[Critique] Les Derniers Parisiens : Pigalle prend un nouvel air

« Tout juste sorti de prison, Nas revient dans son quartier, Pigalle, où il retrouve ses amis et son grand frère Arezki, patron du bar Le Prestige. Nas est décidé à se refaire un nom et Le Prestige pourrait bien lui servir de tremplin… ». Le synopsis des Derniers Parisiens ne semble pas offrir grand-chose de nouveau lorsqu’on y jette qu’un coup d’œil rapide. La réinsertion sociale et professionnelle après une détention a déjà fait l’objet de nombreux films, en France et ailleurs. Mais ici, la scène se déroule à Pigalle et ce détail fait des Derniers Parisiens une réalisation rare dans l’hexagone puisque les réalisateurs en profitent pour mettre en lumière une facette nouvelle de ce lieu.

Place incontournable du Paris touristique, lieu réputé pour son excentricité, ses sex-shops et ses folles soirées, Pigalle s’offre ici un tout nouveau visage. Fi des touristes, la grande place du Moulin Rouge sert de théâtre aux citoyens qui connaissent par cœur les quartiers de Barbes et Château d’Eau. Des hommes et de femmes qui ont grandi dans ces quartiers où beaucoup de lois sont régies par ceux qui y habitent.

Le monde de la nuit se dessine en journée

Pigalle est évidement connue à travers le monde pour savoir libérer les mœurs quand tombe la nuit, et pour ses soirées extravagantes. Les Derniers Parisiens ne nous cache pas cette facette du quartier, au contraire, puisque Nas, interprété par Reda Kateb, souhaite organiser des soirées avec DJ, champagne et photocall dans le bar de son frère. A plusieurs moments de cette réalisation de Hamé et Ékoué (membre du groupe de hip-hop La Rumeur), le public est complètement plongé au cœur des soirées. Qu’il s’agisse de clubing ou de soirée foot, la caméra est au plus proche des personnages quand vient le soir. Rires, fontaines d’alcool, gogo-dancing et stroboscopes… dans ces instants, la caméra est instable, elle est littéralement emportée dans ces élans festifs et tournoie autour des personnages à mesure qu’ils se donnent à la nuit. Rien ne manque pour immerger le spectateur dans ces moments explosifs de vies.

Mais le message des réalisateurs n’est pas celui-là. Alors c’est sans demi-mesure qu’ils mettent fin aux soirées en un clap. En une seconde, nous voici en journée. Le public est éjecté du monde de la nuit et se retrouve dans des situations sérieuses du quotidien. On retrouve alors Nasser, son frère Arezki (Slimane Dazi) et les nombreux personnages secondaires confrontés à la réalité du travail. L’ambiance de soirée a disparue pour laisser place aux négociations, parfois – souvent – aux conflits. Le monde de la nuit se discute en journée. La loi du plus fort est ici palpable. Associations, contrats et procédures sont établis dès l’aube pour permettre de vivre d’un bar à Pigalle. La place touristique devient alors une grande société, où les personnages passent de bureau en bureau (déguisés en boutiques de chaussures ou en épicerie) pour discuter de l’avenir de leur établissement de nuit. Et ces négociations ne sont pas menées par n’importe qui : les personnages à la fois doux et féroces vivent pour leur gagne-pain et il n’est pas question pour eux de laisser tomber cela.

Des hommes, avant des touristes

Certes, Pigalle est un lieu visité par des milliers de touristes chaque jour. Mais Les Derniers Parisiens choisit de faire un focus sur ceux qui y habitent et qui y travaillent quotidiennement. Ce quartier de la capitale est assez pauvre, il est devenu une plateforme tournante de la drogue, si bien qu’il est difficile de s’y faire sa place en tant que citoyen honnête. Pourtant, c’est ce que vont tenter les personnages. La France a des laissés pour compte, et ils en font partie. Certains ont besoins de faux-papiers, d’autres se font de l’argent en vendant une bicyclette. Mais dans cette quête de la stabilité financière et de la réussite personnelle, le film peint tout un tas de portraits d’hommes et de femmes oubliés par le reste de Paris.

A Pigalle, tous les habitants natifs (ou quasi-natifs) du quartier se connaissent, ce qui donne à cette réalisation le doux parfum d’une communauté unie et fraternelle. Pourtant, les personnages n’en oublient pas d’être francs les uns avec les autres. Parfois ils crient, ils s’énervent, ils sont prêts à en venir aux mains, mais dans tous les cas, il en émane une fougue de vivre constante. Les Derniers Parisiens est très fort grâce aux dialogues : les insultes fusent, les blagues salaces avec, sans toutefois alourdir le film, au contraire ! Quand il s’agit d’avoir une conversation sérieuse, les personnages deviennent attentifs, concentrés et réfléchis. Malgré cela, ils gardent toujours un peu de leur sarcasme et une pointe d’humour. Le public est d’autant plus touché par les personnalités explosives et attachantes de chacun des protagonistes.

Conclusion : En plus d’être agréable, il est très intéressant de découvrir cet aspect de Pigalle à travers des personnes qui se livrent petit à petit. Beaucoup de réalités oubliées sont portées à l’écran avec sincérité. Malgré tout, Les Derniers Parisiens tourne parfois un peu en rond. Au visionnage du film, on ne peut que se rappeler de la prestation de Reda Kateb en Jordy le gitan dans Un Prophète. Ici, son personnage est plus mature, plus posé, mais son talent lui, est intact.

Les Derniers Parisiens
Un film de Hamé et Ékoué
Sortie le 22 février 2017

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