Blue Ruin, l’assassin malgré lui (critique sans spoilers) (ou presque)

Vengeance, affaires de famille et tas de ferraille

Crépuscule, visage pétrifié et silhouette tenant une arme, en regardant l’affiche de Blue Ruin on ne s’attend pas à passer la prochaine heure à se taper les cuisses. Le deuxième petit bébé de Jeremy Saulnier qui sort en salles ce 9 juillet s’émancipe par son genre dramatique et s’éloigne de la comédie Murder Party, le précédent long métrage du réalisateur. Finies les Halloween-party sur fond d’alcool et de stupéfiants, on ne garde que les meurtres prémédités pour ce petit bijou qui a remporté le prix FIPRESCI dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs lors du festival de Cannes de 2013.

Dwight, vagabond désabusé en marge d’une société de laquelle il a souhaité se retirer, apprend que l’assassin de ses parents a été libéré de prison. On comprend vite que dans la situation précaire dans laquelle il se trouve, celui-ci n’a plus grand-chose à perdre et que, foutu pour foutu, autant partir de ce monde en ayant vengé ses géniteurs. Conflit intérieur sur la bienséance et les codes de conduite rudimentaires mis de côté, on finit malgré nous par s’attacher au serial killer en herbe. Novice en matière d’armes, on aime à regarder Dwight évoluer au rythme de ses coups de feu. Les conventions écartées nous font entrer dans une nouvelle réalité où tout est permis, la vengeance en ligne de mire. Au fil du récit on découvre tel un puzzle, les pièces du passé de Dwight pour recomposer ce qui entrainera la suite d’évènements sanglants.

La famille Cleland prise pour cible qu’on se surprend à détester de tout notre soûl est bien loin des clichés de l’Amérique profonde et ses rednecks, et fait preuve d’une humanité, d’une authenticité désarmante qui nous donne presque envie que Dwight laisse tomber sa quête de vengeance pour un happy-ending à la sauce américaine.

 « -Vous avez fait du mal à Wade ? – Un peu »

Ponctué de traits d’humour qui s’harmonisent à ravir avec le ton du film, Blue Ruin développe néanmoins des thèmes lourds tels que le port d’armes, le patriarcat ainsi que les liens familiaux même si le règlement de compte à la dur reste la trame principale du film. Les intentions de Saulnier sont de mettre en lumière les représailles en dehors des autorités, sans pour autant en faire son apologie.

Sur une échelle de 1 au pantalon mouillé, on pourrait placer le niveau d’angoisse un peu au dessus de celui qu’on a eu en voyant Kevin faire face aux cambrioleurs dans Maman, j’ai raté l’avion et un peu moins que l’effroi constant devant L’exorciste. Mais ça, bien entendu, dépend de votre résistance à la pression, de votre rapport à la mort et à l’aisance devant une scène de boucherie.

En ressortant de la salle obscure, on se dit que finalement, le voisin un peu lourd qui fait des grillades à une heure du matin est pas si méchant. On relativise et on est plutôt content.

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