[Critique] 99 Homes : Le bonheur des uns fait le malheur des autres

C’est la semaine de Michael Shannon. En plus d’apparaître dans le très mystérieux Midnight Special de Jeff Nichols (au cinéma le 16 mars), l’acteur tient la tête d’affiche de 99 Homes, grand Prix au festival de Deauville qui ne bénéficie que d’une sortie en e-cinéma. Critique.

99 Homes, de quoi ça parle ?

Rick Carver (Michael Shannon), homme d’affaires à la fois impitoyable et charismatique, fait fortune dans la saisie de biens immobiliers. Lorsqu’il met à la porte Dennis Nash (Andrew Garfield), père célibataire vivant avec sa mère et son fils, il lui propose un marché. Pour récupérer sa maison, sur les ordres de Carver, Dennis doit à son tour expulser des familles entières de chez elles.

Quand l’immobilier nous est conté

Si 99 Homes souffre d’une certaine longueur, le film de Ramin Bahrani arrive avec une facilité déconcertante à nous parler d’un sujet tout sauf passionnant : l’immobilier. Pas facile de comprendre les termes techniques (cash for keys par exemple), la mécanique du métier et la loi, qui diffère de chez nous. Mais derrière sa caméra, Bahrani arrive à capter le réel, à saisir la souffrance de ces familles expulsées de chez elles du jour au lendemain. Les émotions passent, indéniablement. La réalisation à double vitesse permet aux spectateurs de vivre la désolation des personnages, de se révolter et de sentir l’injustice de la situation. Un très bon point. Et ce n’est pas le cynisme du personnage de Rick Carver qui arrange les choses. Ce dernier incarne tout ce qu’il y a de mal dans le système : un clivage entre ceux qui s’enrichissent sur le dos des plus pauvres et les familles modestes. Si le film de Bahrani veut dénoncer cette pratique, c’est réussi. Et de la meilleure des manières.

Quand l’élève dépasse le maître

99 Homes ne serait pas une véritable réussite sans son duo d’acteur. Michael Shannon est impeccable dans le rôle de ce loup de l’immobilier – costume blanc et montre en or – qui arrive à arnaquer le système en trouvant la petite faille. Sa froideur et la simplicité de son jeu d’acteur donne à son personnage du relief. Mais la bonne surprise du film est sans conteste Andrew Garfield. L’ancien Spiderman prend de l’ampleur dans ce drame et nous montre une nouvelle fois l’étendue de ses talents. Son personnage est celui qui évolue au plus dans le film : d’abord évincé de sa maison familial, il va accepter de passer de l’autre côté de la barrière pour récupérer son bien. D’expulsé, il va devenir l’expulseur. Le scénario de 99 Homes pose alors une question : jusqu’où est-on prêt à aller ? Pour Dennis, la réponse ne se fait pas tarder. Aveuglé par l’argent, bien trop gourmand, et devenant même meilleur que son « maître », il va atteindre le point de non retour. Un climax tout en tension dramatique qui, tel un coup de grâce, finit de nous achever. En beauté.

Conclusion : S’appuyant sur un sujet d’actualité fort et pas facile à traiter, 99 Homes réussit là où d’autres auraient échoué. Cynique, parfois dur mais si proche du réel, le film ne fait que monter en tension pour nous offrir une fin en apothéose. A chacun ensuite de se faire son avis. Note : 15/20

Un film de :  Ramin Bahrani
Avec : Andrew Garfield, Michael Shannon, Laura Dern

En e-cinéma le : 18 mars

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