[Critique] Crazy Rich Asians : l’amour, casse-tête chinois

Succès surprise de l’été aux Etats-Unis, Crazy Rich Asians s’est imposé comme la comédie romantique la plus rentable au box-office depuis près de dix ans, après déjà plus de 230 millions de dollars au compteur pour « seulement » 30 millions de budget. Avec une suite déjà dans les cartons, le film sort dans les salles françaises quatre mois après. Une sortie quelque peu en catimini pour une comédie américaine qui met pourtant – enfin ! – en vedette la communauté asiatique. Après l’émouvant À tous les garçons que j’ai aimés, sorti sur Netflix et porté par Lana Condor, Crazy Rich Asians réitère-t-il l’exploit ? Verdict.

Adapté du roman de Kevin Kwan (première partie d’une trilogie à succès), Crazy Rich Asians narre la rencontre entre Rachel Chu (Constance Wu) et la famille de son petit ami Nick Young (Henry Golding). Ensemble depuis un an, la jeune femme ne savait pourtant pas que son compagnon faisait partie de la fratrie la plus riche de Singapour… Alors qu’ils partent de l’Amérique vers l’Asie pour le mariage du meilleur ami de Nick, Rachel va devoir apprendre à connaître sa famille, mais surtout à faire face à sa mère (Michelle Yeoh) et aux qu’en dira-t-on de la communauté huppée singapourienne.

Riches. Fous. Extravagants… mais pas tous !

Crazy Rich Asians porte très bien son nom : la famille Young est riche et célèbre, oui. Elle est ultra-extravagante, oui. Elle possède des demeures impressionnantes, privatise une île pour un enterrement de vie de jeune fille et fait d’un mariage un véritable spectacle. Mais derrière les strass et les paillettes, que se passe-t-il dans l’intimité de chacun de ses membres ? Le retour de Nick auprès de sa famille suscite bien des attentions… d’autant plus en compagnie d’une jeune femme que personne ne connaît. Le mariage du meilleur ami de Nick n’est bien évidemment qu’un prétexte pour amener sur la table l’un des thèmes les plus récurrents dans les comédies romantiques : la rencontre avec la belle-famille !

Les proches de Nick nous sont présentés par une série de portraits, tous aussi délurés et poussifs les uns que les autres : la cousine Astrid (Gemma Chan, révélée dans Humans, le remake de la série suédoise Real Humans) qui ordonne à ses servants de cacher ses achats luxueux à son mari, l’autre cousin Alistair (Remy Hii), producteur éperdu d’une (très mauvaise) actrice, les tantes qui passent leur temps à cancaner et réaliser les fêtes les plus flamboyantes… Difficile de ne pas s’attacher à quiconque ! Et de l’autre côté, il y a Eleanor (l’impeccable Michelle Yeoh), la mère de Nick, dont la froideur entre en contraste total avec cette ambiance de fête constante. Pour Rachel, il sera question de convaincre et de se faire accepter. Cette dualité entre Constance Wu et Michelle Yeoh est des plus savoureuses.

« T’es comme une banane : jaune à l’extérieur, blanche à l’intérieur ! »

Toute l’intrigue de Crazy Rich Asians porte ainsi sur ce choc des cultures et des générations : Eleanor n’a pas eu d’autre choix que d’élever sa famille et ses enfants, tandis que Rachel a pu accomplir sa destinée et se consacrer à ses passions. La place de la famille doit-elle être plus importante que tout le reste ? Étant née et ayant vécu aux États-Unis toute sa vie, Rachel a-t-elle les épaules pour s’intégrer dans une famille autant guidée par les coutumes et les traditions ? Ou est-ce à cette dernière de changer et de s’ouvrir davantage ? N’est-elle vraiment « pas assez chinoise » comme peut lui dire Eleanor ?

John M. Chu mène cet affrontement idéologique avec pertinence, et soulève aussi la question du racisme banalisé, de l’indépendance de la femme, tout en ménageant suffisamment de rebondissements scénaristiques pour ne pas ennuyer son spectateur – car le film dure tout de même deux heures ! Sa fin montre toutefois qu’il y aurait encore bien des choses à raconter sur la famille Young : le second opus est donc déjà le bienvenu… et devrait très certainement entrer rapidement en production.

Conclusion : Crazy Rich Asians s’impose comme un divertissement réussi, aux personnages attachants et hilarants, qui traite avec pertinence la question du choc générationnel et de l’identité.


Crazy Rich Asians
Un film de Jon M. Chu
Sortie le 7 novembre 2018

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