[Critique] Bienvenue à Marwen : à fond la forme !

Aux trop nombreux spectateurs qui se sont arrêtés aux années 90 dans la filmographie de Robert Zemeckis, un conseil : persévérez. Le réalisateur de Forest Gump ou de la trilogie Retour vers le futur a livré dans ces deux dernières décennies d’immenses films, hélas passés sous le radar des cinéphiles. Grand expérimentateur de nouvelles technologies au côté de son ami Steven Spielberg, il nous revient avec Bienvenue à Marwen

Mark Hogancamp était un très grand illustrateur, jusqu’à ce qu’il se fasse tabasser à la sortie d’un bar. S’étant fait « voler tous ses souvenirs à coup de pied », l’artiste ne se rappelle plus vraiment qui il était, et ne comprend plus vraiment la société et ses codes. Il se réfugie alors dans Marwen, un monde miniature de figurines qu’il a créé, et s’imagine que ces « poupées » vivent une histoire hors du commun pendant la seconde guerre mondiale.

Visuellement novateur

Le défi du film est donc de nous faire vivre à la fois le monde extérieur (la vie de Mark) et celle d’un monde miniature (et la vie de son alter-ego). Pour se faire, Zemeckis fait le choix de la motion-capture, technique qui permet d’enregistrer les mouvements d’une personne pour la retranscrire sur ordinateur (on en parlait notamment ici). Ainsi, ce sont tous les personnages qui entourent Mark qui jouent leurs propres alter-egos dans Marwen. Si cela crée une frustration de ne pas voir le casting en « chair et en os » (casting notamment composé de Diane Kruger, Janelle Monae repérée dans Moonlight, Eiza Gonzalez géniale dans Baby Driver ou Gwendoline Christie de Game of Thrones), la prouesse visuelle est réussie. Si l’on regrettera la manière dont on passe régulièrement d’un monde à l’autre, qui entache le rythme du récit, la plupart des transitions sont astucieuses et réussies. De plus, comme le film est très numérique, la caméra se permet des mouvements normalement impossibles : elle est souvent flottante, se faufile là où une vraie caméra physique ne passerait pas. Cela crée un sentiment d’omniscience chez le spectateur, et nous identifie donc à Mark Hogancamp qui contrôle et met en scène son petit monde.

Un manque d’émotion…  

Mais la forme ne fait pas tout. Comme pour Flight, Zemeckis dose mal la précision avec laquelle il retranscrit un traumatisme d’un personnage (dans les deux films liés à l’alcoolisme du héros) et le rythme du long métrage. Résultat : Bienvenue à Marwen est assez ennuyeux, et donc l’attention du spectateur se perd. On aurait aimé être autant bouleversé que la bande annonce le laissait présager, mais ce n’est pas le cas. La faute aussi à une bande originale décevante du grand Alan Silvestri, se reposant trop sur les percussions et oubliant ainsi la recherche d’un thème mélodieux fort.

Cependant, Bienvenue à Marwen reste important dans la filmographie de Zemeckis. C’est une sorte de film somme de son œuvre, par les messages qu’il véhicule sur la solitude (Seul au monde), l’alcoolisme (Flight), le rejet de la société pour sa différence (Forest Gump), l’art comme refuge (The Walk). Un film pas inintéressant mais décousu.

Conclusion : Bienvenue à Marwen est un film surprenant. Loin d’un mélodrame larmoyant classique, c’est un film formaliste intéressant. S’il souffre d’un rythme bancal, il brille par son casting cinq étoiles et ses trouvailles visuelles.


Bienvenue à Marwen
Un film de Robert Zemeckis
Sortie le 2 janvier 2019

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