[Critique] Dilili à Paris : l’Histoire revisitée avec trop de candeur

À 74 ans, le cinéaste français Michel Ocelot signe aujourd’hui avec Dilili à Paris son huitième long métrage. Le père de Kirikou a ainsi eu l’honneur d’ouvrir la quarante-deuxième édition du Festival international du film d’animation d’Annecy : un retour au bercail pour celui qui recevait justement le Grand prix du long métrage en 1999 pour le premier volet des aventures du petit garçon africain. Ocelot nous embarque pour une balade à travers la capitale à travers le regard de Dilili, jeune fille métissée originaire de Nouvelle-Calédonie, bien décidée à « voir du pays », comme elle le dit, et à rencontrer le plus de gens intéressants possible. Une aubaine : de Marcel Proust à Debussy, en passant par Marie Curie et Louise Michel, la petite Dilili cumule les entrevues avec les grands de l’époque sur fond d’intrigue policière. Sur le papier, le concept est ambitieux. Dans les faits, Dilili à Paris ressemble davantage à un patchwork de séquences saupoudré d’un peu trop de candeur…

Dans le Paris de la Belle Époque, en compagnie d’un jeune livreur en triporteur, la petite kanake Dilili mène une enquête sur des enlèvements mystérieux de fillettes. Elle va d’aventure en aventure à travers la ville prestigieuse, rencontrant des hommes et des femmes extraordinaires, qui l’aident, et des méchants, qui sévissent dans l’ombre. Les deux amis feront triompher la lumière, la liberté et la joie de vivre ensemble.

Une balade à Paris façon Métronome

Michel Ocelot s’émancipe légèrement de son style graphique habituel : au lieu de représenter complètement la capitale au moyen de dessins ou d’animation classique, le cinéaste colle ses personnages sur des prises de vues réelles de la capitale pour nous en faire découvrir les plus beaux lieux. Le Jardin des Tuileries, le Moulin Rouge, l’Opéra de Paris et ses nombreuses coulisses, sans oublier la tour Eiffel… Tout l’aspect brillant de la capitale est illustré. Mais Ocelot n’oublie pas pour autant de transporter ses personnages dans un Paris plus sombre et délabré, où règne la pauvreté et l’insalubrité.

Le problème, c’est que Dilili à Paris ressemble bien plus à une balade touristique destinée au public étranger ou à une immense encyclopédie vivante. En l’espace de quelques heures, la petite Dilili rencontre le tout-Paris, des peintres Toulouse-Lautrec, Monet ou Degas à la chanteuse d’opéra Emma Calvé, jusqu’à Louis Pasteur. Un immense concours de circonstances selon lequel chacune de ces rencontres aidera Dilili à parvenir à ses fins. Un peu trop facile… et un peu trop appuyé.

« Je suis heureuse de vous rencontrer ! »

On ne pourra jamais être trop poli. Vraiment ? Dès les premières minutes du long-métrage, la voix de Dilili agace. Il est bien entendu expliqué que la petite fille, d’origine kanake, a appris la langue française et les règles de bienséance lors de son voyage vers la France. Elle fait pourtant preuve d’une extrême maturité, sachant s’adapter à son interlocuteur en fonction de chaque situation… Et même lorsqu’elle ne comprend pas certaines discussions d’adultes, qu’elle fuit alors ouvertement. Était-ce pourtant la peine d’autant faire surjouer la petite fille qui lui donne voix ? Mais Dilili n’est pas la seule concernée : absolument tous les personnages surjouent et s’expriment à Dilili comme s’il s’agissait d’un bébé. Vous savez, quand quelqu’un prononce ses phrases très lentement et avec un ton qui vous laisse penser que vous êtes le plus grand des idiots ? Dilili à Paris, c’est cela pendant presque deux heures.

Mais c’est un film pour enfants, direz-vous ! Pas si sûr. Le ton est certes très candide, non seulement en raison de cet argument du surjeu, mais aussi des quelques apartés musicaux et de l’esprit du long métrage, qui se veut avant tout poétique et enchanteur au fil de ces divers voyages. Pour autant, Dilili à Paris aborde des sujets plutôt durs de manière très explicite, peut-être pas forcément suffisamment adaptée à un très jeune public. Michel Ocelot traite du racisme à travers le personnage de Dilili, petite fille métisse, de manière intelligente, mais fait basculer son film en vibrant plaidoyer en faveur des femmes. Dilili et son ami Orel se chargent de démasquer les Mâles-maîtres, qui enlèvent et asservissent les jeunes filles, considérant la femme comme un être inférieur. Le rejet de la différence, la question de l’origine et de la citoyenneté, la vision que nous avons de la police : des sujets encore brûlants d’actualité malgré l’ancrage du film dans le XXe siècle…

Conclusion : la tonalité beaucoup trop naïve de Dilili à Paris finit malheureusement par exténuer son spectateur. Trop surjouée, trop appuyée, trop facilitée, son intrigue tombe dans une moralisation convenue malgré des sujets universels et encore d’actualité.


Dilili à Paris
Un film de Michel Ocelot
Sortie le 10 octobre 2018

Les autres films présentés au Festival d’Annecy cette année :


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