Coup de projecteur sur « Une lettre ne s’écrit pas » : Interview du réalisateur Guillaume Levil

Lors de son interview pour Silence Moteur Action, Alix Bénézech nous a parlé d’un film dans lequel elle allait apparaître : Une lettre ne s’écrit pas. La rédaction a tenu à visionner le long-métrage et à rencontrer le réalisateur. Découvrez sans plus tarder de quoi il s’agit avec l’interview exclusive de Guillaume Levil.

Une lettre ne s’écrit pas

Long-métrage de Guillaume Levil, l’histoire de Une lettre ne s’écrit pas se dévoile ainsi : « Julien et Nina établissent un pacte avec l’univers : il doivent profiter de la vie, quel qu’en soit le prix. Cette décision les mènera-t-elle au bonheur, ou au contraire à leur disparition ? » Pourtant à regarder les images passionnantes de ce film faisant l’aller-retour entre Paris et le sud de la France, on y découvre des personnages torturés et attachants laissant exprimer une sensibilité étonnante et sincère. Nous suivons essentiellement le portrait de Julien, joué par Stefen Eynius, amoureux rêveur à la personnalité complexe et réalisateur qui tente d’analyser le monde à travers sa caméra…

Affiche de "Une Lettre n s'écrit pas" /@Guillaume Levil
Affiche de « Une Lettre n s’écrit pas » /@Guillaume Levil

Avec des sujets graves et sérieux, le film met en lumière une ambiance presque onirique où musiques lancinantes et silences évocateurs de sens s’accordent sur des images magnifiques. Le montage est sublime et sert une histoire fabuleuse. D’ailleurs, le film vient de remporter le prix du meilleur scénario et meilleur montage au Peloponnesian Festival de Grèce et a été sélectionné aux USA, à Chypre… Un beau parcours déjà qui a le mérite de souligner le talent de Guillaume Levil, son réalisateur. La date n’est pas encore arrêtée mais le film sortira dans quelques salles en France, fin avril. Découvrez dès maintenant la bande-annonce :

Interview de Guillaume Levil, réalisateur de « une lettre ne s’écrit pas »

Silence Moteur Action :  Le cinéma français semble être en difficulté depuis 2 ans au moins. Mais votre film nous prouve qu’il y a encore de belles histoires à raconter. Qu’en pensez vous ?

Guillaume Levil : Le cinéma français en difficulté ? Je ne sais pas trop, c’est plutôt le monde qui est en difficulté, et au milieu de tout ça je pense qu’on ne s’en sort pas trop mal, grâce à des infrastructures méritantes et des gens passionnés. On peut toujours se plaindre mais franchement je ne changerais pas de pays pour voir si c’est plus facile ailleurs. Après, concernant les belles histoires : essayons de croire qu’il y aura toujours de belles histoires à raconter, plus ou moins maladroitement, plus ou moins sereinement. Je pense que le cinéma français est un cinéma puissant, avec ses qualités et ses défauts, que ce soit au sein des institutions liées aux financements ou ailleurs. Et tout ce beau monde est capable de produire des petits miracles de sensibilité ou de belles bouses – et peut-être que mon film fait partie de la grande famille des bouses, ça je n’en sais rien, il faudra que j’y réfléchisse. En tout cas c’est gentil d’avoir supposé que « Une lettre ne s’écrit pas » est une belle histoire – j’y réfléchirai également.

A propos du film, on retrouve une sensibilité déroutante et un style proche des œuvres de Marcel Pagnol (surement grâce à des images de Provence !); est-ce votre style perso ou une volonté d’exprimer vos sources d’inspiration ?

