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[Critique] Abominable : l’adorable homme des neiges

Si le Capitaine Haddock était dans les parages, il ne serait sûrement pas très ravi. « Je commence à en avoir plein le dos, moi, de votre yéti ! », dit-il dans Tintin au Tibet ! Car oui : un an tout juste après Yéti et compagnie, c’est à DreamWorks Animation de revisiter le mythe de cette créature de l’Himalaya dans Abominable, premier long métrage de sa société de production chinoise Pearl Studio. Or les deux films n’ont pas beaucoup de points communs exceptée l’abominable créature, ici rendue (bien évidemment) adorable. Abominable va plus loin et explore davantage les origines mythiques de cet animal…

Tout commence lorsqu’une jeune adolescente, Yi, rencontre un yéti sur le toit de son immeuble, à Shanghaï. Avec ses amis Jin et Peng, elle tentera tout pour ramener l’animal chez lui, vers l’Everest… Mais c’était sans compter sur Burnish, un puissant malfrat bien décidé à retrouver l’animal, et le docteur Zara, une éminente zoologiste !

Yé-titi et Grosminet

Au premier abord, l’intrigue d’Abominable n’a pas grand chose de nouveau. Elle est d’ailleurs très simple : la jeune Yi (Chloe Bennet) veut ramener un yéti parmi les siens. C’est toutefois dans son traitement que le film parvient à tirer son épingle du jeu, tout particulièrement à travers la question de la captivité animale. De par sa dimension mythique quasi-ancestrale, le yéti est une figure qui peut autant susciter la crainte que la convoitise : si l’on en trouvait un, que pourrait-il apporter à l’humanité ? Telle est la question posée par le docteur Zara (incarnée en version originale par Sarah Paulson), tandis que son employeur Burnish (Eddie Izzard) est bien plus radical. Ancien explorateur, lui veut tout simplement la mort de l’animal et ne fait donc pas dans la demi-mesure ! En dénonçant les expérimentations sur les animaux, Abominable rejoint le Dumbo de Tim Burton qui, lui, s’en prenait aux cirques qui utilisent les bêtes pour s’enrichir au détriment de leur propre santé.

Le film se décline donc comme une grande partie du chat et de la souris entre Everest, ses amis et leurs détracteurs, ponctuée de petites respirations comiques et intimistes. Yi est une adolescente intrépide mais marquée par le décès de son père, Jin (Tenzing Norgay Trainor) est le stéréotype du garçon ultra-populaire, ultra-connecté, ultra-boyfriend material comme diraient les jeunes, mais un brin tête à claque, tandis que Peng (Albert Tsai) est le petit comique de la bande. Leur alchimie avec le yéti donne des scènes irrésistiblement drôles, Everest étant lui-même tout aussi attachant. Bien qu’il soit un animal imposant, sa modélisation le rend instantanément adorable, par ses grands yeux bleus, son sourire, ses petites dents qui dépassent et son immense pelage qui donne plutôt l’impression de voir une peluche vivante.

Un mythe qui épouse une culture

Malgré un déroulement plutôt convenu, le film de Jill Culton tire son épingle du jeu en raison de son immense respect pour la culture chinoise : tout simplement parce qu’Abominable est le premier film de Pearl Studio, fondé par DreamWorks et des actionnaires chinois en 2012 (ses équipes ont précédemment travaillé sur Kung-Fu Panda 3). Aussi pour son casting qui, excepté Sarah Paulson, ne compte principalement que des acteurs et actrices d’origine asiatique. Et pour une fois, les adolescents sont joués… par des ados ! Excepté Yi, dont l’interprète Chloe Bennet, vingt-sept ans, bénéficie de davantage de notoriété suite à son rôle dans la série Marvel : Les Agents du S.H.I.E.L.D.

Le film fait également traverser de somptueux paysages, sublimés par la lumière et le choix des couleurs opérés par le studio. À cela s’ajoute une dimension onirique provoquée par les pouvoirs magiques d’Everest qui, en plus de sauver les personnages à de nombreuses reprises, contribuent à embellir leur aventure et surtout celle de Yi. Traînant toujours le violon de son père avec elle, la musique devient son moyen de communication avec Everest et, peu à peu, un outil de défense. Les compositions de Rupert Gregson-Williams apportent elles aussi leur lot de légèreté à l’ensemble, dont ressort un profond sentiment de bonté. Cette aventure amènera notamment Yi à reconsidérer ses rapports familiaux avec sa mère et sa grand-mère, que l’on ne voit que trop peu tant celles-ci sont drôles. Mais nous ne sommes pas à l’abri d’une éventuelle suite…

Conclusion : Abominable s’impose par sa beauté visuelle et l’attachement que l’on porte à ses personnages, et surtout pour son irrésistible yéti Everest !

Abominable
Un film de Jill Culton
Durée : 1h37
Sortie le 23 octobre 2019

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