[Critique] Call Me By Your Name : chronique d’un amour

Nommé dans 4 prestigieuses catégories aux Oscars – dont Meilleur Film et Meilleur Acteur – Call Me By Your Name est précédé de son retentissement outre-Atlantique dithyrambique. La co-production minoritaire française mérite-t-elle cette avalanche de bonnes critiques ? 

Italie, 1983. C’est l’été et l’occasion pour Elio, 17 ans, de se découvrir alors qu’il flâne dans la villa de ses parents. Lorsque Oliver, un Américain un peu plus âgé que lui, débarque, les deux jeunes hommes vont commencer inconsciemment à se tourner autour avant de succomber à ce premier amour.

Une ambiance Antonionienne 

Si le cinéaste Luca Guadagnino adapte ici le roman éponyme d’André Aciman, il s’inspire tout autant d’un certain cinéma du passé. Non pas un cinéma dépassé, mais un cinéma appartenant à l’Histoire avec un grand H, à un cinéma aujourd’hui disparu. Car à travers Call Me By Your Name, Guadagnino réinvestit les ruines du Nouveau Réalisme, courant cinématographique italien des années 50, précurseur de la Nouvelle Vague puis du Nouvel Hollywood. Plus précisément, comment ne pas penser à Antonioni quand Guadagnino filme la haute bourgeoisie franco-italienne passant ses vacances dans une villa de l’Italie du Nord ? Comment ne pas évoquer l’Avventura quand on découvre Elio dans sa lassitude et le plaisir de son cinéaste à filmer l’ennui, ou bien La Notte dans ces folles soirées dansantes où l’énergie et la torpeur se mélangent ?

Loin de ne rappeler que le meilleur du cinéma italien, Call Me By Your Name tente également une allégorie avec les mythes grecs : le metteur en scène filme ses acteurs tels des sculptures magnifiques, comme si ses protagonistes étaient des héros ou des dieux antiques. C’est un parti osé qui marque par son ambition démesurée mais qui peut en laisser nombre d’entre nous sur le carreau.

Doux et amer

Il reste bien sûr son sujet. Avant d’être une métaphore de la Grèce Antique, et tout en restant intemporel, Call Me By Your Name est ancré dans cet été de 1983 durant lequel se déroule le récit. À savoir l’histoire d’un premier amour, dévastateur, qui emporte tout dans son passage. En cela, le film réussit à filmer avec grâce les sentiments que ressentent les deux personnages, les non-dits ou les dits qui veulent dire leur contraire. Dans son épilogue, le film réussit même à magnifier le chagrin et la tristesse.

La mise en scène mettant en avant ses personnages, et le rythme très lent du film (Guadagnino filme le temps qui passe, inexorablement), le film repose intégralement sur ses acteurs. Une chance, car ceux-ci sont immenses, qu’il s’agisse de Timothée Chalamet, une révélation, ou d’Armie Hammer qui prouve son talent couteau-suisse, autant capable de briller dans des blockbusters (Lone Ranger, Agents très spéciaux, Blanche Neige) que des films d’auteurs (Social Network, Nocturnal Animals). On croit à leur connexion, de par la force de leur regard, leur déplacements ou leur manière de se mouvoir. De grands acteurs qui balayent les erreurs d’une mise en scène un peu trop m’as-tu-vu et nous entraînent dans un tourbillon d’émotions.

Conclusion : Call Me By Your Name est un retour aux sources. Un retour à un cinéma d’antan, calme et lent. Un retour aux fondements de chacun, notre premier amour. Si le récit et les acteurs donnent vie au film, Guadagnino le filme (à l’instar de ses statues grecques) comme une nature morte. Imparfait mais touchant.


Call Me By Your Name
Un film de Luca Guadagnino
Sortie le 28 février 2018


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