[Critique] Arctic : le film de survie anti-Hollywood

Survivre sur une autre planète avec Seul sur Mars, survivre dans l’espace avec Gravity, survivre dans un canyon avec 127 heures, survivre sur une île déserte avec Seul au monde… pas de doute, le genre du « survival movie » est très populaire au cinéma et régulièrement exploité, et ce sous tous les angles. Même les scénarios où le protagoniste doit faire face au froid extrême ont déjà eu leurs films, comme Le Jour d’après en 2004, ou Everest en 2015. Alors lorsque le cinéaste brésilien Joe Penna propose un premier film sur le même thème avec Arctic, il est légitime d’avoir quelques doutes : le film peut-il vraiment nous surprendre ? 

La scène d’introduction d’Arctic nous présente un homme, interprété par Mads Mikkelsen (Hannibal, Casino Royale), creuser inlassablement dans la neige. Sa montre sonne ; il s’arrête, la caméra s’éloigne et révèle le fruit de son travail : un immense « SOS ». Victime d’un accident d’avion il y a visiblement un certain temps déjà, l’homme survit tant bien que mal au cœur des immenses paysages du grand nord, dans l’espoir qu’un jour un avion passe et voit son appel à l’aide. Mais sa routine va bientôt être complètement bouleversée…

Une nature sublime et angoissante

Alors oui, il est vrai que le thème de la survie dans un milieu hostile a déjà été traité au cinéma. Toutefois, force est de constater que Joe Penna ne s’est pas contenté de remplir le cahier des charges du blockbuster typiquement américain mais qu’il propose au contraire un premier long métrage original, soigné et très ambitieux. Arctic a été tourné dans des conditions réelles, au cœur de l’hiver islandais. Joe Penna y filme des paysages grandioses, aussi magnifiques que dangereux, et qui sont très bien mis en valeur autant par la place que par le temps qui leur est accordé à l’écran. Le réalisateur utilise cette immensité blanche pour jouer sur les échelles de grandeur : à plusieurs reprises, le spectateur se demande s’il est en train de regarder un plan d’ensemble ou un gros plan, et doit attendre l’arrivée du protagoniste dans le cadre pour avoir la réponse.

Il faut bien avouer que l’Arctique est l’endroit parfait pour créer ce type de « survival movie ». Le scénario du film respecte d’ailleurs les principaux critères du genre : une bonne dose de dangers et de mésaventures, parsemés à un rythme efficace tout au long du film, tout en veillant à créer un suspense croissant. Mais là encore, Joe Penna y apporte sa touche : une atmosphère sombre, aux antipodes des paysages d’un blanc immaculé. Le scénario n’épargne rien au protagoniste, qui doit enchaîner épreuves sur épreuves, ce qui devient si pesant pour le spectateur que celui-ci n’a qu’une envie : que l’histoire se termine, non parce qu’elle est mauvaise, mais pour abréger la souffrance du personnage. Le son a également une importance capitale dans la création de cette atmosphère anxiogène : la musique vient appuyer certains moments de suspense, mais elle est également souvent absente, au profit des bruitages : Joe Penna nous donne à entendre le vent, la respiration de Mads Mikkelsen, sa montre qui sonne à intervalles réguliers… Ces bruitages, paradoxalement, accentuent le silence dans lequel le lieu est plongé, et le spectateur sait que le moindre son peut être synonyme de danger.

Héros anonyme

Joe Penna apporte également une vraie originalité dans la façon de traiter son sujet, et plus particulièrement dans la construction du protagoniste. Les informations du personnage de Mads Mikkelsen sont en effet données au compte-goutte : qui est-il ? comment s’appelle-t-il ? d’où vient-il et que fait-il ici ? Aucun flash-back ne vient éclairer le spectateur, seuls quelques détails sont disséminés çà et là et lui permettent de faire le lien avec un événement passé ou avec l’histoire du protagoniste. Et non seulement cela suffit, mais cette technique donne d’autant plus de force et d’importance aux informations apportées.

Bien qu’on ne sache que très peu de choses du protagoniste, celui-ci est pourtant quasiment le seul à l’écran pendant toute la durée du film. Arctic repose donc littéralement sur les épaules de son acteur principal, Mads Mikkelsen, qui livre une très belle performance. Etant seul, il parle très peu, et doit donc trouver d’autres moyens de transmettre émotions et informations. L’acteur a également dû endurer des conditions de tournage particulièrement difficiles, qui rendent son jeu d’autant plus réaliste. Son personnage n’est pas magnifié outre mesure : bien sûr, il doit être courageux et fort – aussi mentalement que physiquement – pour survivre dans ces conditions extrêmes, mais Joe Penna n’en a pas fait un héros typique de blockbuster, homme soit-disant ordinaire bravant finalement tous les dangers malgré leur difficulté. Le personnage de Mads Mikkelsen n’est pas arrivé là par hasard, sans connaissances ni équipement. Cela ne l’empêche pourtant pas d’avoir peur, d’avoir mal, de perdre espoir. Et on le comprend : plus on avance dans le film, plus on se demande si une fin heureuse – quasiment indispensable dans ce type de films – est même possible…

Conclusion : Arctic est un film de survie efficace et étonnamment original. Si le thème a déjà été exploité de nombreuses fois au cinéma, Joe Penna s’éloigne ici des réalisations très américaines en optant pour des partis pris, tant du côté du scénario que de la mise en scène, qui valorisent son sujet et embarquent le spectateur. 

Arctic
Un film de Joe Penna
Sortie le 6 février 2019

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