[Critique] Ballerina : la guerre des étoiles

Alors que Disney vous invite à célébrer Noël sous la chaleur des iles polynésiennes, Gaumont et l’Atelier Animation vous plongent dans le Paris du début 1900, une période qui avait déjà séduit avec le réussi Un Monstre à Paris. Deux héroïnes jouent donc des coudes en cette fin d’année 2016 pour devenir le modèle de nombreuses petites filles, et, inutile de le nier, espèrent remporter le plus grand nombre de places sous le sapin le fameux 24 décembre. Vaiana et Félicie ont très peu en commun, si ce n’est une détermination hors norme. Ballerina, c’est l’histoire d’une petite fille, orpheline, qui est prête à braver tous les dangers pour aller au bout de son rêve, devenir danseuse étoile à l’Opéra de Paris. Sur le papier, l’intrigue du film est très classique. Dans les souliers de Père Castor, Eric Summer et Eric Warin, les deux réalisateurs, empruntent le chemin de la simplicité pour nous raconter une belle histoire (avant d’aller dormir).

Le sentier de la gloire

Si il ne fallait retenir qu’un mot de Ballerina, c’est le rêve. Toute la dynamique du film gravite autour de ce concept, et ne cherchera à professer qu’une maxime : il faut dépasser ses limites pour atteindre son rêve. Aucune surprise sur le choix de prénom du personnage, Félicie, dérivé du latin, qui signifie heureux. C’était aussi un prénom très populaire dans l’hexagone, à l’époque durant laquelle se déroule le film. On a jamais autant ressenti l’esprit de Greimas depuis qu’il a posé les bases du schéma actantiel. Il y’a un tel respect de cette structure dans le film, qu’il peut aisément se voir attribuer le qualificatif de conte. Le sujet, Félicie, se constitue comme entité seule de la trame narrative, auquel le scénario va venir ramifier adjuvants et opposants au fur et à mesure qu’il se déroule et que Félicie évolue dans sa quête. Les histoires d’amitié, Eric Summer et Eric Warin aiment en raconter. Déjà avec Belle et Sébastien, ils avaient montré la maestria avec laquelle ils savaient faire fonctionner les duos à l’écran. Pendant les quelques jours que durera leur amitié, Félicie et Victor apprendront, ensemble, à devenir la personne qu’ils veulent être, dans un monde polarisé où chacun est tenu de choisir son camp. L’objet (le film) qui transite entre les émetteurs (le studio) et les récepteurs (nous) convoque notre coté infantile. Le film reste bloqué à un premier degré de naïveté. Dans un souci de manichéisme, le film traite de manière idyllique son sujet, là où dans la réalité la difficulté s’aiguise. Malgré tout, le film se perd parfois dans des détails narratifs, et l’efficacité lui fait défaut. Le scénario ouvre des brèches narratives qui n’ont ni fond ni utilité, si ce n’est être chronophage et donner le sentiment que le film bâcle sa fin, par manque de temps.

Dans les petits papiers de l’Opéra

Le ballet de l’Opéra de Paris est un monde qui fascine. Mystique et insaisissable, les dessous de l’unité parfaite du ballet ont toujours suscité la curiosité. Ballerina est le premier dessin animé en immersion dans ce microcosme du quartier d’Auber. Les décors du Palais Garnier, répliqués à merveille par le naissant Atelier Animation, participent de l’émerveillement des spectateurs. Parce qu’en effet, Gaumont n’a pas fait les choses à moitié pour son film d’animation. Ils ont ouvert pour l’occasion un tout nouveau studio, avec une nouvelle équipe de création. Un pari qui semble réussi. La féérie est d’autant plus opérante que le film est sponsorisé par la mythique maison Repetto, ajoutant un peu de poudre aux yeux des spectateurs déjà en émerveillement devant ce monde de poupée. Ce sont les deux danseurs étoiles Aurélie Dupont et Jérémie Belingrad qui ont laissé aller leur imagination aux chorégraphies les plus folles pour le film, un challenge créatif qui force l’admiration. Aurélie Dupont qui était d’ailleurs présente pour la première du film à l’ouverture de Mon premier festival, a profité de cette expérience pour imaginer des figures alors I’m possibles à réaliser dans la réalité. Une façon pour elle aussi d’accomplir ses rêves à travers le film. Mais dans ce ballet de la simplicité, le choix de la bande originale reste un point faible pour le studio, et demeure loin derrière l’efficace et entêtant bleu Lumière (entre autres) de Vaiana. Un mélange de styles, du très prestigieux Lac des Cygnes à la voix rocailleuse de Sia, ce mélange symphonique reste indigeste. Et quel autre choix pour la voix française de Félicie que Camille Cotin ! A l’affiche de trois films ces deux derniers mois (Iris, Cigarettes et Chocolat chaud et Ballerina) la surexploitation de l’actrice n’était pas forcément un choix judicieux. Elle est manifestement trop âgée pour incarner ce personnage, tandis que Malik Bentalha s’en sort bien mieux dans la peau de Victor. Un décalage gênant entre le corps et la voix se produit, d’autant plus lorsque l’on entend Félicie discuter avec les autres jeunes filles, manifestement doublées par des voix beaucoup plus jeunes ou des doubleurs chevronnés pour le rôle de jeunes enfants.

Conclusion : Ballerina est donc une très jolie porte d’entrée dans un monde qui force le rêve et l’admiration. Sur le ton de la simplicité, ce nouveau premier dessin animé de l’Atelier Animation vient éclairer par une touche de grâce cette fin d’année cinéma.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

2 Partages
Partagez2
Tweetez