[Critique] Churchill : un autre biopic de trop

2017 : Dalida débarque sur grand écran dans le film éponyme. Dans Neruda et Jackie, l’un et l’autre sortis à deux mois d’écart dans nos salles, Pablo Larrain met en lumière le poète chilien et l’ex-première dame américaine. Puis vient le tour des succès Lion et Les Figures de l’ombre, contant respectivement le destin atypique d’un jeune indien occidentalisé en quête de ses origines et celui d’un trio d’afro-américaines qui changea l’histoire de la NASA. Puis c’est le guitariste virtuose Django Reinhardt qui est mis à l’honneur dans Django, quelque temps avant la poétesse Emily Dickinson dans le film du même nom et le boxeur Chuck Wepner dans Outsider…. On en oublie mais on s’arrêtera là, alors que l’année n’est entamée que de cinq mois et que Michel Hazanavicius vient de présenter Le Redoutable à Cannes, retraçant la période déterminante que fut la fin des 70s pour le jeune Jean-Luc Godard. On s’arrêtera là (la liste est infinie, on vient déjà d’omettre de citer le Rodin de Jacques Doillon également présenté à Cannes) pour s’attarder sur le cas de Churchill, qui au milieu de tous ces biopics, peine à sortir son épingle du jeu… Oui, à ce rythme où chaque personnalité – toutes époques confondues – aura bientôt le droit à un film basé sur sa vie, il est bien légitime de se poser la question : c’est bien d’un jeu dont il s’agit ?

Juin 1944. Les 48 heures précédant le Débarquement qui scellèrent le destin de Winston Churchill et du monde.

Violon, piano et belles paroles : quand la recette n’opère plus

Et quand a-t-elle opéré pour la dernière fois, déjà ? Le film débute. Winston Churchill est sur la plage, préoccupé. C’est le lieu symbolique du Débarquement sur les côtes normandes, de la mort de nombreux soldats, qu’il tentera, au cours du film, d’empêcher. La réalisation se veut accrocheuse : le montage est énergique, les changements d’échelles et les jeux sur le flou, nombreux. Comme pour rappeler la vision de ces vagues et l’importance de leur signification pour notre protagoniste, les fondus enchaînés seront par la suite eux aussi utilisés en masse.

Le film avance, on comprend cette grande attention portée à la mise en scène et à la photo : tenter tant bien que mal de retenir l’attention du spectateur. Mais las d’observer la même recette s’appliquer à un énième biopic, rien ne surprend plus l’œil, pas même une séduisante tentative de mettre en image un scénario convenu privilégiant certains éléments biographiques à d’autres peut-être moins évidents, qui auraient pourtant su apporter un éclairage singulier sur le Premier ministre britannique.

Alors les oreilles sont sollicitées, et ce par la trop présente musique composée par Lorne Balfe, tenant coûte que coûte à imprégner la bande son de ses violons et pianos. Elle se mêle aux états d’âme encombrants de l’homme et vient appuyer l’émotion dégoulinante que veulent faire passer certaines séquences ou encore ses nombreux discours, officiels ou non. L’excès formel est de toute part, mais dans sa tentative de rendre compte au plus juste des personnalités remuées dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale, le réalisateur Jonathan Teplitzky manque sa cible de manière presque automatique.

Les choix scénaristiques, en renforçant l’aspect caractériel des personnages, prennent le pas sur la qualité de jeu de ceux qui les incarnent. Churchill (Brian Cox) est résumé à son tempérament de ronchon au grand cœur, et les seconds rôles féminins ne deviennent que des caricatures relayées à leur statut de femme du Premier ministre (Miranda Richardson), à la fois forte et délaissée par son mari, ou de jeune secrétaire peu reconnue qui saura arriver à ses fins. Quelques rares moments les mettent en valeur comme pour ne pas oublier que dans un film de 2017, même les femmes de 1944 doivent connaître leur heure de gloire.

Conclusion : en ne décrochant jamais de son sujet et de sa mise en valeur outrancière, Churchill le dessert plus qu’il ne lui rend hommage. Plutôt que de se réapproprier des éléments biographiques pour en délivrer une vision nouvelle et se servir du cinéma comme d’un moyen protéiforme de contourner à la fois l’éloge et le livre d’histoire (plus communément appelé Wikipédia), Jonathan Teplitzky tombe dans le piège de se fondre dans la masse sans s’en démarquer, et emmène son sujet avec lui. Dans cette ère des biopics où l’on pourrait parier sur qui portera le prochain, il y a beaucoup de participants et bien peu de vainqueurs.

Churchill
Un film de Jonathan Teplitzky
Sortie le 31 mai 2017

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