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[Critique] 1917 : La Grande Guerre en grand angle

Cinq ans après avoir signé son deuxième James Bond (Spectre), le cinéaste Sam Mendes revient sur un terrain où on ne l’attendait pas : un film de guerre. Il livre une oeuvre expérimentale et intimiste, qui nous entraîne des tranchées à la campagne française ravagée par la Première Guerre mondiale.

Schofield (George Mackay) et Blake (Dean-Charles Chapman), deux soldats britanniques, sont envoyés pour une mission de haute importance : à l’autre bout du front, des milliers de soldats vont tomber dans un piège et risquent d’être décimés par les troupes allemandes. Les deux soldats traversent donc les champs de bataille dans un périple extrêmement dangereux mais indispensable.

Le choc du parti pris 

Sur le papier, 1917 rappelle les grandes drames survivalistes sur les guerres mondiales, de l’indémodable Il faut sauver le soldat Ryan (Spielberg, 1998) au culte Les Sentiers de la Gloire (Kubrick, 1957) en passant par le français Un long dimanche de fiançailles (Jeunet, 2004). Mais ici, et Sam Mendes ne s’en cache pas : l’objectif d’aller prévenir le frère du héros à l’autre bout du front n’est qu’un simple Macguffin (élément d’un scénario qui ne sert que de prétexte pour faire avancer l’histoire, comme motivation pour les protagonistes, sans qu’il est un véritable intérêt, comme le disque dur dans Skyfall le précédent film de Mendes).

Ce qui intéresse le cinéaste ici, c’est plus l’aspect formel que dramaturgique. Effectivement, le film est tourné afin de donner la sensation qu’il ne s’agit que d’un seul et unique plan-séquence, à savoir qu’on aurait allumé la caméra au premier plan et que l’on ne l’aurait pas éteinte jusqu’à la fin. Pour cette prouesse, le metteur en scène s’est adjoint les services du tout fraîchement oscarisé chef opérateur Roger Deakins (Blade Runner 2049, tous les films des frères Coen, Sicario, Wall-E). Il en résulte un film visuellement spectaculaire, où le plan-séquence crée une urgence : celle de filmer, de montrer, de faire ressentir aux spectateurs ce que les protagonistes vivent. On est toujours au plus près d’eux, et alors que la caméra tourne sans cesse autour d’eux, on alterne entre gros plans oppressants et plans d’ensemble assez impressionnants pour leur technique : les décors sont immenses et la lumière, bien que souvent naturelle, est très travaillée. On est soufflé par l’exercice de style …

A l’Ouest, rien de nouveau

Mais passé la forme, force est de constater que 1917 tourne un peu en rond, comme ces personnages évoluant dans cet espace que l’on a du mal à spatialiser. L’objectif du récit n’est qu’un prétexte pour forcer les personnages, et donc le spectateur, à avancer. Mais on aurait pu en apprendre plus sur leurs motivations : qu’est-ce qui relit Schofield à son frère ? Et quelles relations ont Schofield et Blake ? D’où viennent-ils ? Quel est leur passé ? Tant de questions qui n’offriront presque aucune réponse, échouant donc aux mêmes endroits que le Dunkerque de Nolan. Sans ces précieuses informations, il est compliqué de s’attacher aux personnages et leur sort, sans nous indifférer, nous émeut que peu.

1917 souhaite donc mettre l’accent sur son aspect expérimental, mais s’embourbe dans des partis pris parfois trop extrêmes. La musique, pourtant signée par l’excellent Thomas Newman est trop présente, trop mélodramatique. Elle n’est pas là pour renforcer le propos mais remplir les trous, nous dire quoi et comment le penser. Enfin, le film est rempli de caméos (courtes apparitions d’acteurs célèbres) souvent dispensables et apportant l’inverse de ce que souhaite le cinéaste : ils nous sortent de la narration, nous rappellent que nous ne sommes donc que des spectateurs d’un film un peu trop ambitieux.

Conclusion : on ne peut que féliciter Sam Mendes pour son parti pris expérimental de filmer son film de guerre en plan-séquence. Mais le résultat est bien trop imparfait, lourdé par son propos vide et son ambition. Venez pour l’expérience, mais conscient qu’il s’agit d’un film produit par Hollywood, au service de la sensation plus que de l’émotion.

1917
Un film de Sam Mendes
Durée : 2h33
Sortie le 15 janvier 2020

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