[Critique] 20th Century Women : un remède féminin des 70’s

Fin janvier, Annette Bening était présente à Paris pour présenter le dernier film de Mike Mills. La classe incarnée, du haut de ses 58 ans dont 30 d’une carrière discrète et brillante, l’actrice ne jure que par les rôles engagés. Ce soir-là, elle s’est empressée de clamer sa désapprobation concernant la nouvelle situation politique américaine et de souhaiter aux Français la meilleure prise de conscience pour les élections du mois de mai prochain. On se souvient d’elle dans la peau de Barbara dans le marquant Mars Attacks ou de Carolyn, la mère antipathique dans l’immanquable American Beauty. C’est d’un personnage subtil et complexe, à nouveau celui d’une mère – qui voudrait cette fois-ci bien faire – dont elle s’empare lumineusement dans 20th Century Women.

À la fin des années 70, en Californie, Dorothea (Annette Bening), cinquantenaire, se pose beaucoup de questions quant à l’éducation de son fils Jamie (Lucas Jade Zumann), dont elle s’occupe seule. Dans le but d’ouvrir ses horizons et son regard sur le monde, elle fait appel à leur locataire punk Abbie (Greta Gerwig) et à Julie (Elle Fanning), une amie proche de l’adolescent.

En réalisant le réjouissant Beginners en 2011, Mike Mills s’inspirait de l’histoire de son père à travers le personnage de Christopher Plummer, qui à 75 ans faisait son coming out. En écrivant 20th Century Women, et particulièrement le personnage de Dorothea autour duquel l’action gravite, il voulait ici rendre hommage à sa mère. L’intérêt majeur du film, sans lequel il ne pourrait avoir le même impact, est bien l’époque dans laquelle il se situe. La période de transition qu’incarnent les seventies précède nombre de bouleversements, sociaux, culturels, politiques… dont on peut déjà observer les signes à travers d’importants mouvements contestataires. Dans la représentation de Mills, plus qu’une reconstitution détaillée d’époque, c’est un état d’esprit.

Portraits de représentantes d’une époque charnière

Le personnage de Dorothea se demande quelles décisions prendre pour son enfant, lui même à l’âge difficile, elle qui a grandi dans les années 20 et tente résolument de comprendre le contexte en ébullition dans lequel il s’agit maintenant de se projeter. Elle fume cigarette sur cigarette, à la fois distante et complice à l’égard des autres, elle est une énigme pour son entourage comme pour le spectateur. Fine observatrice du monde qui l’entoure sans parvenir à en saisir toutes les nuances, Dorothea livre un combat pour son fils – jeune homme plutôt sain – qui peut sembler excessif et à première vue peu justifié. C’est celui de nombreuses mères qui projettent sur leurs enfants leurs propres craintes, cherchant seulement à bien agir. C’est en cela qu’elle est une femme touchante, dont émane une grande force.

Aux côtés de la lumineuse Annette Bening, la toujours excellente Greta Gerwig, que l’on aime à voir mise en valeur de la sorte (plutôt que relayée au rôle d’assistante de la première dame dans le récent Jackie), est l’élément arty et punk qui justifie l’utilisation d’une bande son heureusement elle aussi très seventies. Talking Heads, Bowie, The Clash ou encore Buzzcocks sont de la partie et soutiennent l’éducation musicale de Jamie. Photographe et fêtarde, c’est également à travers Abbie que transite l’essentiel des indispensables réflexions sur la sexualité et l’indépendance des femmes qu’un tel sujet laissait présager. Julie la rejoint sur la question de l’indépendance, plus innée encore chez l’adolescente rebelle dont est épris Jamie, incarnée par Elle Fanning. Elle est de cette génération bercée par l’effervescence qui échappe à Dorothea, et Mills maitrise la confrontation idéaliste de ces trois femmes singulières.

Les contrastes de la méthode Mike Mills

Du côté des hommes en revanche, il est regrettable que le personnage de Billy Crudup, William, ne soit pas plus exploité, souvent cantonné à ses manies de bricoleur. Il est tout à fait louable de mettre en avant le tempérament des femmes (et cela en finesse !) là où il est bien trop souvent réduit à quelques clichés, mais inverser la tendance ne rétablit pas l’équilibre.

En construisant habilement la relation entre les personnages de Ewan McGregor et Mélanie Laurent dans Beginners, Mike Mills ancrait déjà son intérêt dans les subtilités touchantes des différents caractères, leurs maladresses jamais honteuses, leurs tentatives de faire le bien, comme autant d’efforts à notre échelle. C’est cette humanité qui émane en premier lieu de son nouveau film, des signes vrais et familiers offerts au spectateur ainsi facilement intégré au récit.

Sur le plan visuel, 20th Century Women se veut comme son prédécesseur, très illustratif. Mills ponctue son film de nombreux plans d’insert qui viennent documenter les dires des personnages et l’époque, un choix facilement efficace qui appuie l’aspect ludique et léger. Un geste qui ne fait pas défaut au film mais à l’empreinte éphémère qu’il laisse par la suite dans l’esprit, déjà engendrée par cette impression très vaporeuse dans le traitement de l’action.

Conclusion : À l’image de la délicate affiche du film, tout à fait en accord avec son atmosphère, 20th Century Women est une réussite dans son écriture, son interprétation et la finesse des réflexions abordées. Toujours bienveillant envers ses personnages, dans la douleur comme dans la joie, Mills fait régner cette légèreté lumineuse propre à de nombreux drames indépendants qui peine ici cependant à marquer les esprits.

© Illustrations Audrey Planchet

20th Century Women
Un film de Mike Mills
Sortie le 1er mars 2017

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