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[Critique] Adoration : ô violent amour !

Après Message From The King, Fabrice du Welz revient en Belgique et à la francophonie, avec Adoration, son 6ème long métrage, présenté à l’Etrange Festival. Film multi-facettes, à la fois romance, teen movie, thriller, drame, et expérimental, Adoration se veut surtout, selon son réalisateur, comme une expérience sensorielle et corporelle. Mais le pari est-il réussi ? 

Paul, jeune garçon sensible et solitaire, rencontre la sulfureuse Gloria, nouvelle patiente de l’hôpital psychiatrique où travaille sa mère. Frappé d’un coup de foudre, les deux adolescents vont s’enfuir, loin du monde des adultes. 

Un travail de plasticien 

Adoration adopte un vrai parti pris esthétique. Voulant filmer à hauteur d’enfant, la mise en scène, très intrusive, opte pour une caméra très volatile, captant, avec des cadres très serrés sur les personnages, la vitalité et l’énergie de ses jeunes protagonistes. Renonçant à un quelconque aspect moralisateur, le film porte un regard bienveillant et plein d’empathie sur la genèse de cette histoire d’amour teintée de violence. 

Fabrice du Welz réussi donc à bâtir un univers riche, baignant dans l’inquiétante étrangeté. Cette angoisse douce qui se diffuse progressivement pendant le film aiguise la curiosité du spectateur, au vu de la perpétuelle mouvance du récit qui se déroule devant ses yeux. Il avance de surprise en surprise, intégrant progressivement cette intimité et les chemins tortueux qui en découlent, au fur et à mesure que les personnages s’approprient l’environnement, offrant par ailleurs de véritables moments formels et sensoriels. 

Malheureusement, le film tombe parfois dans un symbolisme un peu lourd, préférant la beauté formelle et le travail plastique à une quelconque sincérité poétique et lyrique. Ces séquences de rêverie, pseudo oniriques, censées épouser les personnages, leurs problématiques, leurs réflexions, leurs sentiments, placent le spectateur étonnement loin d’eux, en total observateur de ce spectacle d’esthète, dénué d’émotion. Il sort finalement de ces cauchemars éveillés avec une sensation de vanité, qui plombe ce qui aurait pu être de vrais morceaux de bravoure. 

Un conte timide

Adoration se construit comme un conte moderne. Dans sa forme mais également dans son ton, très intemporel, par sa manière de représenter le monde. Impossible de situer véritablement l’époque, les personnages déambulent dans un environnement hors du temps. Par ce fait, il ouvre son sujet, le rendant accessible à tous et pour tous les âges. Cette démarche le fait donc miroiter avec la figure du conte, du récit que l’on transmet à travers les générations, et démontre une vraie envie de raconter des histoires, une vraie envie de cinéma. 

De plus, le film va venir s’attaquer à un sujet relativement classique qu’est le lien étroit entre amour et violence. Mais en passant par le genre, par l’insanité, Fabrice du Welz désamorce tous les clichés ne délivrant, par pudeur, que le nécessaire, évitant donc un aspect trop théorique pour ne laisser paraître qu’un besoin fougueux de vivre. Mais malgré l’énergie débordante des personnages, le spectateur peut avoir du mal à croire en eux, en leurs relations, parce que là où son récit désamorce les attentes, Paul et Gloria, eux, se rapprochent souvent de leurs archétypes. Un sentiment de déjà vu s’installe, soulevant un manque d’incarnation et d’ambiguïté, nourrit par un surjeu temporaire mais présent, renforçant le caractère creux des personnages. 

Finalement, la relation entre les deux protagonistes reste tiède et relativement loin de la promesse originelle. Il manque à Adoration de la profondeur, le film étant trop sage dans son propos. Il marque un point culminant dans l’escalade de sa violence à ses ⅔ pour finalement s’essouffler à la fin, désincarnant le propos final. La promesse et le vertige sensoriel, existentiel, ne frappent donc jamais vraiment et laissent le spectateur sur sa faim. 

Conclusion : Adoration est une belle tentative, plaçant Fabrice du Welz comme véritable plasticien de son œuvre. Mais manquant de sincérité poétique et d’incarnation concernant son univers et ses personnages, le film recule face au jusqu’au-boutisme dont il devrait faire preuve pour séduire et écraser le spectateur par son expérience sensorielle éreintante. 

Félix Dobaire

Adoration
Un film de Fabrice du Welz
Durée : 1h38
Sortie le 22 Janvier 2020

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