[Critique] Battle of the Sexes : du sport pour l’égalité ?

Au mois de novembre, deux films consacrés au tennis font leur sortie : Borg/McEnroe d’une part, Battle of the Sexes de l’autre ; deux duels qui ont marqué l’histoire du sport. Alors, évidemment, la comparaison est inévitable. Et pourtant, les deux réalisations sont très différentes. Avec Battle of the Sexes, Jonathan Dayton et Valerie Faris se trouvent dans la lignée de leur précédent film, le touchant Little Miss Sunshine : traiter avec légèreté, douceur et humour de sujets sérieux, voire graves. Pari réussi pour cette nouvelle réalisation ? Pas si sûr.

Battle of the Sexes retrace une histoire vraie, celle du duel qui a opposé deux joueurs de tennis en 1973. D’un côté, Billie Jean King (Emma Stone), numéro une mondiale du tennis féminin, de l’autre, Bobby Riggs (Steve Carell), cinquantenaire et ancien joueur professionnel à la retraite. Pour lui, il s’agit simplement de redorer son image en revenant sur le devant de la scène et en tirant parti de la médiatisation de l’événement. Pour Billie Jean, l’enjeu est plus grand : faire valoir le sport féminin, et lutter pour l’égalité salariale entre homme et femme dans un domaine très sexiste à l’époque.

L’histoire d’un coup médiatique

On passe un moment agréable pendant le film. Le style 70s transparaît dans les couleurs, les vêtements, et donne un côté léger et acidulé aux images. L’humour est bien dosé. Le caractère de Bobby Riggs apporte tout l’aspect comique : ses talents de show-man, s’entrainant aux vues des caméras tour à tour avec des chiens et une poêle à frire, sont très bien retranscrits par Steve Carell. L’acteur interprète un personnage qui lui-même joue un rôle : celui d’un macho qu’il n’est pas tant, mais qui permet avant tout un très bon coup de communication.

La communication, c’est le maître mot de Battle of the Sexes. L’histoire d’un coup médiatique, d’un duel qui est à la fois une vraie lutte pour les droits des femmes et un jeu pour les deux adversaires, qui s’amusent à se chamailler devant les caméras. Le match de fin est d’ailleurs filmé de manière télévisuelle, un aspect voulu par les réalisateurs qui souhaitaient montrer ce que voyait le public. Le film insiste sur les médias, l’accent est moins mis sur la pression des deux joueurs que sur les commentaires émis par les présentateurs du match (repris tels quels) et les réactions du public. Et pourtant, c’est aussi la faiblesse du film, qui perd là un impact cinématographique. La scène d’ouverture est la plus intéressante d’un point de vue technique : on y voit Billie Jean King jouer, l’image est saccadée et floue, ce qui renforce l’idée de mouvement. Sur ce point donc, on préférera bien davantage Borg/McEnroe dans lequel le réalisateur suédois amène la caméra au plus près des joueurs, décompose leurs mouvements, et joue avec l’aspect géométrique du terrain en proposant des prises de vues intéressantes et en créant un suspense que l’on ne retrouve pas dans Battle of the Sexes.

Un biopic trop faible

Battle of the Sexes avait pourtant un atout que Borg/McEnroe n’avait pas : celui de vouloir véhiculer un message qui va au-delà du sport. Un message de respect, d’égalité, qui élèverait le film de Jonathan Dayton et Valerie Faris au rang d’autres géants comme Invictus ou Billy Elliott. Et pourtant, le film a, en fin de compte, peu d’impact sur le spectateur. « Il a fait un pari, elle fera l’histoire », lit-il sur l’affiche en entrant dans le cinéma, qui lui donne déjà le dénouement de la trame. Peu de surprises découleront alors de cette intrigue principale, jouée d’avance.

Quant au message sur l’égalité entre hommes et femmes, il aurait pu être davantage approfondi. Le spectateur a plus tendance à rire du comportement et des remarques sexistes des joueurs et des commentateurs sportifs que de s’inquiéter du statut des femmes, comme si tout cela était de l’histoire ancienne et qu’il ne restait qu’à en sourire. Raconter l’histoire d’amour que vit Billie Jean est une idée bienvenue car elle met en exergue les préjugés de la société à l’époque, mais elle tend à faire perdre du rythme au film. On s’aperçoit également que Jonathan Dayton et Valerie Faris ne s’émancipent pas vraiment des idées reçues et des facilités scénaristiques, puisque Billie Jean s’inscrit dans le schéma type du personnage féminin qui laisse ses sentiments déstabiliser son jeu et compromettre sa carrière, qui a besoin d’une tierce personne pour réussir à se surpasser. Une volonté de rendre la femme libre et indépendante sur le fond donc, mais moins dans la forme.

Conclusion : Battle of the Sexes était prometteur et aurait pu s’inscrire dans la lignée de grands films sportifs en transmettant un message d’égalité fort. Malheureusement, Jonathan Dayton et Valerie Faris accordent trop d’importance à l’aspect comique et dramatique en nous livrant une réalisation agréable mais fade, que l’on oubliera assez vite.

Battle of the Sexes
Un film de Jonathan Dayton et Valerie Faris
Sortie le 22 novembre 2017

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