Boardwalk Empire saison 5 : Le Début de la Fin

Boardwalk Empire, la série néo-noire de HBO qui explore l’univers sombre de la Prohibition durant les années 20 s’achève d’en sept épisodes à peine. Entre calculs politiques, petits arrangements entre « amis » et cadavres à la pelle, la série de Terence Winter (The Sopranos) touche à sa fin, et il n’est pas dit qu’elle soit heureuse pour nos mafieux d’Atlantic City. Le compte à rebours est lancé.

Du grand HBO

HBO, habituée des séries atypiques et inspirées, nous proposait en 2010, Boardwalk Empire (accompagné d’une campagne de promotion originale) une mini-série de douze épisodes nous plongeant dans le monde inquiétant des mafieux, des trafiquants, des politiques véreux d’Atlantic City. Enrichis par l’interdiction du commerce et de la consommation d’alcool, ceux-ci ne reculent devant rien pour accroître leur business et étendre leur influence en multipliant les pots de vin et les meurtres. La rareté et l’interdiction ont créée un phénomène de demande sans précédent, l’alcool coule a flot et tout le monde est bien décidé à en profiter. Évidemment ces marchés houleux ont un coup, notamment humain, la série nous mène d’intimidations aux meurtres, nous montrant une société peu sûre et empreinte de noirceur. La série n’hésite d’ailleurs pas à présenter des réflexions sur de nombreux sujets plus ou moins tabous mêlant ainsi racisme, violence conjugal, adultère, inceste, homosexualité, avortement, pauvreté, réussite sociale, alcoolisme… Projet de Terence Winter, basé sur l’œuvre de Nelson Johnson Boardwalk Empire : The Birth, High Times, and Corruption of Atlantic City s’appuie sur une réalisation sûre et soignée avec un pilot réalisé par Martin Scorsese lui-même et porté par un casting quatre étoiles mêlant acteurs confirmés et visages que vous allez voir partout. Parmi eux on citera notamment Steve Buscemi (The Sopranos, Big Fish, The Island), Michael Pitt (Hannibal, Delirious), Kelly McDonald (Gosford Park, Trainspotting, Anna Karenine) , Shea Whigham (The Wolf of Wall Street, True Detective), Michael Shannon, Jack Huston, Paz de la Huerta, Billy Magnussen, Vincent Piazza, Michael Kenneth Williams, Gretchen Mol, Charlie Cox, Heather Lind, Stephen Graham, Jeffrey Wright… Fresque complète qui met en scène la misère galopante qui ronge les États-Unis de la fin de la première guerre mondiale à la déconfiture des années qui suivirent le crack boursier de 1929, Boardwalk Empire est une petite merveille de réalisation, d’ambiance et de cynisme. Son générique soigné et travaillé témoigne de cet univers.

Une série usée

Boardwalk Empire entame déjà sa cinquième année et force est de constater que la série accuse le coup. Les audiences sont régulièrement en baisse, passant même en dessous de la barre des deux millions à plusieurs reprise la saison dernière. Il est vrai que la concurrence est de plus en plus rude avec le flot de nouveautés que les petites et grandes chaînes proposent, notamment le dimanche soir, mais soyons honnête il était temps, non ? Si la qualité est toujours au rendez-vous, on regrette parfois que les rôles titres tombent comme des mouches. De Jimmy Darmody au Commodore, Owen Slater, Richard Harrow, Rothstein, Gyp Rosetti, Billie… (liste non exhaustive bien entendu), peu nombreux sont ceux qui s’en sortent. Attention pas de méprise, pas de sentimentalisme ici, chaque mort arrive à point et se justifie parfaitement. Oui mais voilà, Boardwalk Empire finit par ne plus tenir qu’à ces morts inattendues qui sont en vérité des plus évidentes. Aussi les saisons défilent et l’intrigue peine à se renouveler, un super vilain chasse l’autre, les petits poissons se font broyer, les poufs de Nucky finissent par toutes se ressembler et non pas la profondeur d’une Margaret Schroeder, personnage des plus ambivalents. Conséquence, Boardwalk Empire obtient une saison amputée de quatre épisodes pour tirer sa révérence. Après une troisième saison qui avait du mal à trouver sa respiration malgré un Bobby Cannavale impeccable, une quatrième pour laquelle je n’avais pas un grand enthousiasme, le fait que la saison soit réduite et qu’il y ait une véritable fin pour ce show qui ne manque pas qualité par ailleurs, suffit à me faire replonger. On peut néanmoins se demander si huit épisodes suffiront à conclure Boardwalk Empire et si celle-ci partira avec les honneurs ?

« Kingdoms rise. Kingdoms fall. »

Située en 1931, la dernière saison de Boardwalk Empire fait un bond de sept ans alors que la Grande Dépression frappe les États-Unis de plein fouet et que l’ère dangereuse mais prospère de la Prohibition vacille. Le Président Hoover, peu sûr de sa réélection et au prise avec une crise sans précédent, cherche de l’argent partout et sachant qu’environ 900 millions de dollars de taxes échappent à l’état par le seul commerce de l’alcool, il pourrait bien aller jusqu’à renoncer à l’amendement qui l’interdit. Ce qui ne serait évidemment pas sans conséquences pour le petit business de Nucky. Les destins se font et se défont en un clin d’œil dans le monde de la pègre, Chalky a tout perdu, Richard Harrow n’est plus, Johnny Torrio est renversé, Mickey Doyle n’est pas mort, Margaret doit à nouveau faire face à un mauvais coup du sort et on retrouve Nucky, à Cuba entre deux mojitos, sur le point de conclure un nouveau marché. Ce season premiere donne le ton, entre présent, qui montre un homme toujours mouillé jusqu’au cou dans le trafic d’alcool et de corruption, menacé plus que jamais et flashbacks du passé, qui assemble enfin le puzzle de la vie de Nucky, ce premier épisode est particulièrement intrigant. Boardwalk Empire remet tout à plat pour cette dernière saison, et nous dévoile la genèse de la prohibition et donc celle de Nucky Thompson, fils de pécheur pauvre devenu l’homme politique certes hypocrite mais influent d’une ville en mouvement, Atlantic City. Épisode qui donne un éclairage nouveau à la série, et notamment à la relation qui liaient Jimmy à Nucky, sorte d’ersatz de la relation qui se dessine entre le Commodore et lui-même. Sous l’influence du Commodore, véritable figure paternel, Nucky va se distinguer et sortir de la misère. Après l’apogée, la chute, avec cet accent de fin de règne, de nécrologie, Boardwalk Empire vise juste.

Conclusion

Boardwalk Empire veut réussir sa sortie et c’est vraiment ce qu’on lui souhaite. Forte des quatre saisons passées, ce premier épisode remet en perspective tout le parcours de Nucky et ceux d’autres personnages par ricochet. La série part sur de bonnes bases pour conclure la série en beauté. Rendez-vous le 26 octobre pour le grand final.

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