[Rétrospective Derrière les barreaux] Le fascinant couloir de la mort

« Un dernier mot ? ». De nombreuses fois le cinéma a porté la peine de mort à l’écran. La Ligne Verte est un des films plus populaires, de par sa qualité et par l’émotion qu’il cultive sur le spectateur. Mais la manière de traiter les derniers instants dans le couloir de la mort est variée dans le septième art. Certaines réalisations l’utilisent comme « prétexte » à l’enquête policière tandis que d’autres se placent sur le curseur de l’émotion. Pour la rétrospective « Derrière les barreaux », revenons sur la capacité du cinéma à pouvoir fasciner le spectateur sur le thème de la peine de mort. Cet article se concentrera sur les films dont le sujet principal gravite autour de la peine capitale. Les films comme Dancer in the Dark, dans lesquels la peine de mort survient à un moment de l’intrigue, ne seront pas abordés puisque la condamnation s’y impose comme un élément scénaristique dans un tout plus complexe.

Qui est-il, l’homme qu’on va tuer ?

Tout d’abord, si le sujet est autant traité sur grand écran, c’est qu’un homme dans le couloir de la mort est on ne peut plus proche de l’expérience de mort. Or cette dernière, depuis toujours, attise des curiosités qui jamais n’ont été assouvies. Si, scientifiquement, aucune preuve de ce qu’il y a après la mort n’a été apportée, le cinéma permet de suivre les derniers instants d’une vie qui va passer « de l’autre côté », chose que les médias ne peuvent pas faire puisqu’ils sont limités à certains aspects pratiques et législatifs. Mais surtout, les réalisateurs ont la possibilité de rentrer dans l’intimité même du condamné et peuvent diffuser sans filtre ses pensées les plus personnelles. Le spectateur le regarde quasiment comme un objet d’expérimentation, d’étude.

Un prisonnier dans le couloir de la mort apparaît comme une représentation de l’Homme conscient qui va connaître la mort. Il est un exemple rare à observer. « Que ressent-il ? », « Va-t-il craquer ? », « Est-il effrayé ? Ou est-il totalement serein ? », « Devient-il de plus en plus nerveux ? » sont autant de questions auxquelles un film peut répondre, ou juste déclencher sur un public. A chaque fait et geste, difficile de ne pas penser « C’est sa dernière douche », « C’est la dernière fois qu’il voit ce gardien/son voisin de cellule/sa famille ». Le fameux dernier repas accordé à tous les condamnés à mort, dernière occasion pour le prisonnier de voir ses envies être rassasiées, est d’ailleurs représenté dans une majorité des films traitant de la peine de mort. De par l’importance moindre de ce qu’il représente pour le condamné, il alourdit davantage le côté tragique pour le spectateur. Pour les cinéastes, cette notion « d’ultime » peut être utilisée à plusieurs desseins, et ce, quel que soit le moment où elle s’impose dans le film. Mais elle est souvent utilisée pour humaniser un être perçu comme un monstre par l’opinion publique, que le spectateur sache son innocence, qu’il connaisse sa culpabilité ou qu’il n’ait pas de réponse sur la vérité. La fascination du public pour les réalisations sur la peine de mort se place également dans l’impression de culpabilité ressenti au moment où de la compassion avec le condamné se crée.

