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[Critique] 1985 : la fin d’un monde ?

Présenté en compétition au Champs-Élysées Film Festival, spécialisé dans le cinéma d’auteur indépendant américain et français, 1985 est un film choc, tourné en noir et blanc et se déroulant pendant l’épidémie du sida.

Texas, Noël 1985. Un jeune homme d’une vingtaine d’années revient de New York après 3 longues années sans avoir vu ses proches. Et pour cause : il est homosexuel, atteint du sida, et souhaite l’annoncer à sa famille, ultra conservatrice et catholique. Un dernier rendez-vous pour un dernier adieu.

Des bases solides

Afin de tisser son intrigue, le cinéaste Yen Tan se base sur un de ses courts métrages sorti en 2016 (voir ci-dessous), intitulé lui aussi 1985 et dans lequel il était déjà question du regard des autres sur l’homosexualité et plus précisément sur le sida. Mais alors que dans ce court métrage, le personnage était déjà à un stade bien avancé du sida, le protagoniste du long métrage, Adrian, n’a pas de traces visibles (ou presque) de la maladie. Comme un préquel, ce dernier film vient donc poser les bases d’une issue que l’on sait inévitable.

Le cinéaste Yen Tan s’inscrit aussi largement dans le cinéma d’auteur américain indépendant et récent. On pense notamment aux premiers films des grands et jeunes auteurs actuels : le rapport à l’identité rappelle Medicine for Melancholy, le premier long métrage de Barry Jenkins (également réalisateur de Moonlight), tandis que les relations entre personnages nous évoquent les premiers longs des frères Safdie (Good Time) comme Mad Love in New York ou The Pleasure of Being Robbed, et le sentiment d’urgence, d’inévitabilité, Fruitvale Station de Ryan Coogler (Creed, Black Panther).

Ce style de cinéma, régulièrement récompensé à Sundance (festival américain de films indépendants) ou dans les sections parallèles de Cannes, s’apparente à un genre à lui-tout seul, avec ses propres codes. Tout d’abord, une certaine vivacité et énergie s’en dégagent, souvent portées par des récits se déroulant sur un temps réduit. Un aspect théâtral, à travers le peu de décors et les dialogues, renforce le côté “bulle” du film. Enfin, ces films sont les porte-paroles d’une jeunesse souvent perdue, en quête de repères. Ici, pour jouer le personnage bouleversant d’Adrian, le cinéaste a choisi un acteur très connu aux Etats-Unis grâce à la série Gotham, Cory Michael Smith, tandis que Noah Schnapp (Stranger Things) était un temps pressenti pour incarner le frère du protagoniste, finalement interprété par Aidan Langford.

Une vision poétique et dure de la réalité

Effectivement, le film est une véritable réussite. Le souci du détail impressionne, autant que la mise en scène très aboutie. Le réalisateur fait le choix du noir et blanc, dans un ratio de cadre assez rare désormais, en 1.66 (un format d’image presque carré). Le fait de filmer en noir et blanc une intrigue se déroulant dans les très colorées années 80 est un parti pris très fort, venant renforcer la dureté et le réalisme de la mort approchant et du sida détruisant tout sur son passage.

De plus, le film est tourné en pellicule (plus précisément en super 16 !). Cela donne à l’image un grain très esthétique, et sublime les mouvements des personnages. De manière plus globale, donc, il y a une grande attention portée à la photographie du film… Et c’est réussi ! Le film est visuellement splendide, les cadres jouant sur les perspectives, le montage étant très astucieux dans les coupes et dans les champs/contre-champs.

Mais toute cette technique est au service de l’histoire, autant que les acteurs, extrêmement justes. Le film est donc, paradoxalement, aussi poétique et esthétique que dur et froidement réaliste dans ses rapports entre les personnages, à travers cette famille déchirée. Une vision finalement très juste de l’arrivée du sida, et de ses conséquences tant sur les séropositifs que sur leurs proches.

Conclusion : 1985 bouleverse par son récit ! Yen Tan filme avec subtilité et intelligence un sujet dur et pas évident, et réussit à nous émouvoir. Toute l’attention portée à l’esthétique du film vient renforcer cette ambiance si particulière. Vibrant ! 


1985
Un film de Yen Tan
Pas de sortie annoncée


Si vous aimez le cinéma d’auteur américain :


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