G.L : Je suis né en Provence et un de mes premiers chocs de cinéma a été « La Femme du boulanger » de Pagnol. Certaines personnes ont essayé de me blesser dans mon travail en m’accusant d’être trop proche du cinéma de Pagnol et ne rien inventer. D’une part je suis convaincu que personne n’invente rien, car on grandit de ce qu’on a ingurgité par le corps ou l’esprit, et d’autre part, si l’on m’accuse de m’approcher de Pagnol, c’est le plus beau compliment du monde ! J’aime sa manière simple de voir la société, ses personnages attendrissant et parfois mal joués – comme dans la vie – j’aime sa sensibilité intrinsèque et ses histoires si proches de l’Homme. J’ai commencé à réaliser des courts-métrages (effarants) dès la 6ème et j’ai fait avec ce que j’avais sous la main : des gens de mon âge, des moutons pas loin, et des vieux sur les bancs… Aujourd’hui, j’ai le choix, et je ne trouve rien de plus vrai que cette Provence capable de toutes les finesses sur un banc ou dans un champ. J’ai déjà réalisé des courts-métrages en ville, j’ai beaucoup apprécié ces expériences, mais mon besoin de décrire la campagne resurgit quoi qu’il advienne, dirait-on.

Voir votre film déjà récompensé et sélectionné dans divers festivals, c’est la récompense ultime ou il y a autre chose ?

 G.L : Non, on s’en fout des prix. Enfin, non, ne faisons pas l’homme détaché alors que nos égos gouvernent tout : ça fait du bien de savoir que certaines personnes apprécient le film et même qu’ils sont capable de décerner des prix… Mais ce bonheur ne provient pas de la petite médaille que l’on pourrait afficher sur un coin de chemise, non, ce bonheur provient du fait que juste après notre propre personne égoïste, nous faisons des films pour les autres. Alors c’est très rassurant de savoir que quelque part, quelqu’un a aimé le film. J’irais même plus loin : si quelque part, une seule personne aime le film, c’est qu’on ne l’a pas fait pour rien. Attention, « Une lettre ne s’écrit pas » ne sera pas le film le plus vu du siècle (ni même de l’année ni du jour), mais, ma foi, si une personne, allez, soyons fou, si dix personnes ont apprécié le travail et les émotions qui en découlent, alors finalement le film, en plus d’avoir le mérite d’exister, a le mérite d’avoir servi à quelques hommes – et pour moi c’est cela la récompense suprême.

Une actrice au casting de votre film a retenu notre attention, c’est Alix Bénézech que l’on a déjà interviewée. Qu’est-ce que ça fait de travailler avec une actrice aussi talentueuse que prometteuse ?

 G.L : Concernant Alix cela va bien au delà des termes « talentueuse » ou « prometteuse », qui semblent être des évidences étant donné son début de carrière. Je n’aime pas être gentil avec les gens, surtout en interview mais bon là, Alix est une excellente comédienne, très professionnelle, et ça fait du bien parce qu’on sait que l’on peut compter dessus. Enfin je dis ça, mais si ça se trouve dans 3 ans je la détesterai, soit par jalousie, soit parce que les temps changent… Mais ça m’étonnerait, et la preuve, vous me parlez d’elle parce que j’imagine les séquences qu’elle habite dans « Une lettre ne s’écrit pas » sont des séquences qui marquent. D’ailleurs j’ai de nouveau travaillé avec elle sur un clip du groupe Nantares, et aussi sur le court-métrage « Un Tour de cheville » qui sera terminé bientôt , et si je me souviens bien nous faisons partie du même jury au festival Cinémator à Carros là-bas près de Nice, début mars. Donc elle vous a plu ? Allez, à moi aussi.

Avec-vous des projets pour le film ou pour la suite de votre carrière ?

 G.L : Dans ce métier, des projets, on en a autant que de jours éveillés… Cela ne veut pas dire que tout va aboutir… Je travaille sur quelques courts-métrages très intéressants qui j’espère vont voir le jour, et j’ai deux projets de longs aussi. Mais ça prend du temps ! « Une lettre ne s’écrit pas » devrait sortir fin avril, avec des avant-premières en attendant. J’aimerais bien que quelques salles françaises choisissent de montrer le film parce que pour l’instant il a été surtout montré à l’étranger. D’ailleurs il vient d’être vu en festival au Mexique et la semaine prochaine il retourne aux États-Unis pour la troisième fois. Un film va au-delà de l’histoire, de l’argent ou de l’auteur : c’est juste un objet d’amour qui nous échappe – et même si jamais c’est faux, ça me fait du bien d’y penser.
Guillaume Levil /@Guillaume Levil
Guillaume Levil /@Guillaume Levil

http://www.unelettrenesecritpas.fr/

Propos recueillis par Ludovic Abraham

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