Compatir avec l’ennemi

L’intérêt même d’un film sur la peine de mort est d’étudier la part d’humanité en chaque personne, y compris ceux jugés comme étant mauvais par et pour la société, tâche que la plupart des réalisateurs effectuent avec plus ou moins de froideur (Into The Abyss de Werner Herzog vs Apprentice de Boo Junfeng) lorsqu’ils traitent ce sujet. Les cinéastes s’attellent alors à filmer les états d’âme du condamné, comme le fait Tim Robbins avec son personnage nommé Matthew Poncelet dans La Dernière Marche (1995). Celui-ci, jugé coupable et qui s’est avoué coupable, entre autres, du viol suivi d’un meurtre d’une jeune femme, demande à se faire accompagner jusqu’à sa mort par une bonne sœur. A elle, cet homme plus fier qu’un coq confesse ses appréhensions. Il panique lorsqu’elle n’est pas disponible pour un rendez-vous au parloir. Il stresse un peu plus chaque minute qui passe. Elle est son journal intime. Dans le documentaire La peur du 13 (David Sington – 2015), le condamné à mort Nick Yarris raconte à propos d’une femme abolitionniste qui lui rendait visite : « dans cette pièce qui fait moins de deux mètres carrés, elle entrait et s’essayait avec son carnet et on discutait. Les yeux de la personne à laquelle vous vous livrez vous apprend tant de chose sur vous-même. Ils vous montrent de loin ce qu’aucun miroir ne peut vous montrer ». De la même façon, Matthew Poncelet de La Dernière Marche donne l’impression d’apprendre à se connaître pour mieux se rependre. Le spectateur doute alors : comment peut-on avoir envie de rassurer cet homme, lui qui a violé et tué ?

Cette même sensation peut évidemment aussi envahir le spectateur s’il connait l’innocence de l’accusé, comme c’est le cas, par exemple, dans Jugé Coupable (1999) de Clint Eastwood. Ces deux films prennent des angles tout à fait différents mais le traitement des émotions du prisonnier est très proche. Nous remarquerons que, régulièrement, le condamné est lié à une personne externe à la prison. Qu’il s’agisse d’un journaliste/enquêteur souhaitant rétablir la vérité comme dans La Vie de David Gale (Alan Parker – 2003), d’un membre de la famille ou d’un individu accordé par la législation à accompagner le détenu (la religieuse dans La dernière marche) ou encore un parfait inconnu (la fille du commissaire dans Dead Man Talking – dont le titre est une référence directe à Dead Man Walking, le titre original de La Dernière Marche – qui s’éprend du condamné qu’elle croise par hasard en allant parler à son père), ces personnages sont des prétextes pour donner au prisonnier une seconde chance vis-à-vis du spectateur et ainsi ne pas être observé uniquement comme un tueur. Ce lien apporte également aux réalisateurs la possibilité d’amener de l’émotion au public en séparant par la mort, deux personnages qui ont lutté ensemble jusqu’au bout.

Le spectateur est un peu trop curieux

Dans un dernier temps, si la peine de mort fascine autant les spectateurs sur grand écran, c’est que le cinéma permet de montrer son aspect « technique ». En France, difficile de trouver des images d’exécution autrement que par les films. Et heureusement ! D’ailleurs, les films sur le sujet sont supportables (même si beaucoup appellent à la tristesse) parce que le cinéma, par sa définition même, met une barrière qui rappelle au public qu’il n’est pas confronté à de « vraies » images. Toujours plein de curiosité pour ce qu’il n’a pas l’habitude de voir, le spectateur va donc, à travers ses films, finir par s’interroger sur les méthodes utilisées (injection létale, chaise électrique, guillotine…) et va les observer au moment fatidique. Comment fonctionne l’appareil, mais aussi qui l’active ? La figure du bourreau, de celui qui active le bouton, est également un élément souvent appuyé par la caméra. Maints gros plans sur les mains de ceux qui enclenchent le mécanisme synonyme de fin de vie, sur leur visage froid, neutre, parfois triste. « Quel type de personnes est capable d’être celui qui enclenche mécaniquement la mort ? ». Les films permettent de répondre à des interrogations sur ces figures inhabituelles.

La peine capitale plait au cinéma. Lui, sait la capter. Pour la caméra, elle est un sujet difficile à filmer puisqu’il s’agit de représenter sur grand écran l’intime et les émotions d’un Homme, enfermé, dans la dernière phase de sa vie. La mort au cinéma peut être très esthétique. Mourir dans une prison l’est beaucoup moins et les réalisateurs doivent faire preuve d’imagination pour traiter ce thème aussi épineux qu’intriguant. La curiosité du spectateur se place alors comme le moteur autour duquel les cinéastes vont composer.


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