Broadchurch saison 2 : Vers une saison 3 ?

Si la saison 2 a connu quelques baisses de régime (notamment pour les épisodes 3 et 4), Broadchurch a su démontrer, encore une fois, qu’en terme de drame humain, la série plaçait la barre haut, très haut. Retour sur une saison aux allures de reboot qui ne sera peut-être pas la dernière (et ce, sans spoilers majeurs).

Nouvelle direction et double narration

L’épisode 1 nous avait laissé plutôt confiants quant à la qualité de cette saison 2. Nous étions préparés à compatir et à souffrir avec les protagonistes. L’aspect policier s’effaçait alors au profit d’une plongée dans les méandres de la justice, plus exactement des avocats et de la politique du « tous les coups sont permis » (même si cela brise une famille, une vie). Joe Miller promettait de faire éclater les secrets des habitants de Broadchurch. Et nous savions qu’ils étaient nombreux. Le procès voyait s’affronter deux avocates de génie et personne n’en sortait indemne : le père de Danny, Nigel et même Ellie (stupéfiante Olivia Colman). Même les téléspectateurs dont les certitudes sont constamment remises en question. Les failles de l’enquête nous apparaissent béantes et même si la culpabilité de Joe est acquise, le verdict est beaucoup moins clair. 

Pourtant, Broadchurch nous surprend encore en adoptant une double narration. Tandis que les habitants de la ville côtière tentent de supporter la pression du procès, Alec Hardy et Ellie Miller s’intéressent à la dernière enquête du premier. Le cas qui lui a donné une si mauvaise réputation : Sandbrook. C’est sans doute la relation qui a le plus avancé depuis la saison dernière.  Le duo d’enquêteurs fait des étincelles. Leur complémentarité et leur complicité (qui l’aurait cru ?) apportent à la fois le point de repère et l’humour nécessaires aux téléspectateurs pour suivre les multiples péripéties du récit. Il n’est plus ici question de trouver un meurtrier mais de prouver les soupçons d’Alec, de résoudre un cas dont tous les éléments sont déjà connus.
Les deux histoires s’entrechoquent constamment dans leurs parallèles et leurs différences sans pour autant réussir à cohabiter. C’est, certes, une structure qui se veut intelligente mais qui casse la dynamique de la série. Les meilleurs épisodes de la saison voient une histoire prendre le dessus sur l’autre pour faire, enfin, du Broadchurch (sous-entendu : coeurs brisés, retournements de situation et nature humaine dans son pire aspect).

L’avantage de cette double narration, c’est le fait d’avoir deux méchants : d’un côté Joe Miller (Matthew Gravelle), dont la culpabilité est certaine et de l’autre Lee Ashworth (James d’Arcy, Edwin Jarvis dans la série Agent Carter), au charisme puissant qui clame son innocence. Deux facettes du « coupable idéal ». Deux personnalités troubles. Deux manières de gérer le stress et le remord (ou l’absence de, en l’occurrence). Et deux raisons, de plus s’il en fallait, de se méfier de tous les personnages présents dans cette saison. N’importe qui peut basculer de l’autre côté de la barrière et certains personnages en ont fait les frais durant les épisodes.

Nouveaux personnages : le sang neuf nécessaire ?

Broadchurch voit sa population augmenter dans cette saison 2. Ne pouvant pas vraiment compter sur un changement de décor pour relancer l’intrigue, de nouveaux personnages posent leurs bagages (ou sortent de leur hibernation) dans la ville de carte postale. Ainsi, les téléspectateurs font la connaissance de personnages utiles à la résolution du procès (les avocats) et ceux nécessaires à la conclusion de l’enquête de Sandbrook (la famille, les principaux suspects).

