[Critique] Cigarettes et Chocolat Chaud… et une boisson énergisante svp

La réalité de certaines administrations françaises, encore pointée du doigt cette année. Dans l’hexagone, beaucoup de comédies à trois francs six sous sont produites tous les ans. Mais il n’y a pas que cela. Rien n’empêche de vouloir dénoncer certains aspects de la société dans des films au ton plus dramatique, comme c’est le cas pour Cigarettes et Chocolat Chaud. Le film de Sophie Reine n’en demeure pas moins joyeux, parfois drôle, mais toujours assez sévère. Ici, on retrouve Denis Patar, un papa veuf, accompagné de ses deux filles (la plus grande jouée par Héloïse Dugas et l’autre, par la pétillante Fanie Zanini). Lui (interprété par Gustave Kervern) est perdu, pantouflard, « je-m’en-foutiste » et bon vivant. Loin d’être un mauvais père pour ses enfants, il n’est, a priori, pas à la hauteur des attentes des administrations. Une enquêtrice sociale (Camille Cottin) le menace dans un premier temps, de le séparer de ses filles, avant de finalement se laisser convaincre de l’aider.

Des rebelles en chaussons licornes

Le public voit alors s’affronter deux réalités. La première est celle de la famille. Lorsque le spectateur assiste au quotidien de ces trois personnes, il est possible d’admettre qu’effectivement, les Patar ne forment pas la famille idéale comme on peut la concevoir. Pourtant, absolument tout incite à s’attacher à eux, comme formant un ensemble. Peu d’intérêt à se pencher sur chacun des personnages séparément. C’est en tant que total, en tant que troupe, que cette famille fait vivre Cigarettes et Chocolat Chaud. Et pour créer cette cohésion d’équipe et de famille, la réalisatrice ne lésine pas sur les détails. Par les décors et même par les costumes, il saute aux yeux que les filles adhèrent complètement au style de vie de leur papa. Elles l’aiment, tout simplement. Evidemment, elles n’acceptent pas tout et elles veulent, par exemple, lui trouver une nouvelle femme. Mais la manière de vivre est approuvée par tout le monde. Ils sont plutôt anticonformistes (malgré eux ?) et ils l’assument. Ils l’assument en portant des t-shirts aux couleurs de grands groupes de musiques aux côtés rebelles, ou encore en lisant des livres complètement atypiques pour des petites filles… et alors ? Les gamines lisent ce qu’elles veulent, mangent mal et s’habillent en fonction de leurs goûts et non des modes, et… quel plaisir de voir autant de liberté dans des trognes encore si jeunes ! Même si le spectateur ne s’identifie pas forcément comme étant un membre de cette famille, tous les éléments permettent de s’attacher à eux. Plus encore, il est possible de les comprendre, d’accepter et presque d’admirer ce fonctionnement. Ils sont fracturés par le décès de la mère, ils sont instables, mais avant tout, ils sont soudés.

La Connasse n’est plus drôle

De l’autre côté, le point de vue de Séverine (Camille Cottin), l’enquêtrice sociale. Pour elle, cette famille représente LA mauvaise famille. Cigarettes et Chocolat chaud est très efficace pour opposer les deux visions de ce que sont les Patar. A travers cette femme, ce sont les administrations qui transparaissent : on décide de l’avenir d’une famille à l’aide de grilles de critères et d’observations dans un cahier sans avoir mis le nez dans les ressentis humains. Deux notions de ce que sont les réalités sociales s’affrontent alors. Les deux sont très bien traitées par la réalisatrice Sophie Reine : le spectateur peut réfléchir sur chacun de ces points de vue et admettre le fonctionnement et dysfonctionnement de part et d’autre.

Un joli conte pour s’endormir

Non, le problème de Cigarettes et Chocolat Chaud ne vient pas de là. Le rythme donné au film est plutôt ennuyeux. Qu’on se l’avoue ! La famille avance d’un pas et recule de trois. Admettons : l’intention de réalisation aurait pu être efficace. Mais elle est très mal amenée et finalement, c’est l’ennui. Le public est retenu dans une espèce de cercle vicieux duquel il est difficile de sortir. Mais la boucle est toujours la même. Les Patar font un effort pour montrer à l’enquêtrice sociale qu’ils sont soudés, et tout tombe à l’eau. Ils recommencent… Nouvel échec. Une fois, deux fois… dix fois ! C’est trop. L’histoire se mord la queue en essayant de prouver les difficultés d’une telle situation au spectateur. On perd très vite le côté « rock ‘n’ roll » des premières minutes (le film ouvre avec des scènes de manifestations, puis il continue sur une ambiance hippie-bohème) pour ensuite tomber dans la routine plate et, malheureusement, inintéressante. Pour tenter d’extirper le scénario de ce rythme redondant et lassant, un élément est incorporé à la recette Cigarettes et Chocolat Chaud : l’aînée des deux jeunes filles est atteinte de tocs. Cela va les entraîner, elle et sa famille, dans de nombreux autres problèmes additionnels. Cette pathologie est montrée dès les premières images du film, mais elle n’est réellement abordée que bien plus tard. Trop tard même. Tout à coup, Cigarettes et Chocolat Chaud ne se focalise plus que sur ces tocs et plus rien ne compte. Cela tombe comme un cheveu sur la soupe et finalement, la réalisation de Sophie Reine part sur deux grands sujets qui se complètent très, très mal. Ils n’étaient pourtant pas incompatibles, mais les ingrédients sont mal mélangés…

Conclusion : Cigarettes et Chocolat Chaud est mignon. Ni vraiment puissant, ni vraiment très divertissant. On se prend aisément d’amour à cette famille fragile mais unie. Les deux jeunes filles sont la seule raison de papa Patar pour se lever le matin. Le film réchauffe un peu le cœur sur l’instant, mais l’ennui prend souvent le dessus.

Cigarettes et Chocolat Chaud

Un film de Sophie Reine

Sortie le 14 décembre 2016

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