[Critique] BlacKkKlansman : noir c’est noir

Après vingt-sept ans d’absence, Spike Lee marquait cette année son retour au Festival de Cannes avec son nouveau film, BlacKkKlansman. Cerise sur le gâteau, le cinéaste de l’auto-proclamée République populaire de Brooklyn est reparti avec le très prestigieux Grand Prix et succède ainsi à 120 Battements par minute. Tout aussi politique que ce dernier, BlacKkKlansman mérite-t-il toutes ses éloges ?

Il faut dire que ça partait mal. Le réalisateur de Malcom X peine depuis plusieurs années à retrouver le succès et, malheureusement, le talent de ses premiers films. Depuis Miracle à Santa Anna en 2008 (récit bouleversant pendant la Seconde Guerre Mondiale), on ne retiendra que peu de choses du cinéaste, si ce n’est le décevant remake du chef d’oeuvre coréen Old Boy de Park Chan-wook. Mais c’était sans compter sur les récents bouleversements politiques américains, qui ont su redonner à Lee sa fougue et sa force de mise en scène. BlacKkKlansman, tiré d’un roman autobiographique éponyme, suit Ron Stallworth (John David Washington), un policier noir qui a réussit à infiltrer le Ku Klux Klan, avec à ses côtés Flip Zimmerman (le tout terrain Adam Driver).

Manifeste politique

BlacKkKlansman sonne comme un véritable pamphlet envers la politique conservatrice de Trump et la montée des extrêmes. Dès son très bon titre (le jeu de mot avec les trois K du Ku Klux Klan), Spike Lee prévient les âmes hagardes : si vous pensiez voir une comédie légère, passez votre chemin. Politique et politisé, le cinéaste livre une oeuvre assez spectaculaire qui évite tous les pièges de la démagogie. Car si l’action du film se déroule dans les années 70, elle crée une véritable analogie avec notre société contemporaine.

Ceci étant, il ne faut pas enlever au film ce qu’il est : une comédie grinçante et sombre, mais avant tout une comédie. Autour du personnage de Ron Stallworth gravite tout une panoplie d’autres rôles savamment écrits : de la petite amie de Ron, Patrice, activiste dans la lutte anti-raciste au policier juif blasé mais curieux de Ron jusqu’au grand manitou du KKK, David Duke. La psychologie des personnages et leurs relations viennent dramatiser l’intrigue policière déjà assez sérieuse, tandis que des punchlines, des tirades assez efficaces, désarment régulièrement la tension. Car on rit beaucoup devant BlacKkKlansman. On rit autant qu’on pleure, de haine face à ce pays gangrené par le racisme et les inégalités (la position de la femme y est aussi subtilement traitée). La mise en scène de Lee réussit malgré tout à nous surprendre, tant le récit est construit pour ses personnages et pour ses spectateurs comme un piège qui se referme inéluctablement sur nous.

Le film tire sa force de son scénario et son récit, donc, mais aussi de ses comédiens dont le talent transpire à l’image. Outre le toujours impeccable Adam Driver, qui confirme sa position de plus grand acteur de sa génération, on découvre John David Washington. Après avoir longtemps tourné avec son père Denzel, Spike Lee fait donc, avec John David et Adam, le choix de la nouvelle génération. Et c’est peut-être là ce qui fait la force du film et donne la sensation de voir réapparaître un Spike Lee revigoré. Il prend à la jeunesse autant qu’il lui donne, et son cinéma n’en est que plus humain, plus juste, plus en adéquation avec l’ère du temps. Et ce n’est pas la séquence finale, estomaquante et choquante, qui viendra dire le contraire. Une preuve de son engagement toujours profond dans la lutte contre le racisme, et qu’il est le mieux placé pour exprimer la haine d’une partie de la population américaine. Car comme il disait à Tarantino lors de la sortie de Django Unchained, « l’esclavage aux Etats-Unis n’est pas un western spaghetti à la Sergio Leone. Mes ancêtres étaient esclaves, je les honorerai. » Et c’est chose faite.

Conclusion : Grand Prix à Cannes, BlacKkKlansman marque le véritable retour de l’un des plus grands cinéastes du vingtième siècle. Un très grand film, éprouvant jusqu’à ses dernières minutes. S’il est indispensable pour comprendre une Amérique divisée, il n’en reste pas moins viscéral !


BlacKkKlansman
Un film de Spike Lee
Sortie le 22 août 2018 


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