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[Critique] Chambre 212 : bienvenue chez vous !

Il revient plus vite que son ombre. Un an à peine après Plaire, aimer et courir vite, Christophe Honoré nous donne rendez-vous à l’hôtel, Chambre 212. Une chambre où se trouve Maria, incarnée par la muse du réalisateur, Chiara Mastroianni. Une chambre qu’elle a prise, juste en face de chez elle, après s’être disputée avec son mari Richard (Benjamin Biolay), qui a découvert ses relations adultères. Une chambre où le temps s’arrête, où l’espace ne connaît plus de limites, et où toute logique se voit défiée. Car peu après être arrivée là, Maria tombe sur Richard… tel qu’elle l’a connu vingt-cinq ans plus tôt. 

Dans cette chambre, Maria fait face à sa conscience, sa volonté et ses sentiments. Christophe Honoré nous transporte dans la valse d’une vie, de ce qu’elle est et ce qu’elle aurait pu être, ce qu’elle peut encore devenir. Une nuit peut ici tout changer… et le moment de cinéma qui en découle s’approche de la perfection !

Le temps de l’amour, des copains et de l’aventure…

Le cinéma français nous le répète en long, en large et en travers : un mariage sur deux finit en divorce. Dans Chambre 212, il est question de suivre un couple sur la balance, au moment précis où tout pourrait se jouer. Vingt-cinq ans de vie commune, ce n’est pas rien, et Maria se demande même comment il est possible que tout couple ne s’en sorte pas sans « un petit écart ». Elle ne peut avoir une vie aussi rangée que la bibliothèque que son appartement, pour laquelle elle impose pourtant un rangement strict des auteurs par ordre alphabétique. Seulement voilà, son mari n’a pas vraiment la même vision des choses. Pour lui, le mariage, c’est la fidélité, un point c’est tout. Tel est le point de départ d’un film où les deux êtres aimés n’auraient ensuite qu’à traverser la rue, non pas pour trouver un travail, mais pour s’expliquer.

La chambre d’hôtel, lieu commun que l’on apparente pourtant à ces rencontres adultères secrètes, devient pourtant ici l’endroit où Maria se livrera à sa réflexion… quitte à ce que sa conscience s’en mêle, faisant basculer le film dans un côté onirique. Est-ce le fruit de l’imagination de Maria pendant son sommeil ? Aucun élément concret ne nous le dira ; on se laisse tout simplement embarquer. La caméra de Christophe Honoré s’affranchit quant à elle de toutes les limites physiques, passant à travers les murs, alors que l’espace s’étend de lui-même. C’est dans une chambre attenante, à l’esthétique purement rétro, qu’apparaît Vincent Lacoste, qui incarne Richard vingt-cinq ans plus tôt. Coupe, costume, la cigarette à la main : tout transpire ici la nostalgie, le souvenir que Maria s’est gardé de son mari au moment où elle en est tombée amoureuse.

Vaudeville sous acides

La chambre n’est donc d’aucun repos pour Maria, bientôt envahie par bien d’autres personnages : sa mère disparue, tous ses amants, mais surtout… sa volonté personnifiée. Rien que ça. Car quoi de mieux que de se parler à soi-même, ou du moins une partie de soi ? C’est un défilé de souvenirs, de non-sens, de répliques cinglantes que s’échangent Maria et son mari – peu importe son âge – mais aussi Maria et Irène. Irène, campée par Camille Cottin, dont on sait qu’elle a fait partie de la vie de Richard…

Les aller-retours des personnages d’un espace à un autre, de la chambre à la rue, de la rue à l’appartement du couple, de l’appartement au bar, sont incessants, étourdissants. Ils se confrontent l’un à l’autre, se cherchent, questionnent leurs sentiments, ce qu’est leur vie, s’ils ont oui ou non fait les bons choix… Libre, indépendante, « femme à hommes », Chiara Mastroianni incarne un « cliché masculin », comme elle le disait à Cannes. Avec Benjamin Biolay, avec qui elle a vécu, l’alchimie est évidemment indéniable. Le caractère virevoltant et théâtral du film rappelle bien évidemment les comédies de Woody Allen, que Honoré remercie par ailleurs dans son générique de fin. Une maestria sur l’amour, la peur du temps qui passe, de la séparation, que survole les paroles d’une chanson de Charles Aznavour : « Désormais, mon cœur vivra sous les décombres de ce monde qui nous ressemble et que le temps a dévasté… ».

Conclusion : Habité par le charisme indéniable de Chiara Mastroianni, Benjamin Biolay, Vincent Lacoste et Camille Cottin, Chambre 212 est une irrésistible comédie sur l’amour et la crainte de la séparation.

Chambre 212
Un film de Christophe Honoré
Durée : 1h27
En salles le 9 octobre 2019

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