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[Bilan 2019] Films : la chute des blockbusters

Les blockbusters sont partout. Généralement produit par Hollywood, un blockbuster est un film qui bénéficie d’un budget conséquent et qui est appelé à un succès populaire et commercial. Pourtant, ces derniers temps, et notamment pendant l’année 2019, cette notion de “succès” est de plus en plus remise en question. Pourquoi les blockbusters sont-ils en train de sombrer et quel est l’avenir cinématographique du divertissement populaire ? 

Un état des lieux

Si l’on dresse un état des lieux économique, tout va bien. Disney, nouveau roi du divertissement populaire, a recueilli 13 milliards de dollars en 2019, 8 films cette année ont franchi le milliard au box office, bref, Hollywood se porte bien, l’argent coule à flots. 

Mais si on commence à regarder dans le détail, dans les entrailles de la production de cette année, on se rend vite compte que quelques blockbusters ont complètement fait un flop (le récent et déjà culte Cats de Tom Hooper par exemple), n’arrivant pas à rembourser leurs budgets, mais surtout, un nombre considérable de films se sont révélés très décevants, alors même qu’ils s’inscrivaient dans une logique de franchise. Car oui, c’est désormais un fait, le monde du cinéma grand spectacle est tenu par les franchises et les adaptations. Cette logique, reposant sur la nostalgie et la connaissance du produit par le spectateur, s’est imposée comme la plus lucrative. 

Mais voilà, ça ne suffit plus : Men in Black International, 250 millions au box-office pour 110 millions de budget, un résultat plus que timide pour une franchise normalement très lucrative (624 millions au box-office pour Men in Black 3 par exemple). X-Men : Dark Phoenix, 252 millions au box-office pour un budget de 200 millions, réussissant de justesse à rentrer dans ses frais. Godzilla 2 : Roi des Monstres, 385 millions au box-office pour un budget de 170 millions, ne réussit qu’à doubler sa mise, tout comme Alita : Battle Angel. 431 millions au box office pour Pokémon Détective Pikachu, qui fait une performance très correcte mais très en deçà des estimations vu la popularité de la franchise. Et pleins d’autres s’ajoutent à la liste : Terminator : Dark Fate, Charlie’s Angels etc. Ces blockbusters réussissent à obtenir une certaine rentabilité, certes, mais mettent en exergue malgré tout un désintéressement du public pour ces franchises et ces films. 

À côté de cela, il y a tout de même des exceptions. Avengers Endgame, s’inscrivant dans une logique de franchise, est devenu le plus gros succès au box office de tous les temps. Captain Marvel et Spiderman : Far From Home ont été également des grands succès. Tout comme Le Roi Lion de Jon Favreau. Mais finalement l’argent et la popularité de ses films ne viennent pas de leurs potentielles qualités, mais d’une logique sérielle et de connivence pour les Marvel (on fragmente le récit sur plusieurs films, il faut donc tous les voir pour comprendre le prochain), et sur la nostalgie pour Le Roi Lion. Le spectateur vient donc rechercher un souvenir, des sensations et des personnages issus du passé. Donc oui, ce système ne va pas disparaître du jour au lendemain mais on peut commencer à questionner le futur de l’industrie Marvel par exemple, la phase “Endgame” étant passée, et les films étant de moins en moins bien reçus par la communauté. Réponse cette année avec la sortie prochaine du film Black Widow, premier film de la phase 4 de Marvel Studios. 

Quel futur pour les blockbusters ?

On est maintenant en droit de se questionner quant à l’avenir du cinéma d’exploitation dans un monde où les franchises et la nostalgie ne suffisent plus pour amener le public en salle. Que veut-il aujourd’hui et que voudra t-il dans les années à venir ? Analysons un peu les succès novateurs, publics et critiques, pour décrypter tout ça. 

De manière générale, il y a une tendance au cinéma de genre. Attention, il n’est pas question ici d’aborder le sujet des grosses comédies populaires étant donné qu’elles sont difficilement qualifiables de “Blockbusters” même si, dans le système de production français (et non américain), on pourrait les qualifier comme telles. Mais n’amassant pas assez d’argent et de popularité au sein d’un public international, nous allons les mettre de côté. Si on les enlève, le marché est inondé de films américains dont la quasi totalité sont, comme dit précédemment, des films de genre. 

Si on analyse maintenant les leaders de la production américaine, on se retrouve évidemment avec toutes les grandes majors : Disney, Sony etc… Mais qui, comme expliqué avant, utilisent un système de plus en plus fragile. Si on les enlève de l’équation, on se retrouve avec des boîtes de production indépendantes (Blumhouse, A24, Annapurna etc…) qui réussissent à propulser des films à petit budget (donc l’inverse d’un blockbuster) en tête du box office et des festivals (Oscars, Golden Globes etc…). Mais pourquoi ces films égalent-ils les gros ? Parce qu’ils ne sont pas le produit d’une industrie en quête de rentabilité. Les budgets étant faibles, le risque est minime. Les auteurs peuvent donc pleinement s’exprimer, livrant des oeuvres à part entière, novatrices, personnelles, et surtout rafraîchissantes pour le public car non conformes aux normes hollywoodiennes. On peut citer la société de production Blumhouse (Get Out), responsable de nombreux films d’horreurs à petits budgets très lucratifs, qui est chargée de rebooter le Dark Universe (univers filmique des monstre de la firme Universal) après l’échec du film La momie, en sortant très prochainement le remake de L’homme invisible, réalisé par Leigh Whannell, réalisateur d’Upgrade, déjà produit par Jason Blum. Le rôle, destiné à l’origine à l’acteur Johnny Depp, revient cette fois à Olivier Jackson Cohen, qui traquera son ancienne petite-amie campée par Elizabeth Moss

Un autre exemple très parlant, qui a marqué cette année et le monde cinématographique super-héroïque : Joker. L’anti film de super héros par excellence. Petit budget, peu d’effets spéciaux et de pyrotechnie, réalisme saisissant, violence, caractère mature, politisation contemporaine; Joker dégage une vraie vision d’auteur sur le matériau original. Et c’est ça qui a plu. D’avoir une vision. Enfin. Après 10 ans de Marvel où les films finissent tous par se ressembler, tellement les contraintes créatives sont grosses. Son succès est d’autant plus surprenant que la firme DC Comics et la Warner avaient été malmenés par de nombreux changement de réalisateurs et d’acteur sur leurs précédents projets, les menant à de cuisants  échecs (Suicide squad, Justice League…). Mais on peut également citer Mad Max : Fury Road ou les films de Christopher Nolan, véritables précurseurs, où, malgré un aspect divertissant, un auteur propose au public une vision, transformant ainsi l’action et l’expérience en salle. Ça fait bientôt 20 à 30 ans que les gens consomment des blockbusters, les coutures commencent à se voir. Et le futur du cinéma d’exploitation hollywoodien se situe probablement dans des films moins chers mais plus originaux, matures, en accord avec leur époque, et jouissant d’une véritable vision d’auteur sur le divertissement populaire. 

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