[Critique] Colossal : ne brisez pas un rêve de gosse…

Anne Hathaway dans un… kaiju movie ? Tel est l’exploit du réalisateur Nacho Vigalondo : faire de Colossal un improbable mélange entre comédie dramatique américaine (à l’humour un peu potache) et pure tradition asiatique du film de monstres. À l’heure où Hollywood relance la mode en ramenant Godzilla et King Kong sur le devant de la scène (avec un nouvel affrontement programmé pour 2020), d’autres cinéastes font quelques audacieuses expériences !

Gloria (Anne Hathaway) est une jeune new-yorkaise sans histoire. Plaquée par son petit ami, virée de son travail, elle n’a d’autre choix que de retourner dans sa ville natale où elle retrouve l’un de ses amis d’enfance, Oscar (Jason Sudeikis). Au même moment, des incidents surgissent dans la ville de Séoul, où un monstre géant apparaît chaque nuit. Gloria se rend vite compte qu’elle est la personne capable de contrôler cette créature. Tout devient hors de contrôle, et Gloria va devoir comprendre comment sa petite existence peut avoir un effet si colossal à l’autre bout du monde…

Petit mais puissant ?

Relégué en France à une sortie numérique, Colossal s’affranchit pourtant de son « petit » budget (15 millions de dollars) et offre un mélange des genres très rafraichissant. Suffisamment pour avoir tout d’un grand ? Peut-être pas. L’intrigue du film se perd surtout en raison de ses personnages secondaires qui peinent à gagner l’intérêt du spectateur, tant le duo Gloria-Oscar sort du lot. Anne Hathaway et Jason Sudeikis campent des personnages attachants, et l’on prend plaisir à les voir l’un et l’autre se tirer vers le haut, face à leurs démons intérieurs.

Leur relation est bel et bien au coeur de l’intrigue : le « pouvoir » de Gloria attire peu à peu la convoitise de son ami. La notion de rivalité prend alors le dessus sur l’amitié retrouvée, et Colossal trouve là son aboutissement : la comédie cède au profit du véritable film de monstres, mais ceux-ci ne sont pas forcément ceux que l’on pense !

Parce qu’il faut bien l’avouer : Gloria a comme qui dirait une vie pourrie. En pleine crise de la trentaine, personne ne semble vouloir lui faire confiance. Colossal, c’est aussi une sorte de « coming-of age ». Anne Hathaway campe avec brio ce personnage de femme larguée, qui rappelle inévitablement ses premières scènes dans Le Diable s’habille en Prada. Malmenée par quasiment tous les hommes autour d’elle, Gloria trouve en ce monstre le moyen d’échapper à un morne quotidien.

The Evil Within

Il n’y a qu’à voir cette relation des plus toxiques entre son personnage et son ex, incarné par Dan Stevens, pour comprendre son désir d’indépendance. Force est de constater que le film abuse de ce ressort narratif pour malmener un peu plus son héroïne, jusqu’à l’inévitable confrontation entre les deux hommes (Stevens et Sudeikis). Une scène purement machiste, au cours de laquelle Nacho Vigalondo se plait à construire ces personnages acariâtres pour mieux les renverser par la suite.

Les monstres sont-ils forcément terrifiants ? Peut-on apprendre à les dompter ? Chacun est libre de se représenter ce que signifient les différentes créatures qui apparaissent dans le film. Elles sont avant tout là pour permettre aux personnages de mener à bien leurs combats intérieurs et guérir de leurs douleurs enfouies.

Colossal instaure un beau rapport à l’enfance, aussi bien dans ses inspirations (celles du réalisateur étant les films avec lesquels il a grandi) que dans son histoire elle-même : les monstres sont aussi ceux que l’on imagine lorsque l’on joue, petit. Ceux-ci s’animent (littéralement) sur un terrain de jeu, le bac à sable. Le terme, désormais employé dans bien d’autres domaines tel que le jeu vidéo, définit cet espace de liberté où le joueur est libre d’effectuer tout ce qu’il souhaite. Contrôler un monstre signifie-t-il que l’on doit inévitablement commettre le mal ? Dans son final, Colossal offre une scène dantesque à son héroïne, petite mais puissante…

Conclusion : Habile mélange de genres, entre la comédie dramatique et le kaiju movie, Colossal s’impose comme une belle réflexion sur l’enfance et la rivalité. Anne Hathaway y est éblouissante !

Colossal
Un film de Nacho Vigalondo
Disponible en E-Cinéma le 27 juillet 2017


[wysija_form id= »2″]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

1 Partages
Partagez1
Tweetez