[Critique] Le Crime de l’Orient-Express : jugé coupable

Adapter Le Crime de l’Orient-Express en 2017 était un pari risqué. Il fallait passer au dessus de deux ombres : d’une part celle du roman original d’Agatha Christie, très bon et surtout très populaire à travers le monde, et d’autre part l’adaptation en 1974 par Sidney Lumet. Cette année, c’est Kenneth Branagh qui tente sa chance, en misant sur l’originalité, sur plus de noirceur et d’effets spéciaux. Résultat ? À double tranchant.

Après avoir brillamment élucidé une affaire de vol à Jérusalem, le célèbre Hercule Poirot (Kenneth Branagh) embarque à bord de l’Orient-Express, direction l’Europe de l’Ouest. Mais alors qu’on lui promet le luxe et la tranquillité, le détective va devoir encore une fois mener l’enquête lorsqu’un homme est découvert mort dans son compartiment. Le train étant bloqué dans la neige à cause d’une avalanche, le meurtrier est forcément l’un des passagers…

Huis clos glacial

Les bases sur lesquelles Kenneth Branagh partait étaient pourtant bonnes : l’intrigue telle que l’a imaginée Agatha Christie est excellente et très dynamique. Et pourtant, il faut réussir à satisfaire les lecteurs qui compareront, consciemment ou non, le roman au film. Le réalisateur britannique l’avait bien compris et a fait des efforts non négligeables pour apporter de l’originalité et un souffle nouveau à l’histoire, en changeant certains personnages, détails et événements pour éviter l’impression de déjà-vu, tout en gardant la trame principale pour ne pas dénaturer l’intrigue.

Kenneth Branagh a également beaucoup joué sur les différentes possibilités que permettait le lieu – un train coincé dans la neige – en proposant des prises de vue intéressantes. Pour insister sur, mais aussi parer à la contrainte que pose un train, avec ses compartiments et couloirs étroits, le réalisateur choisit de jouer avec le hors-champ, de filmer d’en haut, d’en bas, de l’extérieur. Le plan séquence du début du film, par exemple, nous montre Hercule Poirot traverser le wagon sans interruption pour aller à son compartiment, le tout vu depuis le quai, à travers les fenêtres. Ce plan, par son mouvement et sa durée, réussit à montrer à quel point l’espace est contiguë.

Enfin, les décors et l’atmosphère ont été particulièrement soignés pour recréer l’époque de l’âge d’or du chemin de fer et son ambiance. Lorsque le train démarre, les employés s’affairent en coulisses tandis que les passagers profitent du luxe et du confort. Plusieurs gros plans insistent sur les roues du train tournant à grande vitesse et sur la vapeur que celui-ci dégage. Les décors de l’intérieur du wagon étroit, aux couleurs chaudes, s’opposent d’autant plus au paysage glacial et gigantesque dans lequel le véhicule se retrouve bloqué. Le lieu de fête et de mouvement devient alors un huit-clos, immobile, dans un lieu aussi beau qu’hostile.

Agatha Christie revue à la baisse

Malheureusement, Le crime de l’Orient-Express manque cruellement de réalisme et de rythme. L’œil avisé remarquera sans doute que les effets spéciaux ne sont pas toujours réussis, comme le paysage défilant par la fenêtre du train. Ce qui n’échappe pas en revanche, c’est l’aspect bien trop théâtral que prend parfois le film. Le théâtre, Kenneth Branagh y est bien habitué, lui qui adapte et joue Shakespeare en 1993 avec Beaucoup de bruit pour rien, et en 1996 avec Hamlet. Les personnages du roman d’Agatha Christie peuvent également être qualifiés de caricaturaux, mais sans jamais tomber dans le cliché, contrairement au film. Kenneth Branagh fait un assez bon Hercule Poirot, avec son accent français réussi et une volonté de complexifier le personnage. Johnny Depp, très à l’aise sous les traits du gangster, tire également son épingle du jeu. Michelle Pfeiffer sera au contraire décevante dans un rôle cliché et surjoué, tandis que le comte et la comtesse Andrenyi, joués par Sergei Polunin et Lucy Boynton, sont proches du ridicule.

Enfin, alors que la bande-annonce était prometteuse à ce niveau, le rythme du Crime de l’Orient-Express est l’un de ses principaux défauts. Bien évidemment, l’intrigue du roman doit être simplifiée à l’écran, mais les changements sont parfois maladroits : certaines déductions du détective arrivent trop abruptement, à la limite du compréhensible, tandis que d’autres sont trop évidentes. Le déséquilibre entre l’enquête, l’incertitude de Poirot et les différentes révélations provoque l’ennui chez le spectateur et fait perdre du poids et de la crédibilité au climax de fin, à l’élucidation finale du mystère, pourtant prodigieuse.

Conclusion : Avec Le Crime de l’Orient-Express, Kenneth Branagh a sans doute été trop ambitieux. Malgré de bonnes idées, une atmosphère efficace et un casting impressionnant, le film souffre d’un rythme très mal équilibré et d’un jeu d’acteur trop théâtral. Dommage.

Le crime de l’Orient Express
Un film de Kenneth Branagh
Sortie le 13 décembre 2017

Découvrez également le compte-rendu de notre rencontre avec Kenneth Branagh !


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