[Critique] Brimstone : un western crépusculaire

Raconter l’Amérique du 19ème siècle du point de vue d’une femme, telle était l’ambition de Martin Koolhoven. Le cinéaste néerlandais signe donc avec Brimstone un western féministe, puissamment mis en scène et interprété. Un grand film qui embrasse avec justesse les questions de religion, de justice et de violence dans une Amérique en quête de sens.

En quatre actes, le film pose son ambition : retracer la vie de Liz (Dakota Fanning), traquée à travers tous les États-Unis par un homme d’Église (Guy Pearce). De son enfance à l’âge adulte, à travers le parcours alambiqué de cette femme se dessinera le portrait d’un pays ravagé, cherchant une réponse à son existence (le Nouveau Continent lavé des pêchés de l’Europe).

Un grand récit 

Dès son scénario, Brimstone se présente comme un grand western, dans la lignée des pontes du genre. Si le sous-texte du film tient à décrire la société américaine, son intrigue principale – vécue à travers les yeux de Liz – marque par sa puissance : en plus de deux heures, le film nous embarque tantôt dans un western violent, un survival flirtant avec l’horreur, une romance lesbienne ou encore un huis clos extrêmement dialogué. Il faut dire qu’en se chapitrant en quatre actes, suivant quatre moments de la vie de son personnage, le film peut se permettre ces excentricités.

Cependant, à aucun moment cette multitude de genres ne devient indigeste : au contraire, cette superposition de styles vient renforcer le propos et caractériser mieux que jamais les personnages. Purement et complètement maniériste, Martin Koolhoven semble avoir digéré toutes les références dont il s’inspire et en livre une synthèse magistrale. De Paul Thomas Anderson  (There will be Blood dans la vision des USA et dans l’interprétation de Guy Pearce) à Quentin Tarantino ou les frères Coen (l’aspect sadique, l’humour noir des situations et les dialogues théâtralement percutants), jusqu’à du Leone (l’individualité des personnages, l’aridité des paysages américains) voire Park Chan-Wook (la violence et les relations entre les personnages), Brimstone mixe toutes ces références et s’en affranchit, de sorte à être un grand morceau de cinéma.

Un discours moderne

Si Brimstone est avant tout une expérience de cinéma (on est véritablement happé par son récit, par ses nœuds de scénarios, ses twists, ses problématiques), il n’en reste pas moins un film aux messages évocateurs et complètement modernes. En choisissant de filmer le 19ème siècle – et donc la construction de l’Amérique – à travers les yeux d’une femme, le film réhabilite une vérité bien trop peu vue au cinéma. Là où Jane got a gun, qui s’essayait déjà au western féministe l’année dernière, échouait totalement en ne se concentrant que sur la vengeance de son personnage, Brimstone réussit en peignant un tableau réaliste et honnête.

En filmant la violence frontalement, dans son atrocité et sa dureté, Koolhoven signe un pacte avec le spectateur : ce n’est pas un western purement esthétique mais aussi réhabilitant une certaine vérité historique. Dès lors, en faisant errer ses personnages dans cet univers, la sensation que tout peut arriver saisit véritablement. La grandeur du film passe aussi par sa mise en scène, extrêmement soignée : le cinéaste filme avec une certaine tristesse les paysages américains, tout autant qu’il enferme ses personnages dans le cadre, les séparant du monde qui les entoure. De Dakota Fanning à Guy Pearce, de Kit Harington à Carice van Houten ou Emilia Jones, chaque performance marque par son authenticité, sa justesse par rapport à son personnage et contribue à marquer au fer rouge le spectateur.

Conclusion: C’est par les yeux d’un cinéaste néerlandais que l’Amérique renaît. Brimstone est un western crépusculaire et sans concession, puissamment mis en scène et interprété. Un très grand film et une oeuvre virtuose. Poignant !

Brimstone
Un film de Martin Koolhoven
Sortie le 22 mars 2017

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