[Critique] A Cure for Life : peur bleue !

Après des débuts dans le cinéma d’horreur, le cinéaste Gore Verbinski n’était pas revenu à son genre de prédilection depuis 2002 et The Ring. Un retour réussi puisque celui qui est derrière la trilogie Pirates des Caraïbes livre un film plus qu’angoissant, qui repousse les frontières du possible. 

Lorsque Lockart (Dane Dehaan, qu’on retrouvera bientôt en Valerian chez Besson), un jeune employé d’une multinationale, se voit promu à un poste élevé, il ne s’attend pas à devoir partir en Suisse pour aller chercher dans une cure thermale l’une des têtes de l’entreprise. Evidemment, il comprend rapidement que la cure n’est pas ce qu’elle semble être. Dès son pitch initial, A Cure for Life (A Cure for Wellness en VO) pose son cadre assez mystérieux : film fantastique, film dramatique ? En réalité, la réponse est plus ambiguë, puisque le film s’amuse à dépasser les frontières, à nous perdre sans jamais nous raisonner.

Entre référence et originalité

Dès son ouverture et jusqu’à sa fin, le film en appelle à notre expérience de spectateur. Les références s’additionnent, et on se plait dès lors à imaginer la fin, en se référant à d’autres œuvres qui nous paraissent similaires. L’histoire d’un jeune homme partant enquêter dans un établissement médical reclus nous évoque rapidement Shutter Island de Martin Scorsese. Et effectivement, les deux films se plaisent à mêler les points de vue du spectateur et du personnage principal : dans les deux œuvres, on découvre les lieux et l’intrigue même temps que Dane Dehaan et Leonardo DiCaprio. La psychologie des personnages, malgré tout très différente, s’appuie sur les mêmes rebondissements, sur les mêmes principes scénaristiques lors de la découverte de tel indice ou de tel mystère, tandis que le spectateur se met petit à petit à douter des protagonistes – et donc de lui-même.

Pourtant, A Cure for Life s’éloigne facilement du film de Scorsese pour flirter avec les frontières du fantastique. Dès lors, c’est le mysticisme et l’onirisme de Shining de Kubrick que le film invoque – sans toutefois l’égaler. La rigueur et la froideur du cadre nous rappellent l’hôtel Overlook, et la folie dans laquelle semble tomber Dehaan évoque celle de Nicholson. Involontairement, on se plaît à observer une certaine similarité entre le film et l’une des dernières séries Netflix : The OA. Dans les deux cas, Jason Isaacs joue (brillamment) le scientifique fou et marginal testant les limites de l’espèce humaine, sans aucun respect pour l’homme. Enfin, la patte Verbinski se fait bien présente, plaçant cette dernière réalisation dans la continuité de sa filmographie. Cependant, A Cure for Life n’est pas qu’une bonne ou mauvaise réinterprétation d’œuvres pré-existantes. Au contraire, il en ressort une sensation d’originalité bienvenue dans le contexte actuel.

Ambiance anxiogène 

Verbinski réussit à créer une œuvre originale et jouissive, qui se sert de codes bien connus du cinéma d’horreur ou fantastique pour mener à bout son intrigue. Mais le meilleur du film tient dans l’ambiance que parvient à installer le cinéaste. Anxiogène, angoissant et macabre, A Cure for Life doit beaucoup à son climat tendu qui le parcourt tout du long. Une ambiance possible grâce à l’efficace et très précise mise en scène du réalisateur. L’esthétique du film frappe dès l’ouverture : une dominante bleue et grise, des touches de couleurs jaunes, une photographie qui vient renforcer l’impression d’être dans une bulle, enfermé, en dehors du monde environnant. En minimisant les plans d’ensemble qui permettraient une meilleure vision de la scène et en privilégiant les inserts et gros plans, Verbinski maximise leur effet. Une mise en scène extrêmement réfléchie qui se réfère sans cesse à l’eau, élément matriciel du film. De la couleur, donc, à des métaphores visuelles astucieuses, ou tout simplement à sa présence régulière, l’eau symbolise dans le film l’angoisse, l’inconnu, la peur et le mystère. Pas sûr qu’on se rebaigne de sitôt !

Enfin, la musique vient renforcer l’onirisme du film avec un thème minimaliste (une femme chantant), extrêmement récurrent. Pour la première fois depuis 16 ans, Hans Zimmer ne signe pas la musique d’un film du réalisateur. Cependant, Verbinski trouve en Benjamin Wallfisch un digne héritier (d’ailleurs un ancien élève de Zimmer). Le film joue d’ailleurs avec l’utilisation de la musique, en la plaçant parfois directement dans le cadre diégétique du récit, c’est-à-dire dans l’univers des personnages. Alors, le film ouvre la porte à un nombre infini d’interprétations, et nous invite à repenser la réalité de ce qu’on voit et sa signification. Ainsi, grâce à une mise en scène intelligente et par le biais des très bonnes performances de ses acteurs, A Cure for Life est un grand film !

Conclusion: Malgré de nombreuses références à des œuvres bien connues, de Shining à Shutter Island, A Cure for Life n’en reste pas moins une oeuvre fraîche et originale, angoissante et mystérieuse. Rarement une ambiance nous aura parue plus anxiogène ! Imposant.

A Cure for Life
Un film de Gore Verbinski
Sortie le 15 février 2017

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