[Critique] Boy Erased : thérapie de perversion

Il aura fallu attendre quelques mois après sa sortie américaine pour le voir débarquer dans les salles françaises : Boy Erased, second long métrage réalisé par Joel Edgerton, traite la question pas si lointaine des thérapies de conversion destinées à guérir des adolescents de leur homosexualité. Adapté d’une histoire vraie (le film est tiré des mémoires de Garrard Conlay) et doté d’un casting aux petits oignons (Nicole Kidman, Russell Crowe, Xavier Dolan…), le film remplit en quelque sorte le bingo du « film à récompenses ». Alors, Boy Erased réussit-il à être plus qu’un simple biopic ? Verdict.

Boy Erased nous fait suivre le quotidien de Jared (Lucas Hedges), un adolescent de dix-neuf ans devant faire face à un dilemme : suivre une thérapie de conversion imposée par son père (Russell Crowe), pasteur de la ville, ou être rejeté par sa famille et sa communauté après la révélation de son homosexualité.

Portrait d’une Amérique pieuse et conservatrice

Deux mois après Ben Is Back, dans lequel il campait un adolescent aux prises avec la drogue, le jeune Lucas Hedges (petite révélation de Manchester By The Sea) revient à l’affiche chez Joel Edgerton. Ce dernier enfile d’ailleurs une double casquette, à la fois réalisateur et acteur. Et il ne s’est pas gardé le beau rôle, bien au contraire : Edgerton campe le dirigeant de la fameuse thérapie de conversion que Jared est forcé de suivre, Victor Sykes (l’alter-ego fictif de John Smid, ancien responsable de la thérapie prodiguée par l’organisme Love In Action, qui existe encore aujourd’hui sous le nom de Restoration Path).

Lorsqu’il apparaît devant l’objectif, Edgerton brille et fait apparaître toutes les contradictions de son personnage, persuadé de pouvoir inciter ces adolescents à revenir vers ce qu’il considère être le droit chemin. Tout ça pour quoi ? Obtenir le pardon de Dieu. S’éloigner de ce que l’on considère être une déviance, un choix. Mais pour la famille de Jared, c’est tout autre chose : la réussite de cette thérapie, c’est pour eux une question d’image avant tout. Dans une communauté très pieuse, quelles seraient les conséquences si l’on apprenait que le fils du pasteur local était… « déviant » ?

Dans la famille de Jared, le père (Russell Crowe) mène la danse tandis que la mère (Nicole Kidman) suit dans l’ombre et semble ne pas avoir voix au chapitre. En plus de la pression parentale, Jared subit celle des croyances de son père. Boy Erased, c’est aussi ce dilemme : l’amour que l’on porte pour sa foi est-il plus important que celui que l’on porte envers les siens ? Au milieu de tout cela se trouve un adolescent qui tente de se construire et vit ses premières expériences : l’entrée à la fac, les premiers amours… Des moments imparables que Boy Erased retrace au travers de flash-back qui ne sont pas forcément répartis de la meilleure manière, le film pâtissant de nombreux problèmes de rythme.

L’émotion l’emporte sur le classicisme

Ces souvenirs, seule manière de s’accrocher face à la perversité de la thérapie, sont doux-amers : certains surprennent par leur grande candeur (dormir avec quelqu’un main dans la main) alors qu’un autre en particulier est bien plus cru et frontal. Ce qui permet à l’émotion de jaillir malgré la petite déception engendrée par la structure du film, dont le climax retombe comme un soufflé en raison d’une dernière partie d’une grande mollesse. On a parfois l’impression de se retrouver devant un téléfilm de luxe, façon « Un jour une histoire », heureusement sauvé par le talent de ses comédiens.

On retiendra cependant moins les performances de Xavier Dolan ou Troye Sivan, qui malgré leur popularité campent des rôles bien trop secondaires et donc rapidement oubliables. On s’attachera bien plus à la justesse de Lucas Hedges, mais surtout au talent de Nicole Kidman, qui porte une bonne partie du film sur ses épaules. En parallèle de la thérapie de Jared, l’éloignement du cocon familial et la confrontation à la réalité poussent sa mère à réagir. Les monologues familiaux, aussi bien entre Jared et sa mère qu’entre lui et son père, sont les scènes les plus réussies et émouvantes du film.

Conclusion : malgré un rythme en dents de scie et un traitement un peu trop sage du sujet, Boy Erased se voit sauvé par l’émotion de son casting.

Boy Erased
Un film de Joel Edgerton
Sortie le 27 mars 2019


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