[Critique] A Tale of Love and Darkness : le conte au 7ème art

Derrière une actrice, se cache une grande réalisatrice. Natalie Portman, propulsée par Luc Besson ainsi que la saga Star Wars et confirmée par Black Swan d’Aronofski, paraît tout aussi à l’aise derrière que devant la caméra. Puisqu’elle réalise (et joue) son tout premier film : A Tale of Love and Darkness. En adaptant le conte autobiographique du grand Amos Oz, la jeune femme a su réaliser l’impossible. Silence Moteur Action s’est embarqué dans ce conte aux allures de rêves, sous-jacent d’une époque froide et impitoyable. 

Il était une fois le destin d’une famille, ni aisée ni à déplorer, pendant les temps sombres de la naissance d’Israël et ce qui en découle : les révoltes, les mentalités, les blessures… Amos Oz, jeune garçon intrépide qui tente de réaliser ses rêves, n’a rien à craindre. Fania, sa mère protectrice et aimante, semble intouchable. L’éducation du garçon passe avant tout par lui faire accepter et vivre la société actuelle : celle qui change. Puisqu’Amos est l’avenir, autant le préserver. Cependant, en ces temps de troubles, Fania découvre ses failles. Entre autres : la peur. Celle qui dévore, qui rend malade et empêche le sommeil. Cette peur de perdre le contrôle, celle de sombrer dans la folie.

Une caméra touchée par la grâce

Ce qui demeure le plus frappant pour A Tale of Love and Darkness, ce n’est pas forcément son histoire. En soi, le fond est touchant : impossible de ne pas s’investir émotionnellement dans cette aventure mentale familiale. Cependant, le plus mémorable reste étrangement la forme. La réalisation fourmille d’idées et la mise en scène, très imagée, parfois métaphorique, est tout sauf banale. Elle possède un caractère très travaillé, au point que l’on puisse même se demander si Natalie Portman n’est pas déjà devenue une réalisatrice confirmée.

Tout est à sa place pour donner l’impression d’une oeuvre complète et surtout : personnelle. Puisque adapter une oeuvre autobiographique n’est jamais facile. Puisque adapter une oeuvre d’Amos Oz est encore moins aisé. Le film possède une esthétique propre. Assez ternes, avec un filtre aux couleurs parfois grises et orangées, les images marquent la rétine. Sous effets de ralentis et de flashbacks rêveurs, certaines scènes ne peuvent que nous rappeler les meilleurs moments d’un Terrence Malick en forme, ou plus récemment, du premier long-métrage de Ryan Gosling, Lost River. Natalie Portman ne cache pas ses inspirations et caresse le genre cinématographique dans le sens du poil. Tout est imagé, même les passages les plus difficiles, les plus romancés du livre.

Avant tout, c’est une histoire de famille. Les acteurs, tous très convaincants, soumettent à leurs personnages respectifs une évolution humaine. Finalement, la réalisatrice ne se concentre pas totalement sur son personnage, celui de la mère. Bien au contraire – et c’est avant tout pour respecter le récit originel -, elle consacre les moments les plus forts à Amos. Encore enfant, il profite de son innocence pour paraître détaché de la réalité. Dénué de toute liberté, il use de ses rêves pour se cacher et explorer ses peurs les plus profondes. Le film traite le sommeil comme un état de protection, où chaque personnage peut enfin profiter de sa solitude et de ses fantasmes.

C’est ce qu’est, finalement, A Tale of Love and Darkness, une poursuite du rêve pour que celui-ci devienne réalité. Un film magnifique, friand de mystères et de trésors qui ne peuvent être trouvés dès le premier visionnage. Un coup de maître ? Pas encore mais Natalie Portman mérite bien une place au panthéon.

A Tale of Love and Darkness, diffusé sur Canal + le 19 Mai 2016. 

Un film de Natalie Portman, avec Natalie Portman, Gilad Kahana, Amir Tessler… 

 

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