[Critique] Black Panther : longue vie au roi T’Challa !

Ding dong, le Marvel Cinematic Universe est de retour ! C’est à Black Panther que revient l’honneur d’ouvrir cette année super-héroïque, qui se poursuivra avec le très attendu Avengers : Infinity War et le redouté Ant-Man et la Guêpe. Introduit dans Captain America – Civil War, le roi du Wakanda (incarné par Chadwick Boseman) a désormais droit à son origin-story. Ce projet d’adaptation remonte pourtant à beaucoup plus loin, dans les années 90 : avant même de jouer Blade, autre héros de l’égérie Marvel, l’acteur Wesley Snipes avait fait part de sa volonté d’interpréter le rôle de T’Challa.

Il aura donc fallu attendre une vingtaine d’années pour voir ce héros naître sur le grand écran, parallèlement à la montée en puissance de de la représentation de la communauté noire au cinéma. Porté par Ryan Coogler, réalisateur de Creed, Black Panther rassemble bon nombre d’acteurs noirs-américains incontournables, que leur réputation ne soit plus à prouver (Angela Bassett) ou qu’ils soient en pleine ascension (Michael B. Jordan). Cette grande première dans l’histoire des films de super-héros suffit-elle pour autant à révolutionner la « sauce Marvel Studios », que l’on accuse bien souvent de servir perpétuellement la même recette ? Verdict.

Après les événements qui se sont déroulés dans Captain America : Civil War, T’Challa revient chez lui prendre sa place sur le trône du Wakanda, une nation africaine technologiquement très avancée. Mais lorsqu’un vieil ennemi resurgit, le courage de T’Challa est mis à rude épreuve, aussi bien en tant que souverain qu’en tant que Black Panther. Il se retrouve entraîné dans un conflit qui menace non seulement le destin du Wakanda, mais celui du monde entier…

L’une des meilleures origin stories Marvel

Longtemps annoncé en raison de sa principale ressource minière, le vibranium (notamment contenu dans le bouclier de Captain America), le pays du Wakanda s’impose comme le terrain de jeu principal de ce nouveau Marvel. A la pointe de la technologie mondiale, le pays vit pourtant de manière dissimulée du reste du monde et ne s’immisce pas dans la politique internationale. L’équipe n’a pour autant pas du tout posé le pied sur le continent africain du cours du tournage : les studios de la ville d’Atlanta, de nombreux fonds verts et décors en images de synthèse ont servi à faire naître la capitale du pays.

Cette légère « trahison » visuelle est cependant largement rattrapée car Black Panther parvient tout de même à implanter une certaine patte visuelle au cœur du Marvel Cinematic Universe, souvent décrié pour l’uniformisation de ses longs métrages au mépris de l’identité des réalisateurs. Ryan Coogler et son co-scénariste Joe Robert Cole immiscent le spectateur avec brio dans cette société encore inconnue de l’Univers Marvel, en identifiant habilement les tribus qui les composent.

L’un des grands points forts du film tient dans ses costumes, créés par Ruth E. Cartel. Au-delà du costume de Black Panther, l’identité de chaque personnage se décline en fonction de ses vêtements, aussi bien dans leurs couleurs que leurs matières : la Reine du Wakanda (Angela Bassett) porte des robes grandiloquentes à l’échelle de son rang tandis que sa jeune fille, Shuri (Letitia Wright), porte des vêtements beaucoup plus classiques. Mais ce sont surtout les tenues des militaires, telles que celles de Danai Gurira, qui impressionnent ! Le travail sur les accents fait aussi partie intégrante de l’identité des personnages, mais semble – malheureusement – avoir été complètement balayé de la version française du film : dommage.

Ce soin accordé à la mythologie du Wakanda se retrouve également dans la volonté de retracer son histoire et ses rites, dans le cadre d’une double origin story : celle de son héros, mais aussi celle de son pays. Au-delà de belles scènes oniriques, l’histoire du Wakanda permet également au film de s’éloigner davantage des autres films Marvel, dans lesquels l’on cherche constamment les références et éléments de connexion à venir avec les volets suivants. Black Panther impose donc son identité et un scénario beaucoup plus intimiste, sur fond d’histoire familiale qui parvient habilement à faire contrebalancer ses antagonistes, entre le personnage d’Andy Serkis et celui de Michael B. Jordan, beaucoup plus menaçant.

Le temps de l’égalité est venu

Malgré tout, le scénario de Black Panther n’a rien de bien révolutionnaire dans les carcans de l’Univers cinématographique Marvel. La recette habituelle ne change pas : les scènes d’action grandiloquentes sont toujours au programme mais toujours aussi inégales par moment dans leur rendu visuel. Si l’on peut accorder une mention spéciale à un faux plan-séquence habilement mené dans un casino secret de Busan, faisant croire au spectateur que la scène n’a été filmée qu’en une seule prise, d’autres passages sont bien plus décevants. Après Thor RagnarokBlack Panther a également droit à une scène filmée sur de fausses falaises en images de synthèse. L’un des affrontements finaux peine également à convaincre puisqu’il ne se compose, là encore, exclusivement d’images en CGI. Autre défaut, propre à ces sagas de films ultra-connectés : la présence certaine de Black Panther dans Avengers : Infinity War empêche par conséquent le film d’avoir énormément de suspense, puisque l’on ne doute aucunement d’un dénouement heureux.

Ce déséquilibre constant entre la patte de Ryan Coogler et l’uniformisation de certaines scènes parvient pourtant à pencher vers son metteur en scène, qui profite de Black Panther pour continuer, d’une certaine manière, le portrait de la société noire-américaine entrepris dans les précédents films de sa carrière. Les inégalités et l’oppression ravivées aux États-Unis ne sont pas absentes de ce long-métrage, qui en profite également pour adresser un message plutôt adroit envers l’Amérique de Donald Trump et le repli identitaire. Le réalisateur n’a rien perdu non plus de son dynamisme lors des scènes d’action, privilégiant une caméra très souvent en mouvement (en steadicam) à défaut d’un montage plus classique et haché.

Rassemblant toutes les figures émergentes du cinéma noir-américain (Daniel Kaluyaa, héros de Get Out, et Sterling K. Brown, incroyable dans les séries This is Us et American Crime Story…), Black Panther parvient enfin à faire de ses personnages secondaires des rôles de poids. La part belle est d’ailleurs donnée aux femmes : Shuri qui, du haut de ses seize ans, est plus intelligente que Tony Stark et Peter Parker réunis, et les grandes guerrières Nakia (Lupita Nyong’o) et Okoye (Danai Gurira) parviennent même à voler la vedette à Chadwick Boseman !

Conclusion : À défaut de révolutionner le Marvel Cinematic Universe, Black Panther s’impose comme l’un des films les plus audacieux de la franchise et à l’identité des plus marquées. Difficile de ne pas succomber à l’incroyable charisme de son casting, qu’il s’agisse de Chadwick Boseman, de Michael B. Jordan en « muse » de Ryan Coogler ou des rôles féminins, tous aussi réjouissants les uns que les autres dans le contexte actuel. Avec un humour un peu plus dosé, et un fond politique savamment mené, Black Panther marque des points… en attendant Infinity War.


Black Panther
Un film de Ryan Coogler
En salle le 14 février 2018


Les autres sorties du 14 février 2018 :


Produits disponibles sur Amazon.fr


Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *