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[Critique] Birds of Prey : le Suicide Squad que l’on attendait ?

Qu’il semble loin, ce temps où l’on attendait un nouveau film DC Comics. Depuis Suicide Squad et Justice League, tous deux malmenés par une difficile post-production, Aquaman et Shazam ont redoré le blason de l’écurie… du moins du côté du public. Quant au Joker de Todd Phillips, il s’agit d’une anomalie : bien qu’il traite du célèbre antagoniste de Batman, il demeure un film à part, qui n’a pas sa place dans cet univers partagé. Et alors que l’homme chauve-souris prépare (déjà !) son reboot avec Robert Pattinson à la place de Ben Affleck, et que James Gunn s’occupe de la suite de Suicide Squad, revoici Harley Quinn !

L’idée d’un film consacré à celle que l’on connaît comme acolyte du Joker ne remonte pas à hier. Il devait d’abord s’agir de l’adaptation de la série de comics Gotham City Sirens qui met à l’honneur Harley Quinn donc, mais aussi Catwoman et Poison Ivy. Il devait être mené par David Ayer, derrière le controversé Suicide Squad… Et sans qu’on ne sache réellement pourquoi, ce film est devenu Birds of Prey, tiré d’une autre série de comics DC (vous suivez ?). Exit David Ayer, bonjour la réalisatrice Cathy Yan qui signe ici son deuxième long métrage. Quant à Margot Robbie, elle se voit promue productrice. De quoi lui permettre de reprendre le contrôle du rôle de Harley Quinn qui, après sa rupture avec le Joker, devient la proie de toute la pègre de Gotham City. L’émancipation certes, mais à quel prix ? Et bien… Celui d’un film qu’on aurait aimé voir à la place de Suicide Squad. Rien que ça.

Femmes de loi (ou presque)

Derrière tout grand méchant, nous dit Harley Quinn en guise de prologue, se cache une femme hyper badass. Lassée d’être cantonnée au rôle de “femme de” et d’inspirer seulement la peur à travers l’aura de son amant, elle compte bien se faire sa propre place au sein de Gotham City et – par extension – raconter sa propre histoire. Ce qu’elle fait en prenant totalement le contrôle de la narration du film. En voix-off, Margot Robbie nous rappelle les origines de son personnage : son enfance difficile, son expertise en psychiatrie, son amour pour le Joker, tout ça, tout ça…

Puis elle nous transporte, en tant que spectateur, là où elle seule à envie de nous emmener. C’est-à-dire qu’elle s’autorisera des pauses dans le récit, des aller-retours, des flashbacks aux moments qu’elle jugera opportun. Pour nous présenter les autres protagonistes féminines, surtout, mais aussi son antagoniste principal : Roman Sionis ou Black Mask, campé par un Ewan McGregor plus queer que jamais. Gérant ultra-narcissique, colérique mais aussi toxique d’un club huppé de Gotham, il se dresse en travers du chemin de Harley… mais aussi de trois autres femmes qui n’auront d’autre choix que de s’allier pour faire face à une menace commune. Ces multiples digressions ont peut-être de quoi alourdir un peu le rythme du film mais ce n’est franchement pas si embêtant que ça, finalement !

Ces autres femmes sont évidemment bien connues des fans des comics : il y a Renee Montoya (Rosie Perez), une flic prête à contrecarrer sa hiérarchie pour rétablir la justice, Huntress (Mary Elizabeth Winstead) qui cherche vengeance et Black Canary (Jurnee Smollett-Bell), une chanteuse de Sionis elle aussi bien décidée à aller à l’encontre des plans de son patron. On les appellerait presque les L5 si on y incluait la petite Cassandra (Ella Jay Basco), une jeune pickpocket que toute la pègre recherche… et que ces femmes essaient de protéger. À chaque femme sa trajectoire, ses aptitudes et une raison pour laquelle faire équipe ne serait que de bonne augure. Et honnêtement, vu le charisme du casting une fois réuni… Difficile de s’en plaindre.

Je ne connais plus personne quand Harley Quinn détonne

Mais la réussite de ce Birds of Prey, on la doit surtout à sa réalisatrice Cathy Yan qui démontre avec succès que : oui, des femmes sont capables de mettre en scène des blockbusters, quand bien même Chad Stahelski (coordinateur des cascades sur la saga John Wick) ait été appelé en renfort pour certaines scènes d’action. Il s’agit probablement d’un des films de l’univers cinématographique DC qui assume le plus son esthétique pop et colorée, avec une bande-son foisonnante et – dieu merci – des scènes d’action lisibles et stylisées ! En plus d’être assez jubilatoires, les scènes de combat sont d’une violence complètement assumée, et il semblerait bien qu’il s’agisse du film de super-héros le plus violent que l’on ait pu voir depuis Deadpool, sans pour autant basculer dans la surenchère d’effets gores et de mauvais goût en images de synthèse (le faux sang façon Rambo – Last Blood, par exemple).

Ce que l’on doit aussi à Cathy Yan, mais aussi à Margot Robbie, c’est de voir des femmes se mettre elles-mêmes en scène et ainsi sortir du male gaze (la manière dont un homme cinéaste se représente ce que doit être un personnage féminin, Ndlr.) : bye bye le costume riquiqui de Margot Robbie et son hypersexualisation dans Suicide Squad et bonjour à des costumes pratiques, qui ont aussi leur importance et leur signification dans l’histoire : des tenues pratiques pour le combat, etc. Pas de plans racoleurs non plus sur les postérieurs et la plastique des actrices façon Michael Bay ou Fast & Furious, l’heure est à la sororité et au changement de regard que l’on doit porter sur les femmes, autant pour les criminels de Gotham que pour nous, spectateurs et membres de l’industrie cinématographique. En témoigne une très belle scène (mais difficile) dans laquelle Ewan McGregor oblige une femme à se dévêtir devant toute une audience pour son seul et unique plaisir, et où Black Canary dissimule son mal-être…

Lors d’un échange avec Black Canary, Harley lui demande ce qu’est le rôle de l’arlequin : servir son maître. En dehors de ça, qui a quelque chose à faire de ce qu’ils sont ? Birds of Prey rabat les cartes et sort Harley Quinn du stéréotype de la femme malmenée, qui préférera ici s’éprendre d’une hyène ou d’un sandwich au fromage et au bacon que d’un quelconque personnage masculin. Mais aussi de la folle éplorée, car Harley n’est pas que ça. Et qu’est-ce que Margot Robbie excelle dans ce rôle… Seul reproche : on aurait aimé davantage voir Mary Elizabeth Winstead, dont le rôle de Huntress sort des sentiers battus en raison de… son anxiété ?

Conclusion : il faut sauver le DC Universe, et Birds of Prey fait désormais bel et bien partie de ses atouts que l’on espère voir perdurer. Un casting ravageur, une réelle patte visuelle et un changement de regard qui fait du bien : voilà ce que l’on attend d’un blockbuster sur des héroïnes en 2020 !

Gabin Fontaine

Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn
Un film de Cathy Yan
Durée : 1h49
Sortie le 5 février 2020

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