[Critique] Come as you are : un récit initiatique brûlant

Présenté en avant-première au Champs-Elysées Film Festival en présence de sa réalisatrice et son actrice principale, Come as you are sortira sur les écrans français le 18 juillet prochain. Un récit initiatique fort et important.

Cameron (Chloé Grace Moretz), adolescente, est un jour prise sur le vif alors qu’elle embrasse une amie. Nous sommes en 1993 dans une Amérique puritaine, encore sous la présidence du très républicain Bush. La jeune femme est donc envoyée en Pennsylvanie, dans une école catholique ayant comme mission de « remettre ses âmes perdues dans le droit chemin ». Comprendre : lui passer l’envie d’être homosexuelle. Tout un programme, donc.

Une mise en scène maniériste

Rien que par son sujet, Come as you are s’inscrit dans ce nouveau cinéma traitant de la communauté LGBT. À l’instar de Moonlight de Barry Jenkins, ce film primé à Sundance (festival américain de films indépendants) traite de la question de l’identité, de la construction de soi à un âge où tous veulent nous dicter quoi faire. La question des normes y est très présente.

Plus généralement, le film rend hommage, subtilement ou non, à de grands monuments du cinéma américain. Dans la belle bande d’amis que se crée le personnage de Chloé Grace Moretz, on retrouve une certaine similarité avec ceux du Breakfast Club de John Hughes (1985), dans leur innocence face au monde. Dans son questionnement sur l’identité, sur le rapport que l’on entretient avec le monde, que les adolescents entretiennent avec les adultes, on pense beaucoup au Cercle des poètes disparus (Peter Weir, 1990). Plus que le personnage de Robin Williams, c’est celui du jeune Robert Sean Leonard (il interprétait Neil, un étudiant manipulable aux troubles psychiques) qui est repris ici. C’est beau et émouvant, tout comme toutes les références à la pop culture de ces années là (notamment musicalement, avec une playlist qui ramène à la communauté LGBT, avec par exemple What’s up de 4 Non Blondes).

Enfin, le film est profondément ancré dans son époque et donc dans les changements qui s’y sont opérés à ce moment. Ainsi, l’arrivée prochaine de Bill Clinton au pouvoir est présente en filigrane dans tout le long métrage, par des dialogues ou même des présences à l’image d’affiches à son effigie. Come as you are questionne notre rapport au futur, à l’optimisme que l’on doit avoir et au sentiment de rébellion inhérent au récit. La toute dernière scène du film vient donc puissamment rendre hommage au monument révolutionnaire du Nouvel Hollywood américain des années 60 : Le Lauréat (Mike Nichols, 1968). On se bat pour échapper à notre prison que sont les normes sociales puis, une fois qu’on y a échappé, quel avenir s’offre à nous ? Un avenir forcément meilleur ? Une sublime fin ouverte.

Une vision importante

Mais Come as you are ne fait pas que rendre hommage au passé. Il vient résonner avec force et fracas avec l’Amérique actuelle et les déclarations toujours plus outrancières de Donald Trump. Ainsi, lors du question/réponse qui a suivi la projection du film au Champs-Elysées Film Festival, Chloé Grace Moretz nous expliquait comment l’annonce de la victoire du président américain avait eu lieu pendant le tournage du film, et comment ce sentiment de faire un grand pas en arrière pour l’Amérique avait contaminé tout le reste du tournage.

Le film parle d’inhumanité, d’incompréhension de la différence (ici de différente orientation sexuelle que la norme des années 90). Les personnages sont littéralement emprisonnés, retenus contre leur gré afin qu’on leur lave le cerveau et qu’on les fasse se haïr eux-mêmes.

Toute la subtilité et la grâce du long métrage tient dans sa mise en scène. Et pour cause, il s’agit probablement d’un des premiers films de l’histoire du cinéma américain traitant d’amour lesbien réalisé par une femme. Et le point de vue féminin apporte indéniablement quelque chose à la caméra, à l’ambiance, à la direction des acteurs et actrices (tous incroyables). Visuellement, la cinéaste Desiree Akhavan fait le choix d’une photographie assez naturaliste, mettant en avant les visages (beaucoup de gros plans). La lumière est douce sans pour autant chercher à embellir les acteurs en montrant leur meilleur profil. De cet aspect presque documentaire ressort donc quelque chose de brut, une vision douce et dure à la fois d’une société malade, sans superficialité ou filtre.

Conclusion : Come as you are est, d’une certaine façon, un récit iniatique. S’il se déroule en 1993, il fait violemment écho à notre société actuelle. Chloé Grace Moretz est incroyable, et le film une véritable déclaration d’amour à l’importance d’être soit, de s’aimer, autant qu’un hymne à la jeunesse. 


Come as you are
Un film de Desiree Akhavan
Sortie le 18 juillet 2018


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