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[Cannes 2017] Samedi 27 mai : hallucinations

Tous les jours à 9h, Silence Moteur Action vous fait son résumé de la journée écoulée du 70ème Festival de Cannes. Accrédités presse, nous vous livrerons notre version de ce qui a fait la journée.

Nous avions commencé il y a 10 jours ce journal de bord en parlant de fantômes hantant la Croisette. Aujourd’hui, on termine le festival en vous parlant d’hallucinations. Des hallucinations dues au soleil, probablement, qui tape très fort sur Cannes mais aussi sur les quelques films présentés aujourd’hui.

Inachevé

You were never really there. Dès son titre, le tout dernier film présenté en compétition officielle donne le ton ; on y cause de gens qui n’ont jamais été à leur place. Plus concrètement, le film de Lynne Ramsay suit Joe, une sorte de tueur à gage, qui après avoir secouru une enfant se retrouve en plein milieu d’une traque. Le film, dont la durée devait être de 1h35, dure finalement 1h20 ! Un temps très court qui permet à la cinéaste d’aller droit au but tout en se permettant quelques folies. Quasiment unique acteur du film, Joaquin Phoenix incarne avec brio ce personnage torturé, dur et peu expressif. Avec sa grande barbe, ses cheveux blancs et sa forte corpulence, le personnage s’inscrit comme l’un de ces jolis loosers d’une Amérique qui dépérit. Car le film ne présente pas avec optimisme New-York, qu’il filme plutôt comme elle est : sale, violente et agitée.

Le film brille notamment par son montage, qui rappelle dans son énervement et sa vivacité celui de Nocturnal Animals. Dans sa manière d’associer des scènes n’ayant rien à voir entre elles, ce montage parallèle est saisissant bien que puissamment aidé par un mixage son exceptionnel. S’il existe un rythme en musique, il existe un rythme en image et plus précisément en montage : combien de temps doit durer un plan ? Quand et où faut-il couper ? Tant de questions que le film se pose et auxquelles il répond avec force. Le film est techniquement et visuellement spectaculaire. On regrettera cependant qu’avec tous ces efforts sur la forme, le fond ne suive pas. L’heure vingt du film aurait dû nous alarmer ; on est forcé de constater qu’il manque quelque chose dans le récit, dans le scénario. Et c’est donc cette sensation d’inachevé qui nous poursuit en sortant de la salle… Si bête tant le film avait en lui la capacité d’être spectaculaire.

Une histoire vraie

Après les polémiques autour de l’affaire Netflix (nous vous en parlions ici), le Festival de Cannes a préféré prendre des précautions en ne sélectionnant pas le film de Polanski en compétition. Il faut dire que son éviction de la présidence des César avait fait grand bruit. Ainsi donc se retrouve hors compétition D’après une histoire vraie, avec Emmanuelle Seigner et Eva Green. Le film, basé sur le livre homonyme, suit une romancière extrêmement populaire qui, alors qu’elle subit le syndrome de la page blanche, rencontre une jeune femme aux motivations mystérieuses, une sorte de miroir d’elle-même. On retrouve dans ce film la patte cynique de Polanski, l’amoureux du mauvais goût et du thriller. Là encore, l’ambiance est pesante, et on se met à douter de ce que l’on voit. Hallucinations ou réalité ? Dans son propos mais aussi dans sa mise en scène, D’après une histoire vraie se rapproche de Ghost Writer. Là aussi, le frisson nous achève.

Avec Alexandre Desplats à la musique et Olivier Assayas au scénario, Polanski a tout ce qu’il lui faut pour livrer une grande œuvre. Et c’est le cas. Si le film a énormément divisé (la moitié du public a adoré, l’autre a détesté) c’est à cause/grâce à  ses niveaux de lecture : si on le prend au premier degré, le cynisme permanent, le jeu déstabilisant d’Eva Green ou la mise en scène fait rire. Mais si on y voit un film sur l’art dont le procédé méta permet d’identifier le spectateur au personnage d’Emmanuelle Seigner, alors c’est totalement différent. On y voit une grande œuvre, réglée au papier millimétré, extrêmement bien jouée. Chez nous, on penche plus pour ce ressenti là et on regrette son absence de la compétition.

Aujourd’hui samedi étaient donc présentés les derniers films. Demain sera le temps de faire le compte rendu des comptes rendus, et de rattraper les films de la compétition loupés. Pour nous, ça sera Jupiter’s Moon, tandis que le seul autre film de la compétition que l’on a manqué, L’Amant Double, est d’ores et déjà en salles partout en France. Enfin, ça sera à 19h15 le moment de suivre la cérémonie de clôture (en dehors du Grand Théâtre Lumière pour nous, hélas) puis, à 20h30, de foncer à la conférence de presse des jurys ! Rendez-vous demain pour le dernier journal de bord ! 


Vous avez raté notre compte-rendu de la veille ?

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