[Critique] À la recherche des femmes chefs : Wonder Women

Trois ans après avoir officié en tant que monteuse sur Steak Revolution, Vérane Frédiani réalise son premier long-métrage de documentaire : A la recherche des femmes chefs. Elle poursuit ainsi ses réflexions déjà menées dans son court-métrage Tant qu’il y aura des hommes et reconsidère la place des femmes dans la société. La cinéaste cible une catégorie précise, tenant de sa passion pour la gastronomie : les femmes chefs. Qui sont-elles ? Pourquoi ne sont-elles pas (suffisamment) reconnues ?

Découvrez également notre interview de la réalisatrice Vérane Frédiani !

Après deux années de voyage à travers le monde, Vérane Frédiani brosse le portrait de nombreuses cuisinières qui mènent leur restaurant, loin de l’agitation masculine et de la starification. Les femmes chefs n’ont pas les mêmes projets que leurs confrères, ni le même attrait pour la célébrité, mais il ressort de ces nombreux portraits un désir d’élaborer une cuisine intimiste, où le partage devient le maître mot – autant pour les clients que pour les collaborateurs et collaboratrices…

Les femmes chefs n’arrivent pas, elles sont déjà là !

Parler des femmes dans la gastronomie est-il un sujet qui dérange ? Si l’on en croit la démarche de Vérane Frédiani, oui ! Après avoir tenté de faire distribuer son film via les voies habituelles, la réalisatrice s’est vue « contrainte » de sortir elle-même son propre film sous l’égide de sa boîte de production, La Ferme Productions. Puisqu’on a lui a reproché de vouloir faire un film social, cette contrainte est très vite devenue une liberté supplémentaire : une liberté de ton, qui assurait bel et bien le message socio-politique de l’œuvre.

À la recherche des femmes chefs est un film qui part d’une observation toute simple : sur les couvertures des grands magazines, dans les festivals, salons, et même sur Google Images lorsque l’on tape « chef cuisinier », on ne tombe très majoritairement que sur… des hommes. Et pourtant, des femmes chefs, il y en a bon nombre. La médiatisation et la popularité des femmes peinent cependant à grimper, et ce documentaire illustre très justement le cercle vicieux qui attend ces femmes : on leur reproche de ne pas être suffisamment connues pour être invitées dans des festivals, mais personne ne les invite ailleurs. Alors comment faire ?

Les clichés sont encore légion 

Vérane Frédiani rend honneur à toutes ces femmes rencontrées, et même à celles qui ont dû être coupées dans le montage final de son film : dans le dossier de presse, coordonnées complètes et quelques petits mots sur chacune des méthodes de travail de ces femmes sont à retrouver. Une attention non négligeable lorsque l’on voit ressortir dans bien des témoignages le même constat : être chef lorsque l’on est une femme, cela signifie travailler bien plus que les hommes pour obtenir une reconnaissance qui leur est acquise vu leur main mise dans le métier (main mise qui va beaucoup plus haut qu’on ne le pense).

Kamilla Seidler a voulu permettre à la Bolivie de se faire une place dans la haute gastronomie en travaillant des produits locaux, mais aussi en mettant en valeur une brigade mixte. Cette chef renverse les clichés et crée l’une des scènes les plus amusantes du film, lorsqu’elle ordonne à l’un de ses équipiers – homme – de faire la vaisselle. Mais elle aborde également la question de la violence des femmes, très importante dans le pays : la mixité apparaît comme l’un des moyens essentiels de la lutte contre les stéréotypes ou le machisme qui, à l’extrême, mènent à ces cas de violence.

La réalisatrice n’en oublie pas les premières femmes chefs françaises reconnues, qui ont inspiré le reste du monde à bien des égards, malgré une très faible reconnaissance aujourd’hui. Le film réhabilite ces personnalités et leurs descendantes, et retranscrit la question générationnelle à travers le portrait de Anne-Sophie Pic, qui a repris l’activité anciennement tenue par son père. Ce n’est pas le désir de célébrité qui se dégage de toutes ces femmes, contrairement à ce que les émissions de cuisine nous servent à la pelle à la télévision, mais la quête de satisfaction, tout en demeurant humbles.

Conclusion : Vérane Frédiani dresse des portraits de femmes salvateurs, qui confirment que les femmes chefs sont bel et bien là contrairement à ce que l’on pourrait penser, en dépit des diverses situations sexistes persistantes (comme goûter le vin au restaurant). Un premier film riche en informations et qui se clôt sur une note positive, tout en amenant à reconsidérer notre rapport à la gastronomie.

À la recherche des femmes chefs
Un film de Vérane Frédiani
Sortie le 5 juillet 2017


Découvrez également notre interview de la réalisatrice Vérane Frédiani !


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