[Critique] Bohemian Rhapsody : Freddie Mercury, de l’homme à la légende

Freddie Mercury, chanteur du groupe Queen, est reconnu dans le monde entier comme l’une des plus grandes légendes de la musique. On peut alors se demander pourquoi il a fallu attendre 2018 pour avoir un biopic sur lui. Le projet fut en réalité lancé en 2010 mais a été un calvaire : l’acteur Sacha Baron Cohen (Borat, The Dictator) avait d’abord été choisi pour jouer Freddie Mercury, mais c’est finalement Rami Malek (Mr. Robot) qui détient le rôle, tandis que Bryan Singer (X-men), officiellement le réalisateur du film, a été renvoyé par la Fox pendant le tournage pour être remplacé par Dexter Fletcher (Eddie the Eagle). Tous ces obstacles n’auront pourtant pas empêché Bohemian Rhapsody de finalement voir le jour. Reste à savoir : que vaut-il?

Il avait un physique atypique, une voix hors du commun et un caractère bien trempé. Il a été le chanteur de l’un des groupes de rock les plus mythiques de l’histoire de la musique. Il est devenu une figure de la lutte contre le sida, qui l’emporta à l’âge de 45 ans… Freddie Mercury a indéniablement eu une vie incroyable. Bohemian Rhapsody en retrace une partie, depuis la création du groupe Queen en 1970 jusqu’au concert Live Aid à Wembley en 1985. Au programme : morceaux entêtants, concerts transcendants mais aussi une plongée dans la vie privée de l’homme qui se cache derrière la légende.

Rami Malek will rock you

Si vous attendiez impatiemment Bohemian Rhapsody pour savoir si les musiques de Queen seraient aussi exceptionnelles que vous l’imaginiez sur grand écran, la réponse est : oui. Les musiques sont clairement le principal atout du film. Sans sombrer dans un catalogue rétrospectif des meilleurs succès du groupe, le film réussit à placer bon nombre de morceaux de Queen, de « We Will Rock You » à « Somebody To Love » en passant par « Killer Queen », « We Are The Champions », ou encore certaines chansons moins connues et plus intimes comme « Who Wants To Live Forever » ou « Love Of My Life ».

Les séquences de concert sont tout particulièrement réussies dans leur mise en scène et donnent au spectateur l’impression d’assister aux représentations originales tellement les gestuelles des musiciens sont impeccablement retranscrites par des acteurs impressionnants de ressemblance. Alors que l’on pensait Freddie Mercury inimitable, Rami Malek réussit le défi haut la main : non seulement il ressemble physiquement au chanteur, mais il adopte également toutes ses mimiques, ses façons de se déplacer et de parler. Quant à l’acteur britannique Gwilym Lee, il est tout simplement l’ombre du guitariste Brian May. Ajoutez à cela les costumes extravagants et très fidèles, et on oublierait presque que l’on regarde des copies et non les originaux.

Mais Bohemian Rhapsody montre également ce qui se passe avant les concerts, à savoir la création des musiques de Queen. Les fans seront particulièrement heureux de reconnaître l’air de basse qui deviendra « Another One Bites The Dust » ou le rythme mythique de « We Will Rock You ». Mais ce qui est intéressant, c’est de comprendre comment ces quatre musiciens ont réussi à créer ce son unique, sans avoir jamais peur de tester de choses différentes et de se renouveler.

Is this the real life ?

Si les séquences musicales sont nombreuses, elles n’éclipsent pas les scènes plus intimes. Bryan Singer réussit à associer le « côté public » de Freddie Mercury – son extravagance sur scène, sa célébrité assumée – et son « côté privé », moins connu : son mariage, son homosexualité, le sida, ou encore ses relations avec les différents membres du groupe. Ceux-ci sont également bien mis en lumière et c’est d’ailleurs un plaisir d’en savoir davantage sur les caractères de Brian May, Roger Taylor et John Deacon, moins connus que Freddie Mercury.

Ces différents aspects du film sont habilement connectés et Bryan Singer évite l’écueil de faire un film fourre-tout, où l’on se perdrait à vouloir tout mentionner. Malheureusement quelques longueurs se font ressentir, qui viennent de la grande différence de rythme entre les séquences de concert et les passages plus calmes de vie privée. En contrepartie, le concert Live Aid, aussi mythique et parfaitement représenté qu’il soit, dure un peu trop longtemps et casse le rythme d’ensemble.

Le ton du film, lui, est tout public : on aborde les sujets de l’alcool, de la drogue, du sida mais sans jamais rien montrer de trop explicite ou trop choquant (une volonté de Brian May et Roger Taylor, membres de Queen et co-producteurs, qui surveillaient cela de très près). Pour les acteurs Rami Malek et Gwilym Lee, que nous avons rencontré fin septembre, c’est une marque de respect envers le chanteur, qui lui même laissait peu transparaître ses difficultés en public (the show must go on, n’est-ce pas?). Toutefois, il en ressort l’impression que Bohemian Rhapsody est peut-être un peu trop gentil pour véritablement marquer les esprits. Enfin, la mise en scène manque parfois un peu de grâce, dû à quelques choix de réalisation douteux (certains cadrages ou effets semblent un peu désuets, voire proches du kitsch) qui contrastent avec l’élégance, la douceur et la bienveillance avec laquelle le personnage de Freddie Mercury est dépeint.

Conclusion : avec Bohemian Rhapsody, les fans de Queen seront ravis. Les musiques mythiques du groupe sont placées de manière efficace et interprétées par des acteurs qui incarnent véritablement leurs personnages. Rami Malek est époustouflant et aborde la vie privée de Freddie Mercury avec pudeur et élégance. La réalisation pèche un peu de son côté, en manquant parfois de grâce et en prenant peu de risques.

Bohemian Rhapsody
Un film de Bryan Singer
Sortie le 31 octobre 2018


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