebondissement alambiqué et passablement ridicule, mais c’est pour mieux permettre au film, dans son dernier temps, de raccrocher les wagons avec Shining.

Car sa plus grande réussite, c’est de transcender les retrouvailles entre Danny et l’Hôtel Overlook. Au lieu d’accoler des extraits du film de Kubrick (et peut-être pour des questions de droits), Flanagan a pris la décision de tourner à nouveau certaines de ses scènes cultes avec de nouveaux acteurs, avec une aussi grande précision que celle de Gus Van Sant pour son remake de Psychose. Une démarche semblable à celle de Steven Spielberg l’an dernier avec Ready Player One, qui permettait lui aussi de revisiter les couloirs de l’Overlook au cours d’une séquence particulière. Mais surtout : le réalisateur fait en sorte que Doctor Sleep puisse redresser les torts adressés à Kubrick, en faisant de sa fin un mélange entre celle du roman Shining et de sa suite, tout en étant plus radicale.

Radical, c’est aussi le mot qui désigne de nombreuses autres scènes du film (et une en particulier, avec le jeune Jacob Tremblay), dont l’horreur est loin d’être édulcorée. Au lieu de basculer dans la surenchère de jumpscares, Flanagan sait toujours autant faire naître la crainte en jouant avec son cadre, ses effets de montage, ce qui est montré ou non. Les apparitions des membres du Nœud vrai sont aussi glaçantes que celles des fantômes dissimulés dans The Haunting of Hill House et ce bruit de battement de cœur, bien qu’envahissant, annonce au spectateur la peur à venir. Flanagan a aussi un excellent flair, Ewan McGregor et Rebecca Ferguson étant tous deux excellents dans leurs rôles respectifs… avec une préférence particulière pour la perversité et la cruauté du personnage de Rose.

Conclusion : malgré sa grande lenteur, Doctor Sleep s’impose autant comme un hommage respectueux des œuvres de Stephen King et Stanley Kubrick que comme une appropriation par son réalisateur, Mike Flanagan. Le Shining brille et terrifie encore…

Stephen King’s Doctor Sleep
Un film de Mike Flanagan
Durée : 2h32
Sortie  le 30 octobre 2019

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Comments (1)

  1. Merci pour cette super critique que je trouve si juste.
    Je trouve que Rebecca Ferguson à parfaitement joué sa partition.
    Bref un super film à aller voir.

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