[Critique] Captain Marvel : la super-héroïne qu’on attendait tous ?

La production de films Marvel va toujours bon train : entre la sortie de Avengers : Infinity War en avril 2018 et celle de Avengers : Endgame en avril 2019, Captain Marvel trouve gentiment sa place, et s’impose même comme transition indispensable entre les deux opus. Qui plus est, tout en intégrant un tout nouveau personnage au Marvel Cinematic Unierse (MCU), le film apporte sa petite révolution : être le premier long métrage Marvel à avoir une femme seule en tête d’affiche. Alors, ça donne quoi ? 

Avec Captain Marvel, le spectateur quitte la Terre un instant pour visiter la planète des Kree, où des guerriers et guerrières sont entraînés pour combattre sans relâche les Skrulls, ennemis jurés de leur civilisation. Parmi ces soldats, une jeune femme (Brie Larson) se démarque : sans aucun souvenir de son passé, elle est dotée d’un étrange pouvoir qu’elle ne contrôle pas totalement. Alors qu’elle atterrit par erreur sur Terre, elle pourrait bien trouver une réponse à ses questions.

Enfin une super-héroïne justement représentée !

Depuis plusieurs années, on observe une volonté de la part de Marvel de donner une place plus importante aux femmes. Toutefois, elles ont gardé jusqu’à maintenant un rôle avant tout secondaire : on pense notamment à la Veuve Noire ou à Wanda Maximoff dans la série des Avengers, ou à Okoye et Nakia dans Black Panther. Récemment, Ant-Man et la Guêpe (sorti en 2018) a mis la femme à égalité de l’homme dans le titre de son film, faisant de Scott Lang et Hope des partenaires. Cette fois-ci, une femme, Carol Danvers, est seule à l’affiche de Captain Marvel. Le film était alors attendu au tournant. Comment allait-il présenter son personnage féminin ? Celui-ci serait-il assez fort pour tenir un film sur ses épaules ? Carol Danvers n’allait-elle pas être effacée par les deux personnages masculins, interprétés par Samuel L. Jackson et Jude Law ? Le constat est sans appel : Marvel a finalement réussi haut-la-main à présenter un personnage féminin réaliste et tout à fait solide.

Tout d’abord, et c’est le plus frappant : Marvel ne féminise pas outre-mesure sa protagoniste. Brie Larson a le droit à un costume de super-héros sans décolleté ni mini-jupe (comme c’était le cas pour Elizabeth Olsen, qui interprète Wanda Maximoff, dans Avengers : L’ère d’Ultron). Son personnage n’a pas non plus besoin d’user de son charme pour convaincre la gente masculine comme le faisait Natasha, alias La Veuve Noire (incarnée par Scarlet Johannson) dans les premiers films où elle apparaissait. Un constat qui vient confirmer une tendance qui s’est ancrée dès Black Panther et Ant-Man et la Guêpe, dans lesquels la représentation et l’écriture des personnages féminins se sont considérablement modernisées.

Mais ce qui est intéressant, c’est que Marvel évite aussi le risque de trop en faire en survalorisant son personnage féminin : exit les critiques explicites du masochisme et du sexisme et les allusions aux meilleures capacités physiques ou intellectuelles des femmes. Là où le Wonder Woman de DC Comics en venait à mettre les femmes sur un piédestal en en faisant des guerrières bien plus fortes que les soldats de la Grande Guerre, Captain Marvel met hommes et femmes sur un pied d’égalité : son personnage principal est une femme, comme il aurait pu être un homme, et il n’y a finalement pas grand chose de différent entre les deux. Aucun besoin donc de se justifier ou de valoriser outre-mesure la protagoniste : elle n’en n’a pas besoin… n’en déplaise à certaines personnes, pour qui un personnage réaliste apparaît malheureusement comme fade. Carol Danvers résume d’ailleurs cette idée en une réplique, adressée à un de ses adversaires : « Je n’ai rien à vous prouver. » Et ça fait du bien !

Une recette Marvel qui fonctionne, une fois encore

Comme tous ces prédécesseurs, Captain Marvel remplit le cahier des charges des films Marvel : un personnage qui cherche à trouver sa place dans son monde, des scènes de combat rythmées, des effets spéciaux convaincants et de l’humour, encore de l’humour. De ce côté, Captain Marvel ne révolutionne rien et peine à surprendre le spectateur, mais force est de constater que la recette est encore une fois efficace. Le groupe réussit pour l’instant à se renouveler tout en gardant son identité, et sert un film divertissant bien qu’assez prévisible dans son traitement.

L’atout des films Marvel est notamment de proposer pour chacun de ses titres un univers indépendant : une Afrique futuriste et hi-tech dans Black Panther, un voyage spatial funky dans Les Gardiens de la galaxie, les quartiers new-yorkais dans Spider-Man : Homecoming… Avec Captain Marvel, direction les années 1990 : on retrouve avec une certaine nostalgie les ordinateurs gris, volumineux et incroyablement lents que l’on utilisait il y a 15 ans, on sourit devant le style grunge de Carol Danvers portant un T-shirt Nine Inch Nails et un jean troué, et on bat du pied en entendant des chansons comme « Come As You Are » de Nirvana ou « Just a Girl » de No Doubt venir dynamiser les scènes de combat.

Enfin, Captain Marvel s’intègre – comme toujours – parfaitement à la chronologie du MCU. Placée avant la création du projet Avengers, cette origin-story (dans laquelle on apprend comment un super-héros est devenu ce qu’il est) est ponctuée de de rebondissements – certains plus prévisibles que d’autres – savamment éparpillés au cours du film. Nick Fury (Samuel L. Jackson), figure emblématique du SHIELD alors à ses débuts, s’avère être un bras droit particulièrement comique (voire un peu trop pour les spectateurs qui commenceraient à se lasser de l’humour Marvel…) et réussit à mettre en valeur le personnage de Brie Larson sans lui faire de l’ombre. Evidemment, Captain Marvel prépare aussi le spectateur au prochain Avengers : Endgame et en assure la bonne transition. Toutes les ingrédients de la recette Marvel sont bels et bien là : certains s’en réjouiront, d’autres s’en lasseront.

Conclusion : Captain Marvel réussit le pari d’amener une super-héroïne en tête d’affiche : Brie Larson incarne un personnage féminin riche, traité tout simplement comme ses prédécesseurs masculins. Pour le reste, le film ne révolutionne pas le Marvel Cinematic Universe, bien qu’il jouisse d’un univers et d’un scénario nourris.

Captain Marvel
Un film de Anna Broden et Ryan Fleck
Sortie le 6 mars 2019


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