À la manière du traitement des journalistes dans la saison 1, Chris Chipnall, le créateur de la série, brosse un portrait peu flatteur des avocats et notamment de la partie de la défense. Prêts à tout, vivants dans leur monde et agissant uniquement pour leur prestige personnel, ils sont le reflet d’un système judiciaire contournant et manipulable. Incarnée avec brio par Marianne Jean-Baptiste, Sharon Bishop, l’avocate de Joe Miller, est incisive et arrogante. Douée sans aucun doute mais également sans scrupules. Si l’on tente de nous la rendre sympathique en nous fournissant une backstory « émouvante », difficile de ressentir de la sympathie ou même de se sentir concerné par ses histoires personnelles. Au contraire, l’avocate de la partie civile, la merveilleuse Charlotte Rampling, paraît plus humaine et on s’attache plus à son histoire personnelle (bien que certains pendants tirent un petit trop sur la corde sensible). La confrontation des deux offre un moment fort de la saison.

Pour conserver un minimum de suspense quant à l’intrigue de cette saison (parce que regarder Broadchurch sans avoir un minimum de surprises, ce n’est pas Broadchurch), nous ne pouvons pas nous attarder sur les protagonistes de l’affaire Sandbrook. Si ce n’est que le conseil de ne faire confiance à personne s’applique d’autant plus… Ce traitement plus en profondeur de cette enquête permet de recentrer l’action autour du personnage de Hardy. C’est pour lui, afin qu’il puisse aller de l’avant, pour qu’il puisse vivre au lieu de survivre au jour le jour, pilule après pilule que cette réouverture existe. C’est l’occasion de lui donner les racines qu’on avait entrevues dans la saison 1. L’occasion de présenter aux téléspectateurs sa famille (sa fille, sa femme) mais également de présenter le Hardy d’avant. Celui qui était rasé de près. On assiste à une montée en puissance du personnage alors qu’il parvient à surmonter ses démons. Cela est souligné par sa relation avec Miller : il laisse entrer sa collègue dans sa vie et se montre d’une honnêteté à toute épreuve avec elle. Encore une fois, le duo Coleman/Tennant est magistral.  

Des enjeux résolus (ou pas)

La question de la rédemption est au centre de cette saison 2. Joe aspire-t-il à se faire pardonner ses fautes ? Est-il repentant ou cherche-t-il simplement à se défausser de ses responsabilités ? Mark Latimer saura-t-il apprendre des erreurs qu’il a commises avec Danny pour le bien du nouvel enfant de la famille ? Ellie se pardonnera-t-elle de n’avoir rien vu venir ? Chaque personnage est à la recherche d’un moyen de dépasser cette crise, d’un moyen de faire (de trouver ?) la paix et de continuer à avancer, même si cela est dur. Même les personnages attachés à Sandbrook cherchent à vivre avec leurs mensonges jusqu’à ce que cela devienne trop pour eux. C’est un travail sur la durée que symbolise parfaitement le personnage de Beth (Jodie Whittaker). D’abord furieuse envers l’humanité toute entière, elle en vient à penser à bâtir quelque chose de positif, à la mémoire de son fils perdu. Les dernières scènes de la saison montrent le chemin parcouru et apportent une note positive bienvenue dans la noirceur de Broadchurch. Il est également question d’humanité pour les avocats de la défense, pour les enquêteurs et même pour les coupables. Là encore, Beth apporte une réponse qui convient.  Tout comme la saison 1, cette 2e saison apporte une réponse satisfaisante (dans les critères de la série) à toutes les intrigues et se permet même quelque chose qui ressemble vraiment à un happy end. 

Et maintenant ? Il ne nous reste plus qu’à attendre la saison 3 ! En effet, alors que depuis plusieurs semaines, l’équipe de production de Broadchurch et ITV démentaient toute commande d’une saison suivante,  la voix off de fin d’épisode nous annonçait l’inverse. La rumeur veut que le scénariste Chris Chipnall ait prévu son histoire en 3 actes, la saison 3 serait donc la dernière et ultime saison. Après l’enquête et le procès, on peut s’interroger sur ce qui attend les habitants de Broadchurch : l’installation de la paranoïa, le moment où il faut vraiment passer à autre chose ? Ce qui est sûr, c’est qu’ici à Silence Moteur Action, on attend la suite de pied ferme. 

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