[Critique] Blade Runner 2049 : vol direct de Scott à Villeneuve ?

L’inquiétude de la reprise d’une franchise par un nouveau réalisateur est souvent signe d’angoisse et de raté pour les fidèles spectateurs, notamment tant on sait la nature très conservatrice de certains. Mais Denis Villeneuve nous avait rassuré il y a un an avec Premier Contact, en nous montrant comment il savait explorer le film d’invasion extraterrestre en évitant ses extravagances et ses facilités. Rassurés donc, les cinéphiles attendirent ce nouvel opus avec impatience. Ce qui est certain, c’est que l’on ressort moins réjouis de Blade Runner 2049 qu’avant d’entrer dans la salle. Non pas parce cette suite du mythique film de Ridley Scott est décevante, mais parce que l’attente était telle que la version proposée par Denis Villeneuve ne pouvait pas égaler l’enthousiasme à la vue du premier volet. Cette prise en main de la « saga » par le réalisateur québécois en dit long sur le vent de mutation qui souffle actuellement sur Hollywood, et ses réalisateurs stars.

A l’époque du premier opus, nous étions à Los Angeles en 2019. Trente ans plus tard, en 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bio-ingénierie. L’officier K (Ryan Gosling) est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard (Harrison Ford), un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies…

Quand Villeneuve répond à Scott…

Blade Runner, premier du nom, a réussi à devenir un film culte, auquel on attribue volontiers l’adjectif de visionnaire. C’était là toute sa force, puisque plus de 30 ans après, le film reste toujours aussi moderne et ses questionnements intactes. C’est sur ce point qu’opère toute la maestria de Villeneuve, qui a réussi à s’approprier les interrogations de Blade Runner et les reformuler en constat. Blade Runner 2049 n’est pas un film visionnaire, c’est un film lucide et définitivement ancré dans notre présent. En 2049, ne reste du décor pop et étouffant des lumières urbaines du Los Angeles de 2019 qu’un hologramme géant, laissant place à une ville froide et vide. Le spectateur n’attendait pas après ce film pour s’émerveiller devant des créations urbaines futuristes, auxquelles son œil est devenu habitué. Villeneuve l’a compris. Il s’est emparé de l’ancien décor de 2019 et l’a enveloppé de son voile mélancolique. En effet, on ne peut faire table rase de toutes ces constructions, il restera toujours les bases de l’architecture de cet ancien Los Angeles, mais le temps aura marqué son passage. Un peu comme le film, en fait…

Au cœur de Blade Runner, il y avait l’humanité en tant que groupe social. Ce qui collait à l’époque. Scott s’intéressait au cosmopolitisme certes, mais davantage à la concentration humaine de la vie urbaine, et l’effet de masse. En 2049, on cherche à retrouver l’individu, à « désamorcer » les répliquants. Ainsi, Denis Villeneuve a su comprendre l’évolution vers laquelle tendait le second opus, et évite ainsi d’apporter une énième suite en créant une oeuvre à part.  Il y a, dans Blade Runner 2049, plusieurs scènes bouleversantes. Ryan Gosling est sans doute l’acteur de cette année 2017, tant il accumule les succès (La La Land, Song to Song, et maintenant Blade Runner 2049) et nous fait à chaque fois passer par des phases d’émotions différentes. Ici, il est bouleversant dans le rôle de K, personnage à la fois inhumain – non pas au sens péjoratif mais K est un répliquant – et porteur d’espoir d’une humanité retrouvée.

…mais en mode pilote automatique

Il y aura eu un avant et un après Villeneuve dans l’histoire de Blade Runner. Le réalisateur québécois produit un récit à la fois directement connecté à la proposition de Ridley Scott, mais également tout à fait autonome. Cette autonomie passe par l’univers esthétique qui lui est propre et qui vient parfaitement épouser, ou renouveler celle du premier film. Denis Villeneuve atteint un point d’équilibre entre son propre lyrisme, les obligations qu’il avait de répondre à un cahier des charges dressé par Scott, et la construction d’un scénario autonome, pour atteindre une justesse surprenante, sans éviter parfois quelques pistes attendues. L’émotion, d’un film à l’autre, n’est pas la même.

N.B : On  ne saurait dire si Hollywood en veut à Jared Leto, qui dans ces deux derniers rôles de composition (le Joker dans Suicide Squad et ici…) se voit réduit à quelques minutes d’apparition, dont le fil du récit pourrait allègrement se passer. Dommage donc, tant on sait le travail que fournit l’acteur pour se mettre à nu et entrer au maximum dans son personnage.

Conclusion : Denis Villeneuve clôt sa version de Blade Runner en une fable incroyablement sobre, coincée dans un entre-deux à la fois profane et fidèle à la première version de 1982.

Blade Runner : 2049
Un film de Denis Villeneuve
Sortie le 4 octobre 2